« Les astres s’alignent pour un retour de l’inflation »

Les couches pour bébés et les Cheerios coûteront plus cher, ont annoncé leurs fabricants. Les prix de l’essence, du bois d’œuvre et de nombreux produits de base comme le fer et le cuivre sont aussi en nette augmentation, ce qui fait craindre un retour en force de l’inflation, après des décennies de calme plat sur ce front. Faut-il s’en inquiéter ?

De février à mars, l’indice des prix à la consommation a doublé au Canada, passant de 1,1 % à 2,2 %. Un rebond normal, disent les économistes, parce que les prix s’étaient écroulés au début de la pandémie et reviennent maintenant à la normale.

La hausse des prix sera temporaire et se stabilisera à mesure que les effets de la pandémie disparaîtront, assurent tant le gouverneur de la Banque du Canada que le président de la Réserve fédérale américaine.

Mais des signes d’un retour durable de l’inflation apparaissent, et ils viennent d’où on ne les attendait pas. Les prix de divers biens subissent des pressions à la hausse, mais c’est du côté des services que les hausses de prix plus durables pourraient provenir, estime l’économiste de Desjardins Jimmy Jean.

« C’est un fait qu’il y a un aspect temporaire dans les hausses de prix de plusieurs biens », précise-t-il.

Les prix du bois d’œuvre, des ordinateurs et de la plupart des produits importés d’Asie par bateau, par exemple, se stabiliseront une fois que les économies rouvriront, que les consommateurs reprendront leurs habitudes et que les chaînes d’approvisionnement se remettront du choc de la pandémie.

Si les hausses de prix d’un nombre croissant de produits n’inquiètent pas trop Tiff Macklem et Jerome Powell, c’est parce que le prix des biens pèse de moins en moins lourd dans la mesure de l’inflation, souligne Jimmy Jean. Les services représentent maintenant 55,7 % de l’indice des prix à la consommation, précise-t-il.

L’offre de services sous pression

Du côté des services, des hausses de prix plus durables pourraient s’installer, croit l’économiste. À commencer par les salaires, qui sont une composante importante et durable du niveau d’inflation.

Nicolas Vincent, économiste et professeur agrégé à HEC Montréal, est aussi de cet avis. Même en pandémie, les pénuries de main-d’œuvre n’ont pas disparu dans certains secteurs, souligne-t-il. Avec la reprise économique, ces pénuries s’aggraveront et les coûts de la main-œuvre devraient augmenter.

Le coût du logement est une autre augmentation qui ne sera pas temporaire et qui risque d’alimenter une inflation durable, croit le professeur. La demande de maisons neuves augmente et leur coût est en forte hausse. Les prix élevés vont empêcher beaucoup d’acheteurs potentiels d’accéder à la propriété, ce qui aura un impact à la hausse sur la demande et les prix des loyers. Le déséquilibre entre l’offre et la demande de logements s’aggravera lorsque les niveaux d’immigration reviendront à la normale.

« Le retour de l’inflation dépend aussi de ce que les consommateurs feront avec l’épargne accumulée pendant la pandémie », observe le professeur Nicolas Vincent.

Les autorités monétaires souhaitent qu’une bonne partie de cette épargne serve à réduire les dettes des ménages.

Mais un boom de consommation s’annonce déjà. Dans plusieurs secteurs des services mis à mal depuis le début de la crise, l’offre sera diminuée, précise M. Vincent.

Si 50 % des restaurants, des hôtels et des lieux de divertissement ont fait faillite, ceux qui restent pourront augmenter leurs prix, au moins le temps que l’offre se rétablisse, et ça peut prendre un certain temps.

Roue difficile à stopper

La dimension psychologique jouera un rôle important, selon le professeur. Si les consommateurs s’attendent à un retour de l’inflation, ils vont vouloir des augmentations de salaires. C’est ainsi que la roue se mettra en marche et qu’il deviendra de plus en plus difficile de la stopper.

Des hausses de taux d’intérêt sont donc inévitables, et elles arriveront plus vite que prévu. Malgré son ton rassurant sur l’inflation, la Banque du Canada annonce maintenant une remontée des taux plus rapprochée que prévu, à l’automne 2022.

À HEC Montréal, Nicolas Vincent donne des formations à des gestionnaires d’entreprises. Il leur dit maintenant une chose qu’il n’avait jamais dite jusqu’à maintenant : mettez l’inflation sur votre écran radar.

« Je ne suis pas devin, mais les astres s’alignent pour un retour de l’inflation », dit-il.

Consommation : le sprint se poursuit

Signe que les consommateurs veulent rattraper le temps perdu et ont de l’argent à dépenser, les ventes au détail ont déjà dépassé de 6 % leur niveau d’avant la pandémie. Statistique Canada a fait état d’une augmentation de 4,8 % des ventes au détail en février comparativement à janvier. Au Québec, la hausse des ventes a été de 19 %, ce qui s’explique par la réouverture des commerces non essentiels. Les Canadiens ont recommencé à acheter des vêtements (+ 20,8 %) et des chaussures (+ 43,1 %). Les articles de sport, les livres et les articles de loisirs ont vu leurs ventes grimper de 23,5 % en février. Les ventes de meubles et d’articles de maison ont augmenté de 18 %.

— Hélène Baril, La Presse

FED : la situation s’améliore aux États-Unis

La Banque centrale américaine (Fed) a salué l’amélioration de l’activité économique et de l’emploi, mercredi, à l’issue de la réunion de son comité monétaire, relevant que la pandémie pose toujours des risques pour les perspectives économiques. « Avec les progrès de la vaccination et un fort soutien politique, les indicateurs de l’activité économique et de l’emploi se sont renforcés », a indiqué la Réserve fédérale dans un communiqué de presse publié à l’issue de la réunion monétaire entamée mardi matin. « Les secteurs les plus touchés par la pandémie restent faibles, mais ont montré une amélioration », ont encore souligné les responsables de la Fed. Ils ont aussi fait état d’une hausse de l’inflation, qu’ils voient cependant comme « temporaire ». La crainte d’une hausse trop forte et durable des prix avait agité les marchés en début d’année, mais semble désormais se dissiper, avec un large consensus sur son caractère provisoire. Les taux d’intérêt ont, de leur côté, été maintenus dans une fourchette de 0 à 0,25 %.

— Agence France-Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.