Mauvaise conduite

Quel record vous semble inatteignable ?

Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence.

Mathias Brunet

Cal Ripken fils n’a pas raté un seul match de balle en 16 ans. Toujours avec la même équipe, les Orioles de Baltimore. Il a battu le record du légendaire Lou Gehrig le 6 septembre 1995 en disputant son 2131match de suite. Le record de Gehrig, désormais aussi connu pour la maladie qui porte son nom, tenait depuis 56 ans. Ripken a ajouté 500 matchs à sa marque par la suite. Le 19 septembre 1998, il demandait à son gérant Ray Miller de le laisser sur le banc, après 2632 matchs consécutifs… Depuis 1998, un seul joueur des majeures a disputé plus de 1000 matchs consécutifs, Miguel Tejada. Quand sa séquence a pris fin avec les Orioles justement, en 2007, il lui manquait 1480 matchs, soit neuf ans sans rater de parties, pour rejoindre Ripken… Le baseball a changé depuis la retraite de Ripken, désormais membre du Temple de la renommée. Les salaires sont faramineux et on n’hésite pas à accorder des congés aux meilleurs joueurs pour ne pas les user.

Whit Merrifield, des Royals de Kansas City, détient la plus longue séquence parmi les joueurs actifs avec 287 matchs. Mais il a 32 ans. Il devrait jouer pendant 14 ans et ne rater aucun match pour atteindre le record. Ça n’arrivera pas. Ripken ne s’est pas contenté de jouer. Il a remporté le titre de recrue par excellence en 1982, deux fois le titre de joueur par excellence de la Ligue américaine, en 1983 et 1991, et a participé à 19 matchs des étoiles…

Miguel Bujold

Le plus incroyable de l’exploit de Wilt Chamberlain, c’est qu’il n’a même pas eu besoin d’une prolongation pour l’accomplir. Le prolifique basketteur a marqué 100 points en temps réglementaire dans une victoire de 169-147 des Warriors de Philadelphie, le 2 mars 1962. C’est Kobe Bryant qui s’est le plus approché de la marque lorsqu’il a inscrit 81 points dans une victoire des Lakers, en 2006. Le grand Kobe avait offert une performance magistrale contre les Raptors, mais a tout de même fini son match avec 19 points de moins que Chamberlain. C’est dire… En comptant son record de 100 points en une partie, Chamberlain a réussi cinq des sept meilleures performances individuelles de l’histoire de la NBA, et 15 des 23 meilleures. Un joueur dont on parle trop peu souvent lorsqu’il est question des meilleurs athlètes de l’histoire.

Simon Drouin

Le record de 23 médailles d’or olympiques de Michael Phelps ne sera pas battu de mon vivant. Ni les 23 couvertures olympiques de Richard Garneau. Mais un autre record me paraît inatteignable, d’autant qu’il n’a pas fini de se bonifier : les 65 victoires en Coupe du monde de bosses de Mikaël Kingsbury. Sans doute qu’un autre athlète exceptionnel émergera un jour, mais difficile d’imaginer qu’il aura la même durabilité que le skieur de Deux-Montagnes. Avant sa blessure de début de saison, il avait aligné 107 départs sans jamais flancher. Dans un sport acrobatique à si grands impacts, où il faut franchir deux ou trois bosses à la seconde, cela relève presque du miracle. À son retour après deux fractures aux vertèbres, il a gagné les deux épreuves à Deer Valley, le parcours le plus exigeant sur le circuit. À 28 ans, il est dans une condition physique splendide – en « surforme », dixit son entraîneur. Kingsbury laisse entendre qu’il pourrait se rendre jusqu’aux JO de 2026. Le livre des records Guinness, dans lequel il vient d’entrer, n’a pas fini de rééditer la capsule qui lui est consacrée.

Frédérick Duchesneau

Il y en a plusieurs. Spontanément, les 11 Coupes Stanley d’Henri Richard. Mais parmi les exploits individuels – bien qu’il s’agisse d’un sport d’équipe –, les 50,36 points par match de Wilt Chamberlain en 1961-1962, avec les Warriors de Philadelphie, dans la NBA, sont difficiles à concevoir. Et assurément imbattables. De nos jours, réussir un match de 50 points est exceptionnel – ce que Chamberlain a accompli 118 fois –, alors que ces 50,36 points sont une moyenne ! Le 2 mars 1962, il en avait marqué 100 dans une victoire de 169-147 contre les Knicks de New York. Et tout cela ne fut même pas suffisant pour obtenir le titre de joueur le plus utile de l’année, le centre de troisième saison terminant second au scrutin derrière Bill Russell, des Celtics de Boston. Il est toujours hasardeux, voire injuste, de comparer les époques. Surtout qu’au début des années 1960, la NBA ne jouissait pas de la reconnaissance qu’elle acquerra plus tard. Mais, à titre indicatif, la meilleure saison de Michael Jordan, en 1986-1987, a été de 37,09 points par match. En 2018-2019, James Harden en a enregistré 36,13. Kobe Bryant ? 35,40 points en 2005-2006. Pour la moyenne en carrière, Wilt Chamberlain est cependant coiffé de quelques centièmes par Air Jordan : 30,12 contre 30,07.

Richard Labbé

À mes yeux, et sans même hésiter, j’en vois trois : le record de Gretzky pour le plus grand nombre de points en une saison (215), le record d’Emmitt Smith pour le total de verges au sol dans une carrière (18 355), et enfin, le nombre de bagues de championnat obtenues par un seul joueur, Henri Richard (11). Si la LNH modifie un jour ses règles et dégonfle un peu l’équipement des gardiens, un joueur d’exception pourrait finir par menacer le 215 de Gretzky. Au football américain, les porteurs de ballon ne sont plus aussi durables que Smith, mais si le jeu redevient un jour plus axé sur la course, c’est toujours possible. Mais les 11 bagues d’Henri Richard ? Ça n’arrivera plus. Bien sûr que Tom Brady a sept bagues, mais à 43 ans, il va finir par manquer de temps, et du reste, Brady est l’exception et pas du tout la règle ; des joueurs capables de jouer encore à un tel niveau à cet âge, c’est de plus en plus rare. Il y a aussi qu’Henri a obtenu ses 11 bagues avec le même club, qui fut aussi une dynastie, et de nos jours, les dynasties, c’est une espèce en voie de disparition. Alors c’est Henri qui a le record le plus intouchable, de loin.

Guillaume Lefrançois

Le record de Dave Schultz. Non, pas le lutteur professionnel Dave Schultz, qui a giflé un journaliste de l’émission 20/20 qui lui demandait si la lutte était arrangée. Pas non plus le lutteur olympique Dave Schultz, assassiné par le philanthrope John Eleuthère du Pont. Non, il est plutôt question de Dave Schultz, ancien membre en règle des Broad Street Bullies. Son record ? 472 minutes de pénalité avec les Flyers de Philadelphie en 1974-1975, une époque où les partisans de Max Weber et d’Émile Durkheim débattaient de sociologie à grands coups de poing sur le nez. Pour vous donner un ordre de grandeur, depuis le début du présent millénaire, Peter Worrell (354 minutes en 2001-2002) a été le joueur le plus pénalisé en une saison. Parmi les joueurs actifs, le palme revient à Zac Rinaldo, qui a passé 232 minutes au banc des pénalités en 2011-2012. Et lors de la dernière saison complète (2018-2019), les 27 joueurs des Maple Leafs de Toronto ont écopé, ensemble, de 502 minutes de pénalité. Dave Schultz peut dormir en paix.

Michel Marois

Remporter un tournoi du Grand Chelem de tennis est exigeant. Il faut maintenir un niveau très élevé pendant deux semaines et, pour les hommes, être prêt à se livrer à fond pendant plusieurs heures. Nous avons la chance de vivre présentement un âge d’or du tennis avec trois champions qui dominent sans partage et qui ont réécrit le livre des records de ce sport. Et sans rien enlever au mérite de Roger Federer et Novak Djokovic, je crois que ce sont les exploits de Rafael Nadal sur la terre battue qui seront les plus difficiles à répéter. C’est à Monte-Carlo, Barcelone, Rome et surtout Roland-Garros que l’Espagnol a fait preuve d’une supériorité qui devrait rester inégalée. À Paris, où il a remporté un 13e titre l’automne dernier, Nadal présente une fiche de 100 victoires et seulement deux défaites. Et ces exploits ont été bâtis à force de travail, d’abnégation et de patience, la terre exigeant qu’on se batte pour chaque point. Difficile de dire quel joueur du « Big Three » trônera au sommet du classement des titres en Grand Chelem quand ils seront tous à la retraite, mais Nadal restera à jamais le roi de la terre battue.

Alexandre Pratt

Les 749 parties complètes du lanceur Cy Young. L’équivalent de 25 saisons de 30 matchs complets. De nos jours, il aurait probablement subi trois opérations Tommy John avant d’avoir l’âge de lever le coude. Le meneur parmi les lanceurs actifs ? Justin Verlander, avec… 26 !

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