Wrebbit et ses fantômes

Plus petite et agile qu’au cours de sa première existence, la Wrebbit réincarnée fait face avec succès au casse-tête d’un marché mondial fragmenté, alors que le puzzle 3D célèbre son 30e anniversaire.

Hormis ceux de Ghostbusters, les fantômes du passé ne hantent pas Wrebbit, qui renaissait de ses cendres il y a 10 ans.

Trois décennies après l’invention du puzzle en trois dimensions, le fabricant québécois, plus svelte et plus agile dans sa nouvelle incarnation, lance encore de nouveaux produits distribués dans quelque 45 pays, dont l’ambulance du film Ghostbusters : Afterlife.

Double anniversaire

C’est le 9 septembre 1991, il y a tout juste 30 ans, que Paul Gallant a déposé une demande de brevet pour son idée de puzzle taillé dans une plaque de mousse souple laminée de carton.

Après un énorme succès, il avait cédé les droits, les modèles et la marque de commerce Puzz-3D à Hasbro, qui a laissé l’affaire péricliter.

Jean Théberge, lui-même ancien de la Wrebbit d’origine, a relancé l’entreprise à la fin de 2011 – dixième anniversaire, donc.

Pour varier sa gamme architecturale et attirer de nouveaux adeptes, il a rapidement négocié des licences de films et de séries populaires : Le Seigneur des anneaux en 2012, Harry Potter en 2015, Game of Thrones en 2018.

La dernière en date est l’édifice new-yorkais de la célèbre série télévisée Friends.

Porté par la vague

Sans atteindre les ventes à l’apogée de la Wrebbit de première mouture, l’entreprise de Jean Théberge se porte bien.

« On surfe sur la vague », dit-il.

Notamment celle qui confinait les consommateurs à la maison et les incitait à renouer avec les loisirs domestiques.

« La COVID a été profitable pour toutes les entreprises dans le domaine des jeux et jouets, mais particulièrement dans le domaine du puzzle. »

– Jean Théberge, président de la nouvelle mouture de Wrebbit

Son chiffre d’affaires a bondi de 20 % en 2020, et encore de 15 à 20 % au premier trimestre 2021.

« Quand on a relancé Wrebbit, on fabriquait 75 000 unités par année. Là, on touche les 400 000, et je ne serais pas surpris qu’on s’approche des 500 000 unités cette année. »

À l’heure où l’approvisionnement en Asie connaît des ratés, ses puzzles sont fabriqués dans sa petite usine de Montréal, avec une mousse produite aux États-Unis et du carton québécois.

« C’est un produit fait au Québec, ce qui aide aussi à la vente, en ces temps d’achat local. »

L’entreprise emploie une vingtaine de personnes, dont huit à dix à la production.

« Notre avantage par rapport à l’ancienne Wrebbit, c’est qu’on produit juste à temps », souligne l’entrepreneur.

« On a notre feuille de mousse et juste à côté, notre carton imprimé. On lamine un jour, on découpe le lendemain, et dans les jours qui suivent, on met en boîte et on expédie. On ne fait pas de production à grande échelle comme le faisait l’ancienne Wrebbit. »

Il ne conserve en stock que de 300 à 400 unités des modèles les plus courants.

Le casse-tête des marchés internationaux

L’entreprise réalise 94 % de son chiffre d’affaires hors du Québec, soit 9 % ailleurs au Canada, 30 % aux États-Unis et 55 % sur les marchés internationaux.

Depuis l’expiration des brevets, des géants comme Ravensburger ont occupé les rayons des grandes surfaces sur le marché américain.

Qu’à cela ne tienne, Jean Théberge est entré par la porte arrière de leurs sites internet, où l’espace tablette n’est pas limité.

« Ça nous permet d’avoir une visibilité chez Walmart et Target sans la problématique des invendus et des retours. »

Aux États-Unis, 80 % de ses ventes sont réalisées sur l’internet, estime-t-il.

En dehors de l’Amérique du Nord, les puzzles Wrebbit 3D sont distribués dans plus de 40 pays.

Il vend directement aux grands détaillants français – les hypermarchés Leclerc, par exemple –, mais pour desservir le reste de l’Europe, il a établi en Belgique un centre logistique, où s’approvisionnent les distributeurs.

« Le fait d’être sur place nous permet de suffire à la demande pour les commandes urgentes », explique-t-il.

Pour répondre aux commandes courantes, il lance les productions au besoin, ce qui exige une souplesse dont l’entreprise est maintenant capable. « Quand j’envoie un produit en Finlande, j’ajoute un feuillet en finlandais », illustre-t-il.

Petit, mais rapide

L’entreprise maintient environ 35 modèles en catalogue, dont une douzaine de classiques de l’architecture.

« On est vraiment rendus efficaces au niveau du développement de produits. Entre l’idée et la mise en marché, actuellement, on parle de quatre à six mois. »

– Jean Théberge, président de la nouvelle mouture de Wrebbit

À la fin de mai, il a négocié avec Sony une licence pour le film Ghostbusters : Afterlife, dont la sortie est prévue cet automne.

« Et ça, c’est le modèle qu’on sort aujourd’hui », prononce-t-il en brandissant à l’écran la célèbre ambulance. « Ça a pris trois mois à concevoir et on entre en production cette semaine. »

Jean Théberge a inclus plusieurs employés dans l’actionnariat de l’entreprise, qu’il considère comme familiale. « J’ai préparé le terrain pour qu’il y ait une continuité. »

Il songe à réintégrer l’emblématique grenouille dans l’image de marque de Wrebbit, qui tire son nom du croassement du batracien.

Une forme d’hommage, peut-être…

Le 13 septembre 2021 marque aussi le dixième anniversaire de la mort de Paul Gallant, pour qui Jean Théberge conserve un respect manifeste.

Un autre fantôme plane au-dessus de Wrebbit, oserait-on croire, bienveillant celui-là.

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