littérature

des romans qui font du bien

En ces temps (littéralement) sombres, rien de tel que des histoires lumineuses pour nous remonter un peu le moral. Mais en y regardant de près, la littérature s’avère plutôt avare de récits « hop-la-vie », dont les lecteurs québécois semblent pourtant preneurs. Heureusement, ceux qui jouent plus que jamais le rôle de phares dans la pénombre – les libraires – nous éclairent des chemins vers la prose qui réconforte et repose.

« Je dis souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire ! », plaisante Billy Robinson, de la Librairie de Verdun, confirmant que les romans à tonalité plus positive ne sont pas légion dans la littérature locale et internationale. Mais ses clients, empâtés de nouvelles à la sauce pathos signées 2020, se montrent plus avides de dénouements radieux et de bouquins plus souriants.

Alors aux grands « mots » les grands remèdes : « Comme on dirait que c’est devenu la tendance, on a fait des recherches nous-mêmes et on a établi une petite liste d’incontournables, mêlant romans, poésie et livres de croissance personnelle, québécois et étrangers », explique le libraire, qui n’a plus qu’à y piger pour répondre aux demandes de ce genre. Ses munitions d’auteurs à la plume de belle humeur : Johanne Seymour, Marie-Renée Lavoie ou encore Michèle Plomer.

D’autres librairies du Québec ont également noté cette soif de positivité, à divers degrés. « Oui, nous avons remarqué une croissance de la demande de livres “qui font du bien”, que ce soit des lectures légères ou des histoires qui se terminent bien, relève Benoît Vanbeselaere, responsable des communications à la librairie Pantoute, qui a deux adresses à Québec. C’est une demande supplémentaire sans qu’elle soit prédominante cependant, et qu’on retrouve principalement chez notre clientèle du Vieux-Québec. »

Là aussi, le personnel a dressé une petite liste à saveur feelgood, avec les envolées de Sophie Létourneau (Chasse à l’homme), Hélène Dorion (Pas même le bruit d’un fleuve), Sophie Laurin (En route vers nowhere) ou le dernier Catherine Mavrikakis. Des bandes dessinées, aussi, avec Aldobrando, de Gipi et Luigi Critone ou encore Le département des théories fumeuses, de Tom Gauld.

À la librairie Racines, spécialisée dans la littérature des minorités, l’élan de positivité se traduit autrement, les clients se tournant vers les livres de cuisine et de croissance personnelle, rapporte la fondatrice Gabriella Garbeau.

Réconfortant Québec

« C’est difficile de trouver des lectures réconfortantes, en général, on lit surtout des choses qui vont mal ou nous font relativiser sur notre état », constate aussi de son côté Lucile Abiven, libraire au Port de tête, où la demande de littérature plus lumineuse est présente sans être écrasante. L’employée égrène quelques succès de vente qui pointent vers des horizons moins sombres que se mettent les clients sous la dent : Faire les sucres et Les fourchettes, entre autres.

Elle note surtout que l’appétit est grand pour les essais, et particulièrement féroce pour la littérature d’ici en 2020, après un 12 août (jour de l’évènement « J’achète un livre québécois ») exceptionnel. Et si le réconfort circulait à double sens ? Une fois que les écrivains sur leur palier les ont fait rêver, n’est-ce pas au tour des lecteurs de leur octroyer encouragements et chaleur ? « C’est possible qu’il y ait un effet de solidarité, qu’on se dise : “On est tous en difficulté, mais on se soutient, particulièrement nos auteurs” », souligne Mme Abiven.

Du côté de la chaîne Renaud-Bray, dans le cadre de la hausse générale des ventes de livres cette année, on remarque une ambivalence : « Oui, nous avons des titres qui ont très bien fonctionné en littérature “feel-good books”, mais d’un autre côté, des titres très durs ont été très demandés », note Floriane Claveau, porte-parole de l’institution. Par exemple, les lecteurs se sont tournés vers la conquête du mieux-être de Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, par Raphaëlle Giordano, mais sans fuir les romans enténébrés comme La peste ou La bête. Parmi les récits prisés aux titres plus optimistes : Changer l’eau des fleurs, Tout le bleu du ciel, Kilomètre zéro et En route vers nowhere.

Toutes ces suggestions ne sont pas non plus de la littérature de câlinours ; bon nombre d’entre elles partent même de situations dramatiques pour mieux voguer vers des horizons plus radieux, insufflant l’espoir. De quoi substituer quelques antidépresseurs sur la table de chevet…

Les suggestions vivifiantes des libraires

Nous avons demandé à cinq librairies de nous prescrire un roman paru récemment avec un pouvoir de type Vitamine C. Voici le compte rendu de l’ordonnance.

Librairie de Verdun :

Le goût de l’élégance, de Johanne Seymour

« C’est probablement le livre qu’on recommande le plus dans cette thématique. Paru chez Libre Expression en pleine pandémie, il parle du bonheur que la littérature peut apporter dans la vie des gens », indique le libraire Billy Robinson, de la Librairie de Verdun, qui a de quoi se sentir concerné par le cadre du livre : la protagoniste déniche un emploi dans une librairie du quartier Verdun !

Librairie Port de tête :

Les falaises, de Virginie DeChamplain

« C’est un livre que je recommande beaucoup, qui parle d’une jeune fille en difficulté retrouvant les carnets écrits par sa grand-mère. Le récit donne de l’espoir et montre qu’on peut être au plus bas et s’en sortir », note la libraire Lucile Abiven. Le thème de la réconciliation avec le passé et la famille y est central.

Librairie Pantoute :

L’absente de tous bouquets, de Catherine Mavrikakis

Parmi les nombreuses suggestions de la librairie de Québec, celle-ci trône au sommet. « S’il ne fallait en choisir qu’un, nous irions avec L’absente de tous bouquets », tranche Benoît Vanbeselaere. Comme dans Les falaises, tout part d’un deuil, et celui-ci nous mène au cœur d’un jardin où les fleurs éclosent les unes après les autres.

Librairie Racines :

This place : 150 Years Retold, collectif d’auteurs

Gabriella Garbeau y est allée d’une proposition originale, avec ce roman graphique très coloré signé par des auteurs et illustrateurs autochtones. Les différentes histoires proposent des voyages étonnants et bouillonnants, à saveur uchronique. « Je le trouve très positif, car j’aime comment les auteurs imaginent à quoi ressemblerait le monde s’il n’était pas arrivé ce qu’il s’est passé avec les Premières Nations », justifie la libraire. Notez que cette œuvre pancanadienne est en anglais.

Librairies Renaud-Bray :

La Lutte, de Mathieu Poulin

Jonathan Charrette, libraire à la succursale Renaud-Bray de la Plaza St-Hubert, aimerait nous redonner le sourire avec ce roman surprenant paru aux Éditions de Ta Mère, où un lutteur professionnel floué par un promoteur véreux décide de former un syndicat avec ses coéquipiers aux gros bras. « Grâce à une écriture humoristique, l’auteur nous entraîne dans des descriptions hyperréalistes de matchs passionnés qui rappellent l’époque où Hulk Hogan était adulé comme un demi-dieu », souligne le libraire.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.