Borne de recharge

Pour être bien branché

L’interdiction de la vente de véhicules neufs à essence à partir de 2035 est certainement l’engagement phare du nouveau Plan pour une économie verte du gouvernement Legault. Toutefois, ces nouvelles voitures électriques ou hybrides enfichables devront compter sur une infrastructure de recharge conséquente. Comme l’essentiel de la recharge se passe à domicile, c’est autant de propriétaires qui devront s’équiper de bornes résidentielles. Mode d’emploi.

« La première question que l’on doit se poser est le type de véhicule que l’on a acheté ou que l’on compte acheter », explique Yannick Lemelin, responsable du développement des affaires pour l’entreprise Bornes de recharge Québec. « Chaque véhicule est équipé d’un chargeur interne qui est différent d’un fabricant et d’un modèle à l’autre. » Ainsi, quelques voitures électriques de nouvelle génération sont équipées de chargeurs plus puissants – la Ford Mustang Mach-E supporte, par exemple, une charge pouvant aller jusqu’à 10,5 kW, ce qui est près de 4 kW de plus que la populaire Nissan Leaf.

Un chargeur de 48 ampères assure certes une recharge plus rapide, mais avant de procéder à l’achat d’une borne plus puissante, il faut s’assurer de la capacité du circuit électrique de la résidence. « La majorité des maisons unifamiliales sont munies des panneaux électriques de 200 ampères, et quand il y a des planchers chauffants, un spa et des calorifères de branchés, la limite d’ampérage est rapidement atteinte », soutient de son côté Denis Ouellette, électricien propriétaire de MP Borne Auto-240, qui est notamment responsable de l’installation des bornes commerciales et institutionnelles au Québec et dans les Maritimes. « C’est pourquoi l’installation doit être absolument réalisée par un maître électricien qui doit toujours réaliser un calcul de charge pour déterminer quel type de borne il est possible d’installer. Il ne faut surtout pas se contenter de dire que c’est OK parce qu’il y a deux trous de libres sur le panneau électrique ! »

Si c’est techniquement possible, s’équiper d’une borne plus puissante pourrait sans doute devenir pertinent d’ici quelques années avec l’arrivée prochaine de voitures dotées de batteries plus performantes. Mais d’ici là, utiliser une borne résidentielle de 32 ampères – la norme actuelle – est parfaitement convenable pour l’immense majorité des utilisateurs. « Si on dispose d’une auto qui a des batteries de grande capacité et que l’on parcourt seulement de courts trajets, on n’aura jamais de problème », soutient Yannick Lemelin.

« Une batterie qui permet 400 km d’autonomie va généralement être rechargée complètement en huit ou neuf heures à l’aide d’une borne de 32 ampères. Est-ce qu’on a vraiment besoin d’une recharge plus rapide ? »

— Yannick Lemelin, responsable du développement des affaires chez Bornes de recharge Québec

On doit aussi considérer les options offertes par les manufacturiers de bornes. Certains proposent des applications WiFi qui permettent entre autres de moduler la puissance de charge ou de calculer la consommation totale d’électricité. On peut aussi configurer le partage dynamique de charge quand on veut utiliser plus d’une borne sur le même circuit électrique : « Ça n’augmente pas l’utilisation du panneau dans le calcul de charge, soutient Yannick Lemelin. Les deux autos se partagent le courant, c’est calculé comme s’il s’agissait d’une seule borne. Toutefois, si on n’a pas cette option-là ou si on n’a pas prévu le coup, il faudra installer les bornes sur deux circuits séparés. Si on était serrés pour la première, ce sera encore pire pour deux. »

Coûts variables

Le coût d’installation de la borne peut varier selon le modèle, entre autres facteurs. Des câbles de plus gros calibre seront nécessaires pour les bornes de 48 ampères ; même chose s’il faut parcourir au-delà de 30 mètres entre le panneau électrique et la borne. Sans compter les complications liées à l’installation, si bien qu’une installation résidentielle peut varier entre 400 $ et 1500 $, selon Denis Ouellette.

Il est possible d’installer une borne de recharge résidentielle même si le panneau électrique est à pleine capacité, ou presque. D’abord, on peut la plupart du temps régulariser les bornes pour qu’elles utilisent moins de courant à l’aide de commutateurs DIP normalement faciles d’accès.

« Certaines compagnies comme la québécoise Elmec, de Shawinigan, qui fabrique les bornes EVDuty, proposent aussi des capteurs de charge qui permettent de brancher la borne sur le même circuit qu’un autre appareil électrique. On peut ainsi utiliser la portion de courant qui n’est pas utilisée, le cas échéant. »

— Denis Ouellette, électricien propriétaire de MP Borne Auto-240

Enfin, il faut être prudent si l’on projette de faire construire une nouvelle maison. « Les nouvelles dispositions du Code de construction exigent qu’une prise de 240 volts soit installée dans le garage ou en façade de la maison, près du stationnement, sans toutefois préciser à quoi elle doit servir, avertit le propriétaire de MP Borne Auto-240. La prise peut donc être reliée à un circuit de 20, 30 ou 40 ampères, on l’ignore. Il faut donc s’assurer de mentionner à l’entrepreneur que l’on compte brancher une auto électrique, parce qu’il ne passera pas dans les murs un gros fil de calibre 8 simplement pour le plaisir ! »

Programme Roulez vert

Depuis la mise à jour du Code de construction, en juin 2018, le programme de subvention Roulez vert du gouvernement québécois a été modifié, si bien que le remboursement de 600 $ ne s’applique plus qu’à l’achat d’une borne résidentielle – 350 $ étaient auparavant consacrés à l’achat et 250 $ à l’installation. Pour les installations dans les immeubles de plus de cinq logements, la subvention équivaut à 50 % des dépenses admissibles jusqu’à un maximum de 5000 $ par borne de recharge et 5000 $ par connecteur dans le cas d’une borne munie d’un ou de plusieurs connecteurs.

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