David contre Goliath

Toronto — « En termes d’expérience, on ne se compare pas à Pittsburgh. »

Il est de bonne guerre pour les entraîneurs de déformer parfois quelque peu les faits afin de faire bien paraître leur équipe devant les médias. Mais mercredi après-midi, Claude Julien a été très franc dans son analyse.

La citation notée ci-dessus venait en réponse à une question sur le rôle qu’occuperont les jeunes centres du Canadien (principalement Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi) contre les Penguins de Pittsburgh, dans la série qui s’amorcera samedi. Avec Sidney Crosby et Evgeni Malkin aux commandes des deux premiers trios, les confrontations pourraient être corsées pour les deux jeunots de 20 ans.

D’où le statut de négligé que Julien semble assumer pleinement.

« [Les Penguins] sont une des équipes les plus vieilles, qui a le plus d’expérience. Notre meilleure chance de gagner, c’est si tout le monde hausse son niveau de jeu, si chaque joueur joue un peu au-dessus de ses moyens et a la confiance de le faire. Si j’ai les confrontations que je souhaite, tant mieux, mais sinon, j’aurai besoin que d’autres gars se lèvent. »

La question n’était pas anodine, car lors du match préparatoire de mardi, l’attaquant le plus utilisé du CH a été… Suzuki, à hauteur de 19 min 53 s.

Certes, les nombreux avantages numériques ont favorisé Suzuki aux dépens de Phillip Danault, mais qu’importe : Suzuki sera appelé à jouer un rôle d’importance, et ce, même s’il s’apprête à vivre son baptême des séries.

« Je me sentais assez bien. J’ai retrouvé mes jambes », a dit Suzuki.

Un gouffre entre les deux équipes

Cette situation illustre bien le gouffre qui sépare le Canadien et les Penguins quand on compare l’expérience.

Avec les Coupes Stanley gagnées en 2016 et en 2017, les Penguins ont évidemment l’ascendant pour le nombre de matchs joués en séries. Les joueurs qu’ils ont amenés dans la bulle à Toronto totalisent 1187 matchs éliminatoires. Ceux du CH, 334.

Ça devient encore plus intéressant quand on ajoute les buts dans l’équation, car on découvre que les hommes de Mike Sullivan n’ont pas « seulement » joué des matchs. Ils ont aussi été productifs.

Total de buts en séries des joueurs des deux équipes :

Penguins  316 buts en 1187 matchs (moyenne de 0,27 par match)

Canadien  47 buts en 334 matchs (moyenne de 0,14 par match)

L’écart entre les deux équipes devient renversant quand on se penche sur les statistiques individuelles. Patrick Marleau, Crosby et Malkin ont – chacun ! – 230 plus de buts que les 30 joueurs du Canadien réunis.

Une dernière donnée : si on classe les joueurs des deux équipes par le nombre de buts marqués en séries, il faut descendre au 8e rang pour y retrouver un premier membre du CH, Shea Weber. Et le troisième nom que vous voyez en rouge, Dale Weise, est appelé à jouer un rôle marginal cet été.

Cela dit, l’expérience des Penguins n’a pas été que glorieuse. Il y a bien eu les deux Coupes Stanley de suite, mais aussi un échec en quatre matchs au premier tour l’an dernier.

« Ça t’offre une certaine perspective, a résumé l’entraîneur-chef des Penguins. Tu peux t’appuyer sur ces expériences pour t’inspirer, si des situations surviennent dans une série haute en émotion. Tu peux te dire : on a déjà vécu ça, on doit avoir la tête à la bonne place. Les membres de notre noyau ont beaucoup de vécu. Ils sont bons et ils sont encore affamés. Ils comprennent à quel point c’est difficile de gagner. On ne tient rien pour acquis. »

Avantage atténué ?

Ces chiffres ne signifient pas la fin du monde pour le CH pour autant, car les statistiques sur l’expérience faussent parfois les données. Elles vont ainsi donner beaucoup de poids à un joueur en perte de vitesse comme Marleau, tout en sortant de l’équation Suzuki, une recrue capable de jouer un rôle important.

De plus, dans le contexte particulier de ces séries à huis clos, l’expérience pourrait peser moins lourd qu’à l’habitude, selon Letang.

« Il n’y a pas de foule, pas de distractions, a rappelé le défenseur québécois. De notre expérience dans notre premier match, on dirait que le momentum se brise rapidement. C’est plus ou moins un avantage. […] Les joueurs d’expérience peuvent rester calmes dans des situations stressantes. C’est peut-être ça, l’avantage de l’expérience. »

En bref

Le mythe du Centre Bell

Kristopher Letang sait très bien à quoi peut ressembler l’ambiance du Centre Bell en séries. Les Penguins et lui en ont été victimes en 2010, quand le Canadien a remporté la série de deuxième tour entre les deux équipes. « C’était une série assez excitante. [Jaroslav] Halak était spectaculaire. On a beaucoup appris de cette série-là pour l’avenir », a dit le numéro 58. C’est peut-être pourquoi Letang ajoutera ensuite : « Au moins, on n’a pas à affronter le Canadien au Centre Bell, avec toute l’atmosphère qu’il y a. C’est un petit point positif pour nous. » Il importe ici de noter que l’avantage du Centre Bell ressemble plutôt à un mythe dernièrement. Cette saison, le Tricolore y a présenté une moins bonne fiche (14-17-6) qu’à l’étranger (17-14-3). Et en séries ? Depuis le parcours de 2014 jusqu’en finale de l’Association de l’Est, l’équipe montre une fiche de 4 victoires et 5 défaites à la maison.

L’ambiance de l’atome BB !

Parlant d’atmosphère, il semble évident que Jonathan Drouin n’est pas un grand partisan des matchs à huis clos. Chaque joueur a son opinion sur le sujet. Après le match préparatoire des Penguins, mardi, Jason Zucker avait trouvé une jolie formule : « c’est devenu notre nouvelle norme ». Drouin, lui, n’a pas fait dans la dentelle. « Ce ne sont pas des repères qu’il faut retrouver. Il n’y a aucune ambiance ! Il y en avait plus dans l’atome BB à Mont-Tremblant. D’habitude, tu as l’énergie de la foule, mais là, il n’y en a pas, donc on doit trouver notre propre énergie. C’est difficile de se pomper. »

Belzile absent

Le Canadien a indiqué qu’Alex Belzile n’a pas participé à l’entraînement de mercredi. L’attaquant a quitté le match de mardi en deuxième période après avoir été bousculé brusquement par le défenseur Jake Muzzin. La tête de Belzile a heurté la bande de plein fouet après l’impact. Le joueur de 28 ans était employé comme 13e attaquant lors du match de mardi. Selon le CH, les principaux trios et duos de défenseurs étaient les mêmes que mardi. Les médias doivent citer le Canadien puisque les entraînements ne sont pas ouverts aux journalistes en vertu de la politique médiatique de la LNH pour la reprise du jeu. Seuls quelques journalistes employés de la ligue ont accès aux entraînements, mais aucun journaliste indépendant ne peut y assister.

« Erreur de parcours » de Hudon

Charles Hudon était le seul absent de l’entraînement matinal de mardi, en prévision du match du Canadien contre les Maple Leafs de Toronto. Hudon était toutefois de retour sur la patinoire mercredi, et son absence n’avait rien à voir avec une blessure ou une crainte d’avoir contracté la COVID-19. « Une petite erreur de parcours, rien de sérieux, a indiqué Claude Julien, en visioconférence, mercredi. Il n’a eu aucune punition de ce côté-là, pour ceux qui pensent qu’il n’a pas joué [mardi] à cause de ça. J’ai été clair. On avait l’intention de voir [Alex] Belzile jouer, ce qu’on n’a pas pu voir à part deux présences. Aucune situation plus que le fait qu’il a manqué l’entraînement matinal. » Selon ce qu’il a été permis d’apprendre, Hudon aurait simplement manqué la navette qui mène les joueurs de l’hôtel vers l’aréna.

Contrat à Lausanne : Weise dément les rumeurs

Dale Weise insiste : il n’a pas encore de plan établi pour la prochaine saison et non, il n’a pas signé de contrat avec le HC Lausanne. Le joueur a lui-même contacté La Presse pour démentir la nouvelle, parue mardi dans le quotidien suisse Le Matin, et reprise par La Presse mercredi. « Il n’y a aucune entente. Je suis ici et je suis concentré sur les séries. Je vise à 100 % un retour dans la Ligue nationale l’an prochain, je veux bien jouer en séries et je veux signer un nouveau contrat avec le Canadien », a indiqué l’ailier droit. L’agent de Weise, Allain Roy, a également nié l’information à La Presse. « On attend de voir ses options pour la prochaine saison », a écrit Roy dans un échange de courriels.

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