Legault voit en Nadeau-Dubois son principal adversaire

Ce n’est pas une course à deux, disent les autres chefs

François Legault donne raison à Gabriel Nadeau-Dubois sur au moins une chose : la campagne électorale se résume en un affrontement entre « deux visions très différentes », la sienne et celle de Québec solidaire. Il le voit comme son principal adversaire et l’accuse maintenant de « mettre en péril l’économie du Québec ».

Lors d’un rassemblement militant en Estrie samedi soir, Gabriel Nadeau-Dubois a soutenu que « la campagne au Québec est de plus en plus une lutte à deux » entre Québec solidaire (QS) et la Coalition avenir Québec (CAQ). Une déclaration que Dominique Anglade, Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime ont décriée, accusant leur adversaire solidaire d’être présomptueux.

Mais pour François Legault, l’analyse de Gabriel Nadeau-Dubois est bonne. « Je suis d’accord avec lui qu’il y a deux visions qui s’affrontent. Une vision qui est plus réaliste et qui tient compte des préoccupations des Québécois, et une vision qui pense que l’argent pousse dans les arbres, là, avec M. Nadeau-Dubois et ses taxes orange », a lancé François Legault en conférence de presse dimanche à Saint-Ubalde, dans la région de Portneuf. Il reproche à son adversaire de ne pas remettre « beaucoup d’argent dans le portefeuille des Québécois », contrairement à lui, et même de vouloir alourdir le fardeau de certains.

M. Legault a ajouté que les plans verts des deux partis diffèrent grandement, car celui de Québec solidaire alourdirait beaucoup la dette, selon lui.

« Quand Gabriel-Nadeau Dubois dit qu’il va baisser les [émissions de gaz à effet de serre] de 55 % d’ici 2030, ça ne marche pas. Il n’y a pas assez d’électricité pour faire ça, même avec toute la meilleure volonté du monde. »

– François Legault, chef de la CAQ

François Legault en a remis une couche dans un second point de presse dans Lotbinière-Frontenac – là où ironiquement, comme dans Portneuf, le Parti conservateur est son principal compétiteur, selon les sondages.

Le plan de QS « met en péril l’économie du Québec », a-t-il soutenu. Le chef caquiste a brandi le spectre d’une fuite de capitaux. « Déjà au Québec, on a les impôts parmi les plus élevés en Amérique du Nord. C’est important de garder un équilibre. Quand on est rendus à plus que 50 % d’impôts, les spécialistes disent : trop d’impôt tue l’impôt. On ne veut pas perdre non plus des citoyens. »

« Une lutte à cinq », selon St-Pierre Plamondon

Selon le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, « dire que c’est une lutte à deux », comme l’a fait M. Nadeau-Dubois, « ça a peu de considération pour les citoyens, peu de considération pour la démocratie et les autres partis ».

« Les gens savent très bien qu’il y a cinq partis. C’est une lutte à cinq, et dépendamment on est dans quelle région du Québec, on voit que ce n’est pas les mêmes partis qui sont dans des luttes serrées. Des fois, il y a quatre partis en même temps », a-t-il dit en point de presse à Saguenay.

Selon lui, les Québécois vont également voter en fonction « de l’approche et du style » de chaque leader. Et contrairement à M. Nadeau-Dubois, il « ne fera pas d’attaque », a-t-il tenu à dire. Il a rappelé que son adversaire a comparé François Legault à l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper samedi.

Un adversaire plus facile, dit Anglade

La cheffe libérale, Dominique Anglade, croit quant à elle que François Legault choisit de nommer Gabriel Nadeau-Dubois parce qu’il est un adversaire plus facile à affronter.

« Si François Legault désigne ses adversaires et pas moi, c’est parce qu’il sait très bien que le seul parti qui est capable de le confronter d’un point de vue économique, c’est le Parti libéral. C’est le seul », a-t-elle déclaré avant de prendre un bain de foule dans un centre commercial de Trois-Rivières. Elle estime qu’elle a « plus que jamais » sa place dans la campagne.

« Ce n’est pas aux adversaires de définir qui va être choisi par les Québécois, et je pense que pour un jeune politicien, il fait pas mal de vieille politique », a-t-elle également lâché en marge d’une annonce à Shawinigan.

Une autre lutte à deux, selon Duhaime

Le chef conservateur, Éric Duhaime, réfute l’analyse de Gabriel Nadeau-Dubois et voit une tout autre course à deux. « C’est peut-être une lutte à deux sur le Plateau Mont-Royal, mais il devrait se promener ailleurs au Québec. Il verrait que la lutte à deux n’est pas nécessairement entre Québec solidaire et la CAQ », a-t-il réagi lors de son passage à Nicolet.

« Je peux vous dire qu’ici, s’il venait dans Nicolet–Bécancour, il verrait que le candidat solidaire n’est pas là, que la lutte se fait entre Mario Lyonnais et le député sortant », a-t-il illustré. Les conservateurs espèrent remporter certaines circonscriptions caquistes, particulièrement dans la grande région de Québec.

Le Parti libéral du Québec et le Parti québécois sont devenus des « tiers partis » chez les électeurs francophones, selon M. Duhaime. Ils ont de la difficulté à se trouver « une raison d’être » dans le nouvel axe politique gauche-droite au lieu de l’axe fédéraliste-souverainiste qui a caractérisé la politique québécoise depuis les années 1970.

Des accusations balayées par Nadeau-Dubois

Gabriel Nadeau-Dubois a balayé du revers de la main les critiques de ses adversaires. « Il y a deux visions qui sont en contraste l’une avec l’autre. […] On est en train, à Québec solidaire, de s’imposer comme l’alternative à la CAQ », a-t-il dit de passage dans la circonscription de Saint-François, à Sherbrooke, que son parti voudrait ravir aux troupes de François Legault grâce à sa candidate vedette, la médecin spécialiste en santé publique, Mélissa Généreux.

« La question, c’est quelle est la dynamique de la campagne électorale. Moi, ce que je remarque, […] c’est que depuis le début, et surtout depuis le débat des chefs, François Legault passe énormément de temps à s’en prendre à Québec solidaire. Je pense que ça révèle ce qui est en jeu pour l’avenir du Québec », a-t-il ajouté.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.