Internationaux des États-Unis

Les Fernandez, une famille superstitieuse

Une première finale en tournoi du Grand Chelem, ça arrive une seule fois dans une vie, par définition. Mais au nom des superstitions, Jorge Fernandez préfère assister à la finale féminine des Internationaux des États-Unis, samedi, du domicile familial, en Floride.

« Non, je ne serai pas là, et oui, je suis très superstitieux, mes filles aussi, a raconté le père de la Québécoise Leylah Annie Fernandez, en visioconférence, vendredi après-midi.

« J’utilise le même shampoing, le mêmes pantalon, les mêmes bas et les mêmes sous-vêtements les jours de match depuis le début du tournoi. Leylah et moi, quand on trouve ce qui fonctionne, on ne le change pas ! »

— Jorge Fernandez, père de Leylah Fernandez

En février 2020, deux semaines avant le début de la pandémie, Leylah Fernandez a atteint la finale du tournoi d’Acapulco. C’est la dernière finale de sa fille à laquelle Jorge a assisté.

« Et elle a perdu. Je m’en suis voulu pendant deux mois par après, a indiqué le paternel. Les gens me disaient : c’est juste un sport, et elle s’est rendue en finale. Mais je m’en voulais. Elle sait que je la soutiens de loin. Je suis dans son cœur et elle est dans le mien. »

L’éloignement ne l’empêche toutefois pas de faire son travail d’entraîneur. Dans ce cas-ci, le plan est déjà établi. Il parlera à sa fille vendredi soir, puis samedi matin, pour « un rappel rapide de ce qu’elle doit travailler en préparation ».

« Et juste avant le match, on se reparle, mais c’est plus une discussion père-fille, ce sont des émotions, c’est comme un câlin virtuel. “Bonne chance, tu sais quoi faire.” C’est plus une conversation de motivation. Si je la sens nerveuse ou effrayée, on en parle. Oui, elle est très forte mentalement en ce moment, elle est combative, mais elle demeure humaine. »

Le fameux rang

Le tableau de chasse de Leylah Fernandez est diablement impressionnant depuis son arrivée à New York. Ses quatre dernières victimes, dans l’ordre :

• Naomi Osaka, actuellement 3e au monde, ancienne no 1 mondiale, quatre fois championne en tournoi du Grand Chelem

 Angelique Kerber, actuellement 17au monde, ancienne no 1 mondiale, trois fois championne en tournoi du Grand Chelem

• Elina Svitolina, actuellement 5e au monde, ancienne no 3 mondiale

• Aryna Sabalenka, actuellement 2e au monde

Après ces quatre duels où elle était clairement dans le rôle de la négligée, la voici contre Emma Raducanu, une Britannique classée 150e au monde, qui a dû passer par les qualifications pour atteindre la finale. Non seulement Fernandez est mieux classée, mais elle est même plus vieille de deux mois que sa rivale, qui fêtera ses 19 ans en novembre !

Raducanu n’a pas eu à faire tomber d’aussi grosses pointures en route vers la finale, mais elle a néanmoins battu l’ancienne no 4 au monde Belinda Bencic en deux manches.

Dans les circonstances, comment s’assurer que sa fille ne baisse pas la garde maintenant qu’elle n’est plus la négligée ?

« On devra vraiment cadrer sur la motivation sur l’ampleur de l’évènement. Le facteur de motivation, et ça semble ridicule de le dire, c’est qu’il s’agit d’une finale. »

— Jorge Fernandez

« Laissons tout sur le terrain, assurons-nous que peu importe comment ça finit, qu’il n’y ait pas de regret, parce qu’on n’aura pas une autre chance avant – si ça va très bien – un an. On sait à quel point c’est dur de se rendre en finale d’un tournoi du Grand Chelem, a rappelé M. Fernandez. On finalisera aussi le plan de match. Jusqu’ici, elle le suit très bien.

« Dire que son adversaire est 150e au monde, ça fait très junior. Emma a mérité sa place en finale, ce qu’elle a fait pour se rendre en finale est extraordinaire. Elle a battu de très bonnes joueuses et a mérité sa place. Si tu te concentres sur le fait que c’est une finale et que tu réalises que tu affrontes une guerrière, le classement importera peu. »

Internationaux des États-Unis

Une finale digne d’un conte de fées

New York — Elles vivent un conte de fées et font souffler un vent de fraîcheur sur le tennis : Leylah Annie Fernandez, 19 ans, et Emma Raducanu, 18 ans, s’affrontent ce samedi pour la couronne des Internationaux des États-Unis, dont elles sont devenues les princesses. Mais une seule sera couronnée.

Non, cette finale des deux talentueuses jeunesses n’est pas celle du tournoi junior et ne se joue pas à Disney World.

Pourtant, la sensationnelle Raducanu (150e mondiale) a tout d’une « Cendrillon », car elle est partie de très loin pour atteindre la dernière marche à Flushing Meadows. Jeudi soir, elle est en effet devenue la première joueuse de l’histoire issue des qualifications à se hisser à ce stade d’un tournoi majeur.

« Je savais que j’avais un niveau similaire à celui de mes adversaires, mais je ne savais pas si j’étais capable de le maintenir sur une ou deux manches. Être capable de les battre, honnêtement, je n’arrive pas à y croire », confiait celle qui les a balayées une à une en deux manches.

À ce titre, la Britannique, qui est aussi la plus jeune finaliste d’un tournoi du Grand Chelem depuis la Russe Maria Sharapova (qui avait remporté Wimbledon à 17 ans en 2004), pourrait aussi devenir la première à s’imposer à Flushing Meadows sans concéder une manche depuis Serena Williams en 2014.

Elle aura face à elle Leylah Annie Fernandez (73e), qui ne craint aucune adversité, n’abandonne jamais et parvient à renverser des situations très compromises.

Des choses magiques

« J’ai fait des choses incroyables, que je qualifierais de magiques également, pour la façon dont je joue en ce moment. Je m’amuse, tout simplement », s’est émerveillée celle qui a barré la route de la Japonaise Naomi Osaka (3e), lauréate de l’an passé, de l’Ukrainienne Elina Svitolina (5e), puis de la Biélorusse Aryna Sabalenka (2e).

Personne n’avait réussi pareil parcours dans un tournoi du Grand Chelem depuis Serena Williams à Wimbledon en 2012…

Au crépuscule de son immense carrière, absente de cette édition en raison d’une blessure, le spectre de la « Sérenissime », qui aura 40 ans le 26 septembre, plane sur cette finale 2021, puisque ce sera la première entre deux joueuses pas encore dans la vingtaine dans un tournoi majeur depuis celle des Internationaux des États-Unis de 1999 qu’elle avait remportée, à 17 ans, aux dépens de la Suissesse Martina Hingis, 18 ans à l’époque.

Ce duel Raducanu-Fernandez totalement inattendu est aussi le reflet de son époque pour le tennis féminin, car depuis la domination quasi sans partage de Williams, dont le plus récent des 23 titres majeurs remonte à Melbourne en 2017, personne parmi la concurrence n’a su atteindre régulièrement les finales. Hormis peut-être Osaka (quatre titres), mais elle a connu des moments de creux, à plus forte raison aujourd’hui, la Japonaise étant en proie à des « épisodes dépressifs ».

Instabilité

Autre illustration de cette instabilité, les finales des Internationaux d’Australie, de Roland-Garros, de Wimbledon et, donc, des Internationaux des États-Unis auront été disputées par huit joueuses différentes, dont cinq pour la première fois de leur carrière.

Les jeunes Emma et Leylah, qui se sont affrontées chez les moins de 12 ans juniors à l’Orange Bowl, puis au deuxième tour du tournoi junior de Wimbledon en 2018 (facilement remporté par Raducanu), en font évidemment partie.

« Je suis sûre que ce sera extrêmement différent de la dernière fois. Ce sera un match difficile, c’est sûr. »

— Emma Raducanu

« Elle joue un excellent tennis. Mais moi aussi, je joue du très bon tennis. Je suis impatiente », a dit la Britannique née au Canada, pays décidément très bien représenté dans ce tournoi américain, deux ans après le sacre de Bianca Andreescu.

Victime du talent et de l’insouciance de Raducanu en demi-finale, María Sákkari a souligné la capacité des deux jeunesses à « jouer sans peur. Elles n’ont rien à perdre contre nous, elles saisissent leurs chances ».

Pour Aryna Sabalenka, qui a craqué nerveusement contre Fernandez, « la question est de savoir quand on commence à comprendre ce qui se passe, comment savoir répondre aux attentes et gérer la pression ».

Cette donnée sera une des clés de la finale ce samedi.

Le face-à-face

Emma Raducanu

Britannique

Lieu de naissance : Toronto

18 ans

Classement : 150e

Taille : 5 pi 7 po

Droitière

Fiche : 64-22

Titres en carrière : 0

Temps passé sur le terrain : 11 h 34 min (dont 3 h 52 min dans les qualifications)

Parcours

Q1 : bat Bibiane Schoofs (6-1 et 6-2)

Q2 : bat Mariam Bolkvadze (6-3 et 7-5)

Q3 : bat Mayar Sherif (6-1 et 6-4)

1er tour : bat Stefanie Vögele (6-2 et 6-3)

2e tour : bat Zhang Shuai (6-2 et 6-4)

3e tour : bat Sara Sorribes Tormo (6-0 et 6-1)

4e tour : bat Shelby Rogers (6-2 et 6-1)

Quarts de finale : bat Belinda Bencic [11e] (6-3 et 6-4)

Demi-finales : bat María Sákkari [17e] (6-1 et 6-4)

Leylah Annie Fernandez

Canadienne

Lieu de naissance : Montréal

19 ans

Classement : 73e

Taille : 5 pi 6 po

Gauchère

Fiche : 98-63

Titres en carrière : 1

Temps passé sur le terrain : 12 h 45 min

Parcours

1er tour : bat Ana Konjuh (7-6 et 6-2)

2e tour : bat Kaia Kanepi (7-5 et 7-5)

3e tour : bat Naomi Osaka [3e] (5-7, 7-6 et 6-4)

4e tour : bat Angelique Kerber [16e] (4-6, 7-6 et 6-2)

Quarts de finale : bat Elina Svitolina [5e] (6-3, 3-6 et 7-6)

Demi-finales : bat Aryna Sabalenka [2e] (7-6, 4-6 et 6-4)

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