Sondage CROP

Reprendre la vie d’avant ? Pas si vite !

En l’absence d’un vaccin, peu de Québécois se disent enclins à retourner dans les bars, les gyms... ou les avions

Au moment où le gouvernement ouvre les dernières vannes du déconfinement, les Québécois sont encore prudents face au coronavirus, à tel point qu’ils ne retourneront pas en grand nombre à certaines activités qui faisaient partie de leur quotidien, comme aller dans un bar, au gym ou en voyage, jusqu’à ce qu’un vaccin contre la COVID-19 soit disponible.

C’est ce que révèle un sondage CROP offert en exclusivité à La Presse, entre le 17 et le 22 juin dernier. La firme a joint 1000 répondants à travers tout le Québec afin de les sonder sur leur intention de reprendre plusieurs activités qui faisaient partie de leur vie avant la pandémie, d’ici à ce qu’un vaccin contre le coronavirus arrive sur le marché.

Prenons l’exemple des bars, dont le gouvernement a autorisé la réouverture jeudi.

Lorsqu’on leur demande s’ils iraient dans un bar, seuls 14 % des répondants affirment qu’il est très ou assez probable qu’ils s’y rendent d’ici à ce qu’un vaccin soit disponible. Ce qui laisse 86 % de répondants indiquant qu’il est peu ou pas probable qu’ils en reprennent la fréquentation, ou alors qu’ils n’avaient pas l’habitude de fréquenter les bars avant la pandémie.

Même scénario pour les salles d’entraînement. Seuls 16 % des répondants se disent très ou assez disposés à retourner suer dans un gym, contre 84 % qui indiquent qu’il est peu ou pas probable qu’ils y retournent, ou encore qu’ils n’avaient pas cette habitude avant l’irruption du coronavirus dans nos vies.

Le cinéma, les spectacles de musique ? Seuls 19 et 18 % des répondants indiquent qu’il est assez ou très probable qu’ils s’y rendent, contre une très large majorité de répondants (81 et 82 %) qui n’iraient pas ou n’y allaient pas avant.

11 %

Ce n’est pas demain qu’on ira applaudir le Canadien : seulement un peu plus d’un répondant sur 10 (11 %) accepterait d’assister à un match de sport professionnel, si ces évènements reprenaient devant public.

Rare éclaircie dans ce portrait plutôt sombre : il est clair que les restaurants ont manqué aux Québécois. Quelque 38 % des répondants disent qu’il est très ou assez probable qu’ils recommencent à fréquenter leur établissement favori offrant le service aux tables. Près d’un répondant sur cinq (18 %) estime même qu’il est très probable qu’il retourne au restaurant. « Les gens s’ennuient d’aller au resto, c’est manifeste », commente Dominic Bourdages, vice-président chez CROP.

Non aux voyages et aux croisières

Les répondants de CROP y penseront cependant à deux fois avant d’aller prendre un cocktail sur une plage du Sud. Seuls 18 % d’entre eux disent qu’il est très ou assez probable qu’ils prennent l’avion pour leurs vacances, contre 82 % qui disent que c’est peu ou pas probable ou alors qui n’avaient pas cette habitude avant la pandémie.

Voyager à l’étranger ? Seuls 16 % des répondants y songent. Une croisière ? Seuls 6 % des répondants, et 4 % des gens de 55 ans et plus, se disent prêts à embarquer sur un bateau de croisière.

Certains grands navires de croisière sont devenus, au début de la pandémie, de véritables foyers d’infection pour la COVID-19.

Sans surprise, c’est chez les gens plus âgés que les réticences à reprendre la vie d’avant sont les plus élevées. Seuls 14 % des répondants de 55 ans et plus se disent prêts à aller au cinéma, 11 % d’entre eux sont prêts à reprendre l’avion pour des vacances, 8 % retourneraient au gym et 5 % assisteraient à un match de sport professionnel. À l’inverse, la catégorie des 18-34 ans n’a pas l’intention de renoncer à certaines activités d’ici à ce qu’un vaccin soit disponible, comme la fréquentation d’un gym (26 % d’entre eux y retourneraient) ou la fréquentation d’un bar (22 % d’entre eux y retourneraient).

Oui au télétravail et aux câlins

La pandémie semble avoir fait entrer une autre habitude dans les mœurs, celle du télétravail. Sur les 1000 répondants sondés, près de 200 ont fait du télétravail en raison de la COVID-19. De ces répondants, quelque 78 % se disent très ou assez disposés à poursuivre le travail à la maison, contre 22 % qui estiment que cela est peu ou pas probable. Les chiffres sont particulièrement élevés chez les gens de 35 à 54 ans (85 %) et chez les titulaires de diplômes universitaires (87 %).

À ces répondants prêts à poursuivre le télétravail, on a demandé à quelle fréquence ce travail à la maison pourrait se poursuivre. La majorité des répondants (56 %) pensent que la formule se poursuivra tout le temps, ou la plupart du temps, 26 % pensent que la fréquence sera d’un jour sur deux, et 18 % croient que cela ne se fera qu’occasionnellement. Ces données sur le télétravail sont cependant à interpréter avec prudence puisque le nombre de répondants est peu élevé, note CROP.

« Le télétravail a été une des grandes découvertes de la pandémie. Les gens ont découvert que ça fonctionne. Et qu’il n’y a pas de raison d’avoir des pertes de temps de 10 ou 15 heures par semaine dans le trafic. Il y a clairement une volonté de reprendre le contrôle de leur vie. »

— Dominic Bourdages, vice-président chez CROP

Et une fois le vaccin disponible, que restera-t-il de la COVID-19 ? Certains gestes, carrément honnis pendant la pandémie, reviendront-ils dans nos habitudes ? Si on en juge par l’étude de CROP, la poignée de main fera un retour prudent. Quelque 38 % des répondants disent qu’il est très ou assez probable qu’ils serrent la main à un ami ou un collègue, contre 62 % qui préféreraient s’abstenir.

Mais le vaccin sonnera à coup sûr le grand retour du câlin : quelque 59 % des répondants disent qu’il est très ou assez probable qu’ils feront des câlins à leurs proches une fois qu’on aura commercialisé un vaccin contre le coronavirus. « La poignée de main, c’est moins viscéral, commente Dominic Bourdages. Mais les gens ont hâte de serrer quelqu’un dans leurs bras. Il y a un manque affectif énorme, c’est un besoin criant. »

Évidemment, ces chiffres sont susceptibles d’évoluer dans le temps. « Ces pourcentages sont appelés à changer. À mesure que les gens sortent, qu’ils fréquentent toutes sortes d’endroits, il y a une certaine désensibilisation. On est très résilients, on reprend généralement nos habitudes, ce qui pourrait augmenter la fréquentation, dit M. Bourdages. Mais dans certains pays, on voit les chiffres réaugmenter. Si ça devait être le cas ici, ça influencerait également les résultats… dans l’autre sens, cette fois. »

Méthodologie

La collecte de données s’est faite en ligne, entre le 17 et le 22 juin, par le truchement d’un panel web. Au total, 1000 questionnaires ont été remplis par des Québécois de 18 ans et plus. Les résultats ont été pondérés afin de refléter la distribution de la population à l’étude selon le sexe, l’âge, la langue maternelle et la scolarité des répondants. Compte tenu du caractère non probabiliste de l’échantillon, la marge d’erreur ne s’applique pas.

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