Planète bleue, idées vertes

Un F-150 qui réduit les GES

Joliette — Pour éviter que les gros rebuts dont les citoyens veulent se débarrasser finissent au dépotoir, la MRC de Joliette leur prête une camionnette électrique. Ils peuvent ainsi les apporter à son écocentre, où les deux tiers des matières reçues sont revalorisées.

Grisaille, pluie, vent, rien n’arrête le citoyen désireux de faire place nette. En ce jeudi après-midi frisquet, gros camions et petites remorques chargés de meubles et de matériaux divers se succèdent à l’écocentre logé dans le parc industriel de Joliette.

Les citoyens qui n’ont pas de moyen de transport adéquat pour leurs rebuts surdimensionnés peuvent faire appel à la collecte d’encombrants, mais tout ce qui est ainsi ramassé par les éboueurs est envoyé au centre d’enfouissement.

« La destination ultime des collectes d’encombrants, c’est l’élimination, et pour moi, ce n’est pas une solution. Il fallait que je trouve des solutions de rechange, novatrices et concrètes », raconte le directeur de la planification et de la gestion du territoire de la MRC, Mario Laquerre.

La « destination alternative » existait déjà, puisque l’écocentre, géré par la MRC, recycle 65 % des quelque 3000 tonnes de matières reçues chaque année.

Solution de transport

Ce qui s’est ajouté cet automne, c’est une solution de transport alternative – une camionnette F-150, robuste mais électrique, que l’écocentre prête gratuitement aux citoyens des sept municipalités de la MRC désireux d’apporter leurs encombrants. C’est une première au Québec. Après une vingtaine de journées de service, le véhicule avait déjà été emprunté par une trentaine de résidants.

« Je n’ai pas l’habitude de conduire une camionnette, je n’avais jamais conduit une voiture électrique avant, et j’ai adoré ça. Ç’a été vraiment un charme », nous a raconté Violaine Pelletier, de Joliette.

Lorsque le bas de son duplex a été inondé durant les pluies torrentielles de la mi-septembre, elle s’est retrouvée avec « une quantité incroyable de déchets ». Plancher, bois de construction, meubles, vêtements, papiers, livres, il y en avait tellement qu’elle a emprunté la camionnette électrique à deux reprises, pour un total de sept chargements.

« C’est innovateur comme vision, et ça vient répondre à plusieurs besoins – le besoin personnel d’un camion, mais aussi l’aspect écologique de la chose, et l’aspect communautaire. Je nous ai trouvés impressionnants, à Joliette ! »

— Violaine Pelletier, utilisatrice du service

La camionnette blanc et vert arborant l’inscription « Empruntez ce véhicule » a d’ailleurs suscité la curiosité de plusieurs voisins, dont au moins un s’est promis de l’emprunter aussi.

« Ça fait partie de la philosophie : on essaie de réduire les gaz à effet de serre et en même temps, on fait connaître l’électrification des transports à plein de citoyens », confirme M. Laquerre.

Caverne d’Ali Baba

Cette camionnette est un projet de réemploi en soi, puisque le moteur du véhicule était hors d’usage. La MRC l’a acquis pour 3000 $, puis a payé 70 000 $ pour le faire électrifier, une conversion remboursée pour moitié par une subvention.

Le gain pour la MRC ne vient pas seulement des matières détournées de l’enfouissement, mais aussi du transport. Envoyer des éboueurs ramasser des encombrants devant la résidence d’un citoyen, « ça coûte une fortune », souligne M. Laquerre. « C’est deux employés, souvent trois. Et savez-vous combien ça consomme, un camion à déchets ? Jusqu’à 125 litres aux 100 kilomètres ! C’est énorme en termes de GES ! »

La camionnette, qui peut être réservée au téléphone ou sur le site web de la MRC, est prêtée pour une durée maximale de trois heures, uniquement pour apporter des résidus à l’écocentre. Son autonomie est d’environ 160 kilomètres, mais il est interdit de l’utiliser pour déménager, magasiner ou sortir de la MRC. Le véhicule est équipé d’un GPS qui témoigne en tout temps de son emplacement.

Au début d’octobre, le service a reçu le Prix coup de cœur du Programme GMR Pro, qui récompense les initiatives de gestion des matières résiduelles municipales. Depuis, près d’une quinzaine de localités s’y sont intéressées, indique M. Laquerre. La MRC en aura plus à dire au terme de son essai de deux ans, durant lequel les quantités de matières apportées avec la camionnette électrique, et les émissions de GES ainsi évitées, seront calculées avec précision.

La MRC, qui a repris la gestion de l’écocentre en 2020, développe d’ailleurs de nouveaux débouchés pour les matières reçues. Cela va du tri des branches de cèdre, envoyées à un fabricant d’huiles essentielles, à la remise en valeur des objets en bon état. Tabourets, chaises, ventilateurs, trépieds et autres petits meubles et accessoires sont désormais offerts gratuitement dans deux conteneurs ornés de l’enseigne La caverne d’Ali Baba. « Ce n’est pas ouvert au public. C’est ouvert à ceux qui viennent porter des matières, on veut les récompenser », précise M. Laquerre.

« Il y a une limite au volontariat : essayez ça avec les impôts, vous me direz si ça marche... », prévient toutefois cet urbaniste de formation, qui enseigne la gestion des matières résiduelles à la maîtrise en environnement de l’Université de Sherbrooke depuis 15 ans.

Pour augmenter la proportion de matière détournée de l’enfouissement, il faudrait « des moyens qui vont permettre d’aller plus loin », croit-il.

« À partir du moment où les citoyens ont accès à trois collectes et à un écocentre, ça devrait être une obligation pour eux de les utiliser. »

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