Entretien avec le docteur, Sylvain Guimond

Votre mental, au temps de la COVID-19

Notre collaboratrice Émilie Duquette s’est récemment entretenue avec Sylvain Guimond, docteur en psychologie du sport. Une conversation qui nous permet d’en apprendre davantage sur le contrôle de nos pensées et de nos émotions sur le parcours.

Émilie Duquette (ÉD):

Sylvain, c’est le début de la saison et c’est un début de saison comme on n’en a jamais connu. Avec les nouvelles directives qui ont été imposées par la Santé publique, à quel point ça peut avoir un impact sur l’aspect mental du jeu.

Sylvain Guimond (SG):

Une fois que l’on a commencé à jouer, je pense que l’aspect ne pose pas problème. Je crois que c’est tout l’aspect social du jeu qui pose réflexion: spécialement au début, quand on se retrouve avec nos partenaires de jeu.

éD:

Cet été vous aurez possiblement l’occasion de vous retrouver aux côtés d’un inconnu dans votre groupe de départ. Comment fait-on abstraction de ce nouveau regard qui est parfois intimidant?

SG:

J’espère que ça ne durera pas longtemps (rires), ça c’est la première chose. J’espère que l’on n’aura pas peur des gens que l’on ne connait pas. En même temps, c’est certain qu’il y a des règles à suivre, des consignes qui nous sont données. Il faut dire que si j’ai un étranger devant moi, c’est que je suis aussi un étranger pour lui, donc de cette façon, nous allons tous les deux nous comporter pour apprendre à se connaître. C’est certain qu’il n’y aura pas d’accolade, ni de serrage de main. Le tout se fait de plus loin. Je pense que si les gens respectent les consignes tout devrait rentrer dans l’ordre.

éD:

C’est dans le contexte ou tout va bien, mais si ce même inconnu nous dérange. Comment gère-t-on la situation?

SG:

Ce n’est pas toujours facile. Il y a des gens qui ont de drôles de comportements sur un terrain de golf. Quand ils mettent leur casquette pour jouer au golf, ils deviennent quelqu’un d’autre.

En fait, c’est notre perception des choses qui est en cause. On n’est pas responsable du comportement de l’autre, mais on est responsable de la façon dont ça nous affecte. Si ça dépasse les bornes, il faut le dire à la personne poliment. Presque tout se dit dans la vie, ça dépend de comment on le dit.

Habituellement, les gens vont s’en excuser. Si les gens sont de bonne volonté, ils vont changer leur comportement et si ça vous dérange, apprenez à ne plus jouer avec cette personne-là.

ÉD:

Je crois que ce serait la solution facile. Est-ce que tu aurais des exercices ou des choses que l’on peut faire pour travailler cet aspect-là de soi-même?

SG:

Il s’agit de notre communication interne. Nous avons entre 50 000 et 65 000 pensées par jour et souvent les mêmes pensées négatives vont revenir.

Donc, s’il y a un élément qui me fatigue chez quelqu’un, souvent mon regard va être porté dessus. Il est devient ma responsabilité de changer ce focus-là pour amener mon attention sur quelque chose d’autre. Si je te dis: « Ne pense pas à une banane! Je te défends de penser à une banane ». À quoi tu penses? À une banane!

Donc, si je veux penser à quelque chose d’autre, c’est moi qui dois dire à mon cerveau ce que je veux et non pas ce que je ne veux pas.

Au moment où je me dis: « Je ne veux pas ceci », mon cerveau prend le centre et ne s’attarde pas à ce qu’il y a de chaque côté. Donc, je suis en train de penser à la banane!

Il faut que j’amène le comportement que je veux à travers, ce que j’appelle: le recadrage cognitif, pour changer mon mode de pensées, ce sur quoi je vais porter de l’attention. Finalement, je vais vivre l’émotion qui vient avec cette pensée-là.

Il s’agit du seul endroit où j’ai accès à l’émotion, c’est-à-dire à travers des pensée que moi-même je décide d’introduire dans mon cerveau. Quand je reprends contrôle de mon cerveau, je reprends contrôle de mes émotions.

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