Alpha02

Le Trifluvien devenu roi du cybercrime

Le jour où Alexandre Cazes a été arrêté en Thaïlande, en juillet 2017, ses proches sont tombés des nues. Plusieurs connaissaient son train de vie princier, mais personne ne se doutait que ce jeune génie de l’informatique avait mis sur pied le plus grand supermarché criminel de l’internet profond. Une série documentaire diffusée sur ICI Tou.tv Extra à compter de mardi retrace le parcours de ce jeune homme de Trois-Rivières connu en ligne sous le pseudonyme Alpha02.

Il conduisait des voitures de sport rutilantes, possédait une maison à Bangkok et une villa luxueuse à la station balnéaire Phuket : Alexandre Cazes menait la grande vie en Asie. Ses proches attribuaient son succès à son intelligence et à son flair : passionné d’informatique depuis l’enfance, le jeune homme né à Trois-Rivières avait apparemment mis la main sur une bonne quantité de bitcoins à une époque où cette monnaie virtuelle ne valait pas encore des fortunes.

La réalité était tout autre.

Alexandre Cazes avait été identifié par le FBI comme étant le principal architecte et opérateur d’AlphaBay, décrit comme un Amazon du web profond (dark web), qui servait à vendre de la drogue, des identités volées, des armes, etc. Son train de vie princier était financé par les frais de transaction récoltés sur son cybermarché criminel, qu’il exploitait anonymement sous le pseudonyme Alpha02.

Alpha02 : le mystère Alexandre Cazes, réalisé par Frédéric Nassif, montre l’enquête menée par les journalistes Monic Néron et Simon Coutu pour faire la lumière sur le parcours et la personnalité du jeune Trifluvien exilé en Thaïlande. Il est question de son enfance dans une famille brisée, de sa passion pour les ordinateurs, de son caractère secret, de l’incrédulité de ses proches lorsqu’il a été arrêté et de leurs doutes quant à la cause réelle de sa mort, en prison à Bangkok, avant son extradition aux États-Unis.

Avoir des réponses, c’est l’une des raisons qui ont incité la mère d’Alexandre Cazes, Danielle Héroux, à participer à la série. « Il y a beaucoup de zones grises », a-t-elle dit lors d’une rencontre de presse virtuelle tenue lundi. Cinq ans après les faits, son deuil n’est pas fini. « Ce qui s’est passé, je ne le sais pas. L’appât du gain ? Le [désir de] reconnaissance ? Je ne pourrais pas vous le dire », a-t-elle avoué, tout en précisant que son fils était « anti-drogue ».

Vies parallèles

Des années plus tard, elle soupçonne encore qu’il n’a pas agi seul et qu’il s’est peut-être fait prendre dans un engrenage dont il n’a pas pu se sortir. Et que sa mort sert peut-être l’intérêt d’autres criminels. Elle n’est pas la seule dans son entourage à douter que son fils ait mis fin à ses jours en prison.

Les deux épisodes que La Presse a pu visionner lundi tendent à confirmer que, s’il ne pouvait exploiter AlphaBay seul, Alexandre Cazes en était l’architecte principal et la tête dirigeante, comme l’alléguait le FBI au terme d’une enquête internationale aussi racontée ces jours-ci sur le site du magazine Wired. Or, si le magazine américain spécialisé en technologie met l’accent sur la traque numérique, les méthodes utilisées pour démasquer Alexandre Cazes et suivre ses transactions en bitcoins, le documentaire de Frédéric Nassif cherche à faire le portrait du garçon qu’il a été et de l’homme qu’il est devenu. Des hommes qu’il est devenu, devrait-on dire, puisqu’il menait plusieurs vies parallèles.

« Ce qui est intéressant avec le web, c’est qu’on y laisse des traces », relève Simon Coutu, précisant que même les usagers les plus prudents n’arrivent pas toujours à rester anonymes.

« Ça nous a vraiment permis d’entrer dans sa tête. »

— Simon Coutu

S’afficher comme un homme qui a de l’argent n’a jamais posé de problème à Alexandre Cazes. Il gardait par contre le secret sur ses activités commerciales en ligne, sur ses discussions sur une plateforme masculiniste misogyne et homophobe et la vie de séducteur en série qu’il menait en marge de sa vie avec sa femme thaïlandaise.

« Le portrait final qu’on a découvert est très sombre. Ç’a été difficile de revenir vers Danielle [Héroux] à la fin du projet avec les informations que nous avions en notre possession. Ce n’était pas toujours rose, très confrontant pour une mère et une femme, dit Monic Néron. Ce n’est pas l’histoire d’un criminel glorifié, c’est l’histoire de la chute d’un individu qui a eu une énorme ascendance sur les milieux criminels et internationaux. »

Alpha02, en ligne dès mardi sur Tou.tv Extra

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