Maison Rénovation

Les hauts et les bas de
l’autoconstruction

L’autoconstruction peut sembler un choix attrayant pour ceux qui cherchent à réduire les coûts et à faire les choses à leur façon. Mais le chemin peut être pavé d’embûches, surtout lorsque le souhait est de s’installer dans le bois, de la façon la plus écolo possible.

Saint-Alexandre-de-Kamouraska — Sur son fil Instagram, Marie-Amélie Dubé publie parfois des photos de la maison que son conjoint, Steve McNicoll, et elle ont construite à partir de conteneurs maritimes, en pleine forêt, à quelques kilomètres du cœur du village de Saint-Alexandre-de-Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent. C’est bucolique, avec les poules en liberté sur le terrain, le chien qui se prélasse au soleil et la verdure qui pousse un peu partout.

« Des fois, je me demande si je ne contribue pas malgré moi à l’idéalisation de ce mode de vie », réfléchit Marie-Amélie à voix haute. Car derrière ces beaux clichés se cache une autre réalité : pour mener à bien son rêve, le couple a dû travailler dur, surmonter plusieurs obstacles et faire face à des imprévus.

Marie-Amélie décrit l’expérience comme un « projet laboratoire », construit à coup d’essais-erreurs dans une perspective d’autosuffisance et en utilisant le plus de matériaux usagés possible. Et sans y laisser sa peau financièrement : le couple visait un investissement autour de 100 000 $, terrain et maison inclus.

Non, on ne peut pas TOUT faire soi-même

Tout a commencé en 2018, quand le couple a déniché un grand terrain boisé dans le Haut-Pays du Kamouraska, au coût avantageux de 15 000 $. Mais tout était à faire : défricher, corriger la pente pour préparer une parcelle qui viendrait accueillir la maison, raccorder à Hydro-Québec, ajouter les installations septiques...

Steve McNicoll est artisan du métal et mécanicien industriel. Il sait à peu près tout faire avec cette matière, et se débrouille vraiment bien dans plusieurs autres domaines.

« Tu es aussi bien de connaître ton affaire, sinon tu vas te faire manger ! », illustre Steve, qui a pour ainsi dire agi lui-même en tant qu’entrepreneur. En tout, le couple estime avoir économisé près de 80 000 $ en main-d’œuvre.

Cela dit, en autoconstruction, c’est une illusion de croire qu’on peut tout faire de A à Z. Il est essentiel de faire appel à des professionnels pour la fosse septique, les tests de sol, les plans, etc. Les délais sont à peu près inévitables. Le couple, qui n’avait plus de domicile fixe, n’a pas eu le choix d’emménager dans la maison qui était loin d’être terminée, en novembre 2019. « On a vécu dans un chantier, on a mangé de la poussière ! Disons que ce n’est pas pour tout le monde », remarque celle qui travaille comme chargée de projet pour un centre associé au cégep de Rivière-du-Loup.

Avancer malgré l’incertitude

Pendant qu’ils patientaient, Steve et Marie-Amélie ont écumé YouTube « On en a passé, des soirées à écouter des vidéos d’autoconstruction ! Ça se fait souvent dans des pays où il n’y a pas d’isolation à faire. C’est ça qui était plus complexe. »

« Il y a une dimension artisanale à notre projet. Ce n’est pas une technologie éprouvée. On savait qu’il y avait une marge d’incertitude, qu’on avancerait sans connaître à l’avance toutes les étapes. »

— Marie-Amélie Dubé, copropriétaire

En tout, trois conteneurs maritimes, que Steve a découpés et joints, ont été utilisés pour faire une maison à aire ouverte d’un seul niveau, avec deux chambres fermées et une salle de bains. Les conteneurs ont été déposés sur des pieux vissés et les murs, plafond et plancher ont été isolés à la mousse d’uréthane soufflé.

« Tu ne peux pas mettre d’autre type de matériaux, sinon ça va créer de la condensation, comme c’est du métal, et non du bois. C’est cher, mais c’est la meilleure isolation », assure Steve. « C’est le tiers du coût de la maison », ajoute Marie-Amélie.

Catastrophe ! Un problème avec l’isolation du toit a causé des dégâts d’eau et tout a dû être arraché au printemps 2021. Au départ, le couple voulait garder un toit plat et construire une terrasse en fibre de verre. Mais comme ce matériau était en pénurie durant la pandémie, il a finalement été décidé d’opter pour un toit en tôle, et en pente. Un choix qu’il ne regrette vraiment pas aujourd’hui. « Ç’a fait grimper nos coûts de près de 30 000 $, mais aussi la valeur de la maison. »

Coût total final du projet : 130 000 $

À l’intérieur, l’esthétique plus industrielle du conteneur a été conservée, appuyée par des matériaux bruts comme des tuyaux en cuivre, du ciment pour l’îlot et du granite de Péribonka, un matériau local, pour le comptoir. À l’extérieur, deux murs sont recouverts de la même tôle que le toit, et du bardeau de cèdres a été choisi pour les deux autres. Steve a déniché trois palettes de bardeaux de cèdre déclassés – dont certains étaient pourris ou croches. Plus de travail, mais à un coût moindre : il a payé à peine 225 $, une valeur de plus de 2000 $ à l’état neuf.

Pour chauffer la maison, il y a un poêle à bois (bûché à même le terrain) et un système complémentaire de chauffage au glycol, qui passe notamment entre les entrejoints des conteneurs assemblés, et dans des blocs de béton disposés à quelques endroits stratégiques. Le tout garde la maison à un agréable 20 °C en hiver.

Il reste encore de la finition à faire, des améliorations à imaginer et des étapes pour atteindre, un jour, l’autosuffisance. Cet été, une grande terrasse a été ajoutée à la maison, avec une cuisine d’été, pour profiter de l’extérieur (quand il n’y a pas trop de moustiques !). Le couple caresse le projet de construire sur son terrain une serre en dôme et peut-être d’y faire pousser des légumes en aquaponie.

Dimensions

Superficie à l’intérieur : 24 pi sur 40 pi

Hauteur du plafond : 9 1/2 pi

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