Vaccination

C’est une course. Courons !

On l’a dit et répété : nous sommes dans une course de tous les instants entre les vaccins et les variants.

Dans cette course, il est impératif d’essayer de ralentir l’adversaire. Les variants, on l’observe notamment ces jours-ci dans la région de Québec, se propagent à une vitesse fulgurante aussitôt qu’on leur laisse la moindre marge de manœuvre.

D’où le renforcement des mesures dans les zones rouges et orange annoncé mardi par François Legault.

Mais dans une course, on ne peut se contenter de lancer des bâtons dans les roues du concurrent. Il faut aussi… courir. Et à fond la caisse de préférence.

Voilà pourquoi il était si frustrant d’entendre mardi le responsable de la vaccination, Daniel Paré, admettre au micro de Paul Arcand qu’environ 5000 doses de vaccin n’ont pu être administrées à Montréal pendant le week-end de Pâques.

Des gens ne se sont pas présentés à leur rendez-vous… et leurs doses sont restées dans les congélateurs. Malgré le fait que des millions de Québécois, dont des gens malades et des travailleurs essentiels, attendent leur vaccin avec impatience (et le mot est faible).

On dira que ces 5000 doses sont une goutte d’eau dans l’océan du 1,5 million de doses déjà administrées au Québec. Mais tout est une question de perspective. En considérant que la province vaccine environ 40 000 personnes par jour, 5000 doses non administrées lors d’un seul week-end, ce n’est pas une quantité négligeable.

Avec les doses qui arrivent finalement du fédéral à grand volume, la vaccination a atteint un rythme convaincant au Québec. Les gens qui ont eu la chance de se faire vacciner vantent l’efficacité du système et la courtoisie des employés.

Mais le variant est trop sournois et les enjeux sont trop grands pour qu’on fasse preuve de la moindre complaisance. Un sentiment d’urgence devrait animer chaque maillon de la chaîne de vaccination. Et ce sentiment devrait être perceptible par la population. Laisser un vaccinateur se tourner les pouces faute de gens à vacciner envoie le mauvais message… et l’empêche de jouer son rôle à 100 %.

Québec élargira bientôt la vaccination aux gens atteints de maladies chroniques et aux travailleurs essentiels. Tant mieux. La décision d’offrir le vaccin d’AstraZeneca sans prise de rendez-vous à tous les Québécois âgés de 55 ans et plus est aussi excellente. L’arrivée des vaccins de Moderna dans les pharmacies donnera un coup d’accélérateur. Les entreprises se mettront ensuite de la partie.

Tout cela est rassurant. Enthousiasmant, même.

Mais des gens qui ne se présenteront pas à leur rendez-vous de vaccination, il continuera d’y en avoir. Il faut apprendre de ce qui s’est passé le week-end dernier et avoir un plan afin que les doses inutilisées soient redéployées vers d’autres bras. Le jour même.

Ça ne devrait pas être si difficile. Le vaccin contre la COVID-19 est sans doute le produit le plus demandé au Québec actuellement. Que la machine gouvernementale soit incapable de faire le pont entre l’offre et la demande dépasse l’entendement.

On comprend qu’un ordre de priorité a été établi et qu’on hésite à vacciner une catégorie de citoyens si on n’a pas fini de vacciner la précédente. Mais il faut introduire un peu de flexibilité dans le système. Aux États-Unis, on a vu des vaccinateurs interpeller des passants pour leur offrir des doses non écoulées, et même entrer dans des Subway et des pharmacies pour les proposer aux employés. Le message que cela envoie : chaque dose est précieuse, chaque jour compte.

Si on le compare à l’Ontario et à d’autres provinces, le Québec est en « avance » dans sa course entre la vaccination et les variants. Personne au gouvernement ne semble vouloir en profiter pour se reposer sur ses lauriers. Souhaitons maintenant que cela se traduise dans les moindres rouages de la campagne de vaccination.

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