Rafaël Harvey-Pinard

Objectif : des matchs « en haut »

Lachenaie — Toute sa vie, Rafaël Harvey-Pinard a été « en retard » sur le cheminement du hockeyeur professionnel typique. Et s’il achevait son grand rattrapage cette saison ?

C’est du moins l’objectif de l’attaquant repêché par le Canadien il y a deux ans. Harvey-Pinard participera la semaine prochaine au camp des recrues du Tricolore, avant de se greffer au camp principal. Dans une équipe plutôt bien nantie aux ailes, il ne se fait pas d’illusions sur ses chances d’être à Toronto le 13 octobre prochain.

« C’est sûr que j’aimerais jouer quelques parties en haut durant la saison, ça serait dans mes objectifs, admet Harvey-Pinard, rencontré dans le cadre du lancement de la Ligue de hockey M18 AAA, jeudi. Mais je n’arrive pas au camp en me disant que je vais commencer dans la Ligue américaine. J’y vais à 100 % pour faire ma place, même si ce n’est pas nécessairement le plan à court terme pour moi.

« Je vais arriver au camp et donner tout ce que j’ai. Si je continue à travailler comme je le fais, les choses vont bien aller. Je suis crinqué, j’ai hâte de prouver ce que je peux faire. Mais si je retourne à Laval, ce n’est pas la fin du monde, je peux continuer à me développer. »

Prendre son temps

Harvey-Pinard se fait une spécialité de déjouer les pronostics depuis le début de son parcours dans le hockey. Sa présence pour le match d’ouverture de ce qu’on appelait naguère la ligue midget AAA était justement un bon prétexte pour revenir sur cette étape de sa carrière.

On parlait de rattrapage plus haut, parce que de son propre aveu, le Saguenéen avait un an de retard « sur le chemin que les joueurs prennent » vers la LNH. Si les joueurs les plus développés jouent généralement à 15 ans dans le midget AAA, et à 16 ans dans la LHJMQ, lui est arrivé un an plus tard à ces étapes-là.

« Jouer midget espoir à 15 ans était la meilleure chose pour moi. Je n’étais pas prêt à jouer midget AAA. Ce ne sont pas tous les joueurs qui sont prêts à jouer midget AAA à 15 ans. J’étais petit, je mesurais 5 pi 4 po ! Mais ça m’a permis d’avoir eu du temps de glace en masse, j’ai joué sur le premier trio, donc je me suis plus développé dans le midget espoir que si j’avais joué midget AAA dans un quatrième trio.  »

– Rafaël Harvey-Pinard

Après un passage fructueux avec les Élites de Jonquière, c’est donc à 17 ans qu’il a débarqué à temps plein dans la LHJMQ, à Rouyn-Noranda. À 17 ans, c’est la fameuse année de repêchage ; au terme de cette saison 2016-2017, son coéquipier chez les Huskies Zachary Lauzon a d’ailleurs été réclamé au 51e rang par les Penguins de Pittsburgh.

Mais Harvey-Pinard, lui, arrivait avec des objectifs à plus court terme, plutôt que de penser à son repêchage, qui venait 10 mois plus tard.

« Quand j’ai été repêché dans la LHJMQ, ça m’a donné de nouveaux objectifs, raconte-t-il. Je voulais d’abord jouer mon premier match hors concours, je me disais que plus tard, quand j’aurais des enfants, je pourrais leur dire ça. Ensuite, j’ai eu mon premier match en saison, c’était une autre étape. Ensuite, une saison complète. Et quand j’ai été repêché par le Canadien, c’était une autre étape, et ça venait avec d’autres objectifs. »

Harvey-Pinard devra finalement attendre deux ans de plus, au 201e rang du repêchage de 2019, pour entendre son nom.

Une bonne recrue

Aujourd’hui, on ne parle plus de retard.

L’an dernier, Harvey-Pinard a connu une saison intéressante pour un joueur de première année dans la Ligue américaine. Ses 20 points en 36 matchs lui ont valu le 4rang du Rocket de Laval, et son ardeur au travail n’est pas passée inaperçue.

Sa taille (il mesure 5 pi 9 po) sera toujours son principal obstacle, mais il tente chaque été d’y remédier en prenant du muscle. Cet été, il l’a fait en s’entraînant pour la première fois dans la région de Montréal, au lieu de le faire dans son Saguenay natal. Sur la patinoire, il a donc pu s’exercer avec un certain Alexis Lafrenière, en plus de Charles Hudon et Stefan Matteau, de même que plusieurs autres joueurs de la Ligue américaine.

« Pouvoir embarquer tous les jours avec des joueurs pros, ou qui s’en vont dans le pro, c’est une grosse différence avec le Saguenay, où il n’y a pas beaucoup de pros. Ce sont plus des joueurs qui montent dans la LHJMQ. Quand tu fais du un contre un avec des gars qui sont pros, tu t’améliores plus », note-t-il.

Le Tricolore ne manque pas de munitions à l’aile ; des joueurs bien établis comme Mike Hoffman ou Joel Armia pourraient amorcer la saison au sein du quatrième trio. Mais qui sait quelle porte s’ouvrira s’il y a congestion à l’infirmerie ?

Patience

On le disait, c’était jour de rentrée pour les jeunes hockeyeurs de la Ligue de hockey M18 AAA jeudi.

Le simple fait de jouer au hockey était en soi un cadeau pour ces jeunes, qui ont vu leur dernière saison tomber à l’eau en raison de vous-savez-quoi. Mais les joueurs des Cantonniers de Magog et du Phénix du Collège Esther-Blondin ont eu droit à un beau boni : la présence de Harvey-Pinard, de l’attaquant des Jets Pierre-Luc Dubois et de la gardienne Ève Gascon, qui se sont adressés à eux en avant-match dans les vestiaires.

Ces jeunes viennent carrément de perdre une année de hockey. Mais s’ils veulent se consoler, s’ils veulent se rappeler qu’une carrière est un marathon, pas un sprint, ils n’ont qu’à étudier le parcours de Harvey-Pinard.

En toute transparence

Tout au cours de l’été, vous avez pu lire des articles sur plusieurs joueurs de la LNH ou qui en arrivent aux portes, dont Pierre-Luc Dubois, Cédric Paquette et les frères Mathieu et Pierre-Olivier Joseph. Rafaël Harvey-Pinard faisait aussi partie de ces joueurs croisés au fil des évènements. Mais les lecteurs les plus assidus auront noté la signature de Katherine Harvey-Pinard dans nos pages depuis quelques mois. Rafaël et Katherine sont effectivement frère et sœur ; pour des raisons bien évidentes de neutralité journalistique, il n’était pas question que Katherine, qui a levé de la fonte pour la section des sports pendant la saison estivale, écrive sur son petit frère. Les collègues de Katherine, qui reprendront tranquillement le collier en septembre, se feront un plaisir de vous rapporter les dernières nouvelles sur le numéro 11 du Rocket.

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