Dans le calepin de l’éditeur adjoint

Ma revue de l’ année

Le métier, les médias, la salle de rédaction de La Presse, et vous

Je suis un peu tôt sur la revue de l’année, vous direz…

C’est vrai.

Mais nous travaillons activement à notre évènement « 2021 vue par La Presse* », et ça m’a incité à réfléchir de manière un peu précoce à l’année qui s’achève dans quelques semaines. Une drôle d’année encore une fois, vous en conviendrez, qui a bien sûr été marquée par cette pandémie qui n’en finit plus de faire des vagues.

Nous apercevons d’ailleurs l’écume de la cinquième…

Combien d’autres suivront ?

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Je sais bien que tout a été dit et redit sur la COVID-19.

Mais il y a un élément sur lequel on s’est un peu moins attardé : la raison pour laquelle le Québec se retrouve aujourd’hui parmi les sociétés les plus vaccinées du monde.

Certains pourraient évoquer notre soi-disant « docilité », pour reprendre les mots de la ministre Guilbault.

Après tout, le Québec fait aussi partie des endroits où le confinement a été le plus respecté. C’est une des sociétés ayant accepté avec le plus de sérénité l’urgence sanitaire et les compromis démocratiques qui en ont découlé. Le port du masque y est aussi plus systématique qu’ailleurs (il faut visiter le métro de New York, où il est aussi obligatoire, pour s’en convaincre).

Mais pour expliquer l’impressionnant taux de vaccination du Québec, il y a plus fondamental que le caractère obéissant des citoyens…

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Ce que la pandémie a révélé un peu partout dans le monde, c’est le degré de cohésion des différentes sociétés.

Diverses analyses ont en effet montré que plus les citoyens d’un pays déclarent faire confiance les uns aux autres, plus ils vont respecter les gestes barrières.

Et plus la confiance dans le gouvernement est grande, plus les gens sont prompts à relever leur manche pour se faire vacciner.

En d’autres mots : dites-moi le taux de confiance d’un pays, je vous dirai son taux de vaccination…

Une analyse produite pour le président Macron en France, signée par le Conseil d’analyse économique, va même plus loin à ce sujet.

Elle trace une corrélation entre les taux de confiance des populations, le respect des mesures sanitaires, la vaccination… et la force de l’impact qui a secoué l’économie des pays.

« Plus la confiance est élevée, écrivent les économistes, plus la récession est limitée. »

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Le Québec en est un bon exemple.

Si on se fie au palmarès de la vaccination dans le monde mis à jour quotidiennement par le New York Times, le Canada est au 15e rang des pays les plus vaccinés sur 187.

Si on ajoutait le Québec à la liste, il se situerait au 12e ou 13e rang. Dans le monde !

Pas mal pour une société qui a eu de la difficulté à affronter la première vague. Qui a affiché un bilan morbide dans les maisons pour aînés. Qui a vu son gouvernement avancer et reculer sur plusieurs plans.

Mais c’est comme si la grande confiance à l’égard des institutions – les scientifiques, les agences, les médias, etc. – et la confiance dans le gouvernement Legault, plus précisément, avaient eu le dessus sur la méfiance et la défiance qui auraient pu en découler.

En France, le portrait est tout autre, nous rappelle d’ailleurs la note du Conseil d’analyse économique. On retrouve là-bas une grande défiance politique, une faible cohésion sociale et une confiance mitigée envers les scientifiques… ainsi qu’un taux de vaccination plus faible.

« Une pandémie d’une telle ampleur, écrit-on, peut être ainsi vue comme révélatrice des dilemmes sociaux qui traversent les sociétés. »

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Pourquoi avoir autant parlé des antivaccins dans La Presse dans ce cas ? vous demandez-vous. Parce qu’ils étaient justement le caillou dans la chaussure des Québécois qui marchaient d’un bon pas presque à l’unisson.

Mais ne nous méprenons pas. L’année qui s’achève a été celle du respect de l’état d’urgence, bien plus que de ceux qui l’ont contesté.

L’année a aussi été la preuve que le Québec est capable de réagir d’un bloc lorsqu’une crise survient. Comme ce fut le cas lors de la crise du verglas de 1998, par exemple.

La preuve, à mon avis, on l’a eue au début de l’année avec l’imposition du couvre-feu.

Voilà d’abord une mesure de guerre qu’on n’aurait jamais pensé voir de notre vivant. Et voilà, aussi, une mesure qui a été imposée ici de manière forte et précoce.

Le Québec a été non seulement la seule province à décréter un couvre-feu au pays, comme l’a écrit Suzanne Colpron, il a aussi imposé l’une des interdictions de sortir les plus sévères et les plus longues au monde.

Et qu’ont fait les Québécois ? Ils l’ont respecté, et ils l’ont même salué dans les enquêtes d’opinion !

L’année 2021 aura ainsi été l’année où on a cassé la progression de la COVID-19 au Québec. Mais surtout, ce fut l’année où le Québec aura montré la résilience dont il est capable grâce à sa grande cohésion.

* L’évènement virtuel aura lieu le mercredi 8 décembre à 19 h 30. Il sera gratuit, cette année, et réservé à nos lecteurs-contributeurs.

Le taux de vaccination du Québec atteint 79,7 % pour une dose, 77,6 % pour deux doses

Le Québec est le 12e ou le 13e État parmi les plus vaccinés au monde

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