Réseau express vélo

La Ville reçoit une mise en demeure de commerçants de la rue Saint-Denis

Des commerçants de la rue Saint-Denis menacent de poursuivre la Ville de Montréal en raison des travaux d’aménagement controversés d’une piste cyclable sur cette artère majeure, qui risque de « rendre impossible la survie de leurs commerces », disent-ils.

Trois d’entre eux viennent d’envoyer une mise en demeure à la mairesse Valérie Plante, lui enjoignant de « suspendre ou d’annuler les travaux » d’aménagement du Réseau express vélo (REV), qui ont commencé il y a quelques semaines.

« Ce n’est pas le moment d’aménager une autoroute pour vélos, juste avant l’hiver, avec un chantier de deux mois qui risque de nous achever », s’insurge l’une des responsables de la mise en demeure, Madeleine de Villers, propriétaire de la boutique Zone. « Les bulldozers sont arrivés, les conditions sont catastrophiques sur la rue Saint-Denis, il n’y a qu’une seule voie d’ouverte. »

Les deux autres commerces qui mènent la charge sont Mycoboutique et Optique George Laoun. Ils disent représenter une soixantaine d’autres commerçants.

« Survie impossible »

Les contestataires « estiment que la situation actuelle équivaut à une expropriation à l’égard de plusieurs d’entre eux, ou rend à tout le moins impossible la survie de leur commerce, tant ils subissent et subiront des inconvénients qui n’ont rien de normal relativement à de tels travaux et à leurs suites », indique le texte de la mise en demeure envoyée à la mairesse.

« L’administration municipale a certes droit de réaliser des projets pour le bien commun […]. Mais pas envers et contre tous. Pas en pleine pandémie alors que nombre des commerçants sont acculés à la faillite et qu’il existe une réelle possibilité, malheureusement déjà démontrée, que la situation actuelle soit le coup de grâce pour nombre d’entre eux. »

— Extrait de la mise en demeure envoyée à la mairesse de Montréal

Les mécontents font entendre leur opposition au projet depuis un certain temps déjà, et ils déplorent le manque d’écoute de la mairesse Plante et du maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Rabouin.

Valérie Plante a annoncé la semaine dernière que les commerçants touchés pourraient être indemnisés. Mais Madeleine de Villers qualifie cette annonce de « poudre aux yeux », convaincue que la mesure sera insuffisante pour permettre aux commerces de survivre.

« Nous sommes des commerces de destination. Mais la ville de Montréal au complet est bloquée, dénonce Mme de Villers. L’administration tue les commerçants en envoyant nos clients à l’extérieur, en banlieue, ou en les incitant à commander sur Amazon. »

Projets de pistes cyclables reportés

D’autres projets de pistes cyclables ont été reportés, dans d’autres secteurs de Montréal, à la suite de craintes exprimées par les commerçants et en raison de nombreux travaux routiers qui se déroulent en même temps.

L’aménagement de la piste cyclable de la rue Saint-Zotique, entre l’avenue De Lorimier et la rue Saint-Urbain, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, a été reporté au printemps prochain, au « grand soulagement » de plusieurs commerçants, a indiqué Mike Parente, directeur général de la SDC Plaza Saint-Hubert.

« Vu les nombreux chantiers en cours, il aurait été déraisonnable de mettre Saint-Zotique à sens unique dans ce secteur avant la fin des travaux, qui impactent lourdement les résidants et commerçants des environs de la Plaza Saint-Hubert depuis des mois. »

— François William Croteau, maire de Rosemont–La Petite-Patrie, dans un communiqué diffusé mardi

« Peu de nos clients viennent à vélo ou à pied. C’est quand même frustrant quand ils ne trouvent pas de parking ou qu’ils se perdent dans des sens uniques. On sait que c’est déjà un problème », explique Danny Bello, du salon de coiffure pour hommes Magik Barber Shop.

L’aménagement d’un autre tronçon du REV, dans l’arrondissement du Sud-Ouest, a aussi été retardé. L’administration veut « s’assurer que le déploiement sera absolument optimal et inclura notamment des débarcadères pour les commerces, des zones de livraison 15 minutes, tous les accès nécessaires pour les personnes à mobilité réduite, l’ajustement et l’implantation bonifiée de zones de vignettes » dans l’axe des rues Saint-Jacques et Saint-Antoine, a indiqué le maire de l’arrondissement, Benoît Dorais, il y a quelques jours.

— Avec Mayssa Ferah, La Presse

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