Covid-19

Alors que les sites de vaccination peinent à combler toutes les plages horaires à Montréal, l’inocuité du vaccin AstraZeneca est remise en cause en Europe.

COVID-19

Des centres de vaccination boudés

Québec ajuste sa stratégie pour éviter les pertes de doses à Montréal

Talonné de toutes parts pour sa lenteur à écouler les doses reçues de vaccins contre la COVID-19, Québec a défendu mardi sa stratégie et annoncé que la vaccination des personnes de 60 ans et plus serait possible partout dans la province d’ici la fin de la semaine. Les malades chroniques et les travailleurs essentiels seront les prochains vaccinés. Et les personnes de 55 ans et plus pourront dès jeudi se rendre dans des centres sans rendez-vous pour obtenir le vaccin d’AstraZeneca.

Un peu plus tôt dans la journée, le responsable de la vaccination au Québec, Daniel Paré, affirmait sur les ondes du 98,5 FM que 5000 personnes de plus auraient pu être vaccinées au cours du dernier week-end à Montréal. Mais les doses n’ont pu être administrées, car trop peu de gens avaient pris rendez-vous, a-t-il expliqué. En date du 6 avril, c’est plus de 700 000 doses qui avaient été reçues par Québec, mais qui devaient être administrées au cours des prochains jours.

En conférence de presse, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a dit avoir trouvé « très difficile » de voir toutes ces plages non occupées à Montréal au cours de la fin de semaine.

Le ministre a dit que la campagne de vaccination s’ajuste sans arrêt. Mardi, il a donc décidé d’envoyer 20 000 doses de plus dans le Bas-Saint-Laurent, en Estrie, en Chaudière-Appalaches et dans la région de la Capitale-Nationale. Ces doses s’ajoutent aux 34 000 doses annoncées la semaine dernière.

Parallèlement, Québec a demandé aux responsables de la vaccination à Montréal de fermer les plages horaires qui étaient non occupées dans les sept prochains jours, a appris La Presse. Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, on confirme avoir retiré 5000 plages horaires. Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal en a fermé le même nombre. Au total, ce sont 20 000 plages horaires qui ont ainsi été retirées à Montréal.

Au cabinet de M. Dubé, on affirme avoir voulu « rediriger les doses qui étaient attribuées aux rendez-vous non comblés vers les régions » les plus frappées par la pandémie actuellement.

En conférence de presse mardi, le ministre s’est défendu de ne pas vacciner assez rapidement la population. Il a affirmé que la province accuse un léger retard dans la distribution des vaccins notamment parce que l’arrivage de vaccins de Moderna a du retard. Les pharmaciens n’ont donc pas été en mesure d’administrer rapidement les 135 000 doses reçues de Moderna ces derniers jours.

Les pharmaciens ne peuvent administrer que 100 doses par semaine chacun. « Il fallait aussi attendre d’avoir les autorisations de la Santé publique pour distribuer les 350 000 doses du vaccin d’AstraZeneca », a dit M. Dubé.

Il a assuré avoir obtenu un avis « très clair » du Comité sur l’immunisation du Québec selon lequel on pouvait administrer le vaccin d’AstraZeneca aux personnes de 55 ans et plus sans risque.

« Les trois vaccins sont sécuritaires. »

— Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, qui a lui-même reçu une dose du vaccin AstraZeneca il y a près de trois semaines

Par ailleurs, Québec ouvrira d’ici jeudi des centres sans rendez-vous pour les personnes de plus de 55 ans qui souhaitent obtenir le vaccin d’AstraZeneca. Le vaccin sera notamment offert au Stade olympique, au Palais des congrès de Montréal et dans des pharmacies. Le gouvernement s’était engagé à ce que les Québécois puissent choisir d’être immunisés avec ce vaccin ou non. On affirmait jeudi dernier que ces nouvelles doses ne seraient pas utilisées tant qu’on n’aurait pas trouvé de solution pour que les gens puissent savoir à l’avance quel vaccin leur serait administré.

Le ministre s’est dit sûr que dès jeudi ou vendredi, de 70 000 à 75 000 doses de vaccin par jour pourraient être administrées, alors que la province distribue ces jours-ci environ 40 000 vaccins par jour.

Pour les malades chroniques et les travailleurs essentiels

Le premier ministre François Legault a affirmé que le Québec était la province la plus avancée en matière de vaccination au pays. Le taux de vaccination au Québec est de 18,6 %.

M. Dubé a annoncé que d’ici la fin de la semaine, les personnes de 60 ans et plus pourraient être vaccinées dans toutes les régions du Québec.

Il a aussi annoncé que le gouvernement ouvrirait « bientôt » la vaccination aux malades chroniques et aux travailleurs essentiels. Le ministre a fait savoir qu’il ferait le point sur cette question lors d’une conférence de presse avec le directeur de la campagne de vaccination, Daniel Paré, ce mercredi.

Président de l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec, le DMartin Champagne a écrit à Québec, car il croit que les personnes atteintes de cancer devraient figurer sur la liste des malades chroniques prioritaires. Il estime que la vaccination de ces patients devrait se faire dans les hôpitaux. « On le fait déjà pour la grippe », dit-il.

Président de l’Association des pneumologues de la province de Québec, le DAntoine Delage ignore aussi si ses patients figureront sur la liste des malades chroniques prioritaires, comme beaucoup le réclament. Il souligne que certaines études ont démontré jusqu’à maintenant que l’hypertension, le diabète et l’obésité augmentent les risques d’hospitalisation et de décès chez les personnes atteintes de la COVID-19.

M. Dubé a donné peu d’indices sur la liste précise des maladies chroniques qui seraient incluses dans la prochaine catégorie, mais il a évoqué les personnes atteintes de cancer. Pour les travailleurs essentiels, le ministre a confirmé que les enseignants, les éducatrices en garderie, les pompiers et les policiers feraient tous partie de cette catégorie.

— Avec la collaboration de Judith Lachapelle et de Pierre-André Normandin, La Presse

Vaccin d’AstraZeneca

Une évaluation attendue mercredi

Un responsable de l’Agence européenne des médicaments (AEM) a évoqué mardi l’existence d’un lien entre le vaccin d’AstraZeneca et les cas de thrombose observés après son administration. De son côté, l’Agence a réitéré qu’elle n’était pas encore arrivée à une conclusion sur le vaccin.

Marco Cavaleri, responsable de la stratégie sur les vaccins à l’Agence européenne des médicaments, a affirmé dans une entrevue au quotidien italien Il Messaggero publiée mardi qu’il « est clair qu’il y a un lien avec le vaccin ».

L’Agence s’est empressée d’indiquer qu’elle était toujours en train d’évaluer si le vaccin d’AstraZeneca est potentiellement lié à la formation de rares caillots sanguins. La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a déclaré mardi sur Twitter qu’une évaluation est « prévue mercredi soir ».

Si le lien avec les thromboses est confirmé, il est probable que Santé Canada exigera que les patients qui sont plus susceptibles de souffrir de thrombose ne soient pas admissibles à recevoir ce vaccin, suppose Denis Leclerc, professeur de biologie médicale à la faculté de médecine de l’Université Laval. « Ce ne sera pas évident de faire le tri et, à mon avis, cela donnera une vraie douche froide sur l’utilisation de ce vaccin », dit-il.

L’OMS en faveur du vaccin

De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué être toujours en faveur de l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca selon l’état actuel des connaissances. L’Organisation soutient que la balance risque/bénéfice « reste très largement positive ».

Afin d’établir un ratio risque/bénéfice, les experts comparent le risque que court la population à ne pas être vaccinée et les complications qui sont liées à l’infection à la protection procurée par le vaccin, explique M. Leclerc.

« Cependant, ils doivent aussi considérer dans leur décision qu’il y a bien d’autres vaccins que celui d’AstraZeneca de disponibles qui peuvent protéger la population en ce moment. »

— Denis Leclerc, professeur de biologie médicale à la faculté de médecine de l’Université Laval

Les spécialistes doivent donc établir s’il est préférable pour les citoyens d’être vaccinés immédiatement avec le vaccin d’AstraZeneca ou d’attendre quelques semaines pour être vaccinés avec celui d’une autre compagnie.

Pour le moment, l’OMS indique que les bénéfices du vaccin d’AstraZeneca dépassent les risques. « Ces avantages sont vraiment très importants en matière de réduction de la mortalité parmi les populations qui sont vaccinées », a souligné Rogério Pinto de Sá Gaspar, directeur de l’OMS chargé de la régulation, lors d’un point de presse de l’OMS consacré à la journée mondiale de la santé.

AstraZeneca au Canada

Jusqu’à maintenant, le Royaume-Uni recense 30 cas de thrombose et 7 décès sur plus de 18 millions de doses administrées. Par précaution, plusieurs pays, dont le Canada, la France et l’Allemagne, ont décidé de ne plus administrer ce vaccin en dessous d’un certain âge.

Cette décision est survenue à la suite d’une étude allemande proposant un possible mécanisme qui explique les maladies sanguines causées par le vaccin d’AstraZeneca. Bien que ce mécanisme ne soit pas encore confirmé, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) et le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) ont suggéré la suspension de l’administration du vaccin d’AstraZeneca chez les moins de 55 ans. D’autres pays, tels que la Norvège et le Danemark, ont suspendu son utilisation pour toute leur population.

La semaine dernière, le Canada a reçu 1,5 million de doses du vaccin d’AstraZeneca des États-Unis et devrait en recevoir 318 000 cette semaine en provenance du programme international de partage COVAX.

— Avec l’Agence France-Presse

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