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Une aide de 50 millions bien accueillie

Le milieu culturel a bien réagi, vendredi, à l’annonce d’un nouveau programme d’aide du gouvernement du Québec, qui remboursera 75 % des revenus de billetterie pour les six prochains mois, à hauteur de 50 millions.

Concrètement, les salles de spectacles et les théâtres « avec une programmation » – dans les domaines des arts de la scène, de la musique, des variétés, de la littérature et du conte – pourront se faire rembourser 75 % du prix des billets de spectacles qu’ils auraient normalement vendus à pareille date, en se basant sur une moyenne des ventes des trois dernières années, a annoncé vendredi le premier ministre François Legault en présence de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy.

La mesure gouvernementale a été mise en place au 1er octobre et s’étendra jusqu’au 31 mars 2021.

Toutes les salles pluridisciplinaires de RIDEAU autant que les salles spécialisées comme le TNM pourront bénéficier de cette aide qui sera administrée par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Le premier ministre Legault a, du coup, reconnu que le reconfinement du milieu culturel « pourrait durer plus qu’un mois ».

Des réactions positives

Dans le milieu culturel, où la grogne et l’incompréhension étaient manifestes après l’annonce du reconfinement cette semaine, les réactions au plan d’aide de Québec étaient dans l’ensemble positives, vendredi.

« Enfin ! Ça faisait six mois qu’on attendait après une aide [pour les pertes de revenus]. Je suis soulagé par cette annonce, car elle ne repose pas juste sur de bonnes paroles, mais aussi des gestes. »

— Olivier Kemeid, directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous

« J’ai été aussi rassuré de voir le premier ministre Legault accompagner Mme Roy. De l’entendre dire que son gouvernement accorde de l’importance à la culture au Québec. J’ai senti qu’il avait été piqué par la grogne, les critiques des artistes... », continue le directeur artistique.

« La ministre Roy a bien saisi la détresse qui afflige les artistes, les créateurs, les professionnels et les artisans du milieu culturel, durement touchés depuis les fermetures et les annulations provoquées par les contraintes sanitaires des six derniers mois », a quant à elle souligné Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes (UDA).

La présidente du Conseil québécois du théâtre, Anne Trudel, s’est également réjouie de l’annonce de vendredi. « On sent qu’on a été entendus : 50 millions, c’est un réel investissement, a-t-elle déclaré. On se réjouit que la compensation sur le remboursement des billets soit appliquée sur la base des jauges normales de spectateurs, soit de ceux qui étaient présents en salle lors des années précédentes. »

« Nous saluons le fait que la ministre de la Culture a réussi à convaincre le gouvernement d’adopter cette approche, ce qui nous aidera grandement à poursuivre nos activités de création et de diffusion artistiques. Nous pourrons ainsi continuer à faire travailler nos musiciens ainsi que nos employés administratifs et à soutenir le milieu musical d’ici, dont de nombreux artistes québécois invités », a indiqué la chef de la direction de l’Orchestre symphonique de Montréal, Madeleine Careau.

« On a pris de gros risques financiers pour programmer une saison cet automne. Sans cette aide de Québec, je n’aurais pas pu reprendre ces risques pour faire une saison l’hiver prochain, ou nous engager dans des productions pour le futur. »

— Amélie Duceppe, directrice générale du Théâtre Jean Duceppe

« J’ai vraiment frappé un mur avec les annonces de lundi, mais là, ça va mieux », a lancé Anne-Marie Olivier, directrice artistique du Trident, à Québec. « S’il n’y avait rien eu, ça aurait été dévastateur, car il faut dire que le signal qu’on nous envoyait jusqu’ici était assez sombre. Je suis contente de savoir que l’argent versé va aller aux artistes et aux autres travailleurs du milieu artistique. Si tout le monde est soutenu, ça va faire du bien, car la chaîne est fragilisée. »

Pas seulement en zone rouge

La mesure d’aide de Québec s’applique dans toutes les zones. C’est-à-dire que les salles de spectacles et les théâtres qui sont dans des zones jaunes ou orange et qui continuent d’opérer en ce moment pourront aussi se faire rembourser une partie de leurs pertes, c’est-à-dire pour les billets qu’ils ne pourront pas mettre en vente à cause des restrictions sur le nombre de spectateurs admis en salle.

La ministre Roy a insisté sur le fait que le gouvernement voudra avoir « l’assurance que les artistes et tous les autres travailleurs reliés à cette production seront payés ».

Et les autres ?

Les musées privés et les salles de cinéma en zone rouge pourront, quant à eux, bénéficier des mesures d’aide annoncées par le gouvernement jeudi qui visaient les restaurants et les bars. Le gouvernement a offert de couvrir les frais fixes de ces établissements pour le mois d’octobre, jusqu’à un maximum de 15 000 $ par commerce. Une mesure qui coûtera environ 100 millions au gouvernement.

La ministre Nathalie Roy a toutefois ajouté que des discussions étaient en cours avec le milieu du cinéma pour une aide spécifique. « Le gouvernement a fait preuve d’ouverture jusqu’à maintenant », a réagi Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec.

« Nous regardons différentes approches, différentes options, et j’ai confiance que nous puissions trouver une solution rapidement, d’ici 30 jours. On ne peut pas attendre six mois. »

— Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec

Les 112 musées du Québec recevront pour leur part une aide supplémentaire de 5 millions pour traverser la crise.

Plaidoyer pour la culture

En point de presse vendredi, le premier ministre Legault s’est défendu d’avoir abandonné le secteur culturel, qui demeure l’une des priorités de son gouvernement, a-t-il insisté. « La culture québécoise fait partie de notre identité, ça fait partie de mon bonheur, de ce que je suis, de ce qu’on est comme Québécois. »

« Ça m’arrache le cœur de devoir fermer des théâtres, des salles de spectacles, mais on n’a pas le choix, il faut réduire nos contacts sociaux, a-t-il lancé. C’est une question de vie ou de mort. C’est aussi grave que ça. Je comprends les impacts, et c’est pour ça qu’on veut compenser les pertes du milieu. C’est 50 millions qui s’ajoutent à des mesures de 400 millions qu’on a déjà investis dans le milieu culturel. »

— Avec la collaboration de Luc Boulanger, de Stéphanie Morin, et de Marc-André Lussier, La Presse

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