« Pacte vert » de 2 milliards

François Legault rouvre la porte à la demande des villes

François Legault rouvre la porte qu’il avait rapidement fermée plus tôt cette semaine à la demande des grandes villes pour conclure un « pacte vert » afin de répondre à leurs besoins évalués à 2 milliards pour s’adapter aux changements climatiques. Le chef caquiste refuse d’expliquer ce revirement.

Dans un discours au Sommet électoral de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) vendredi, le chef caquiste s’est montré prêt à accorder davantage de fonds aux villes pour s’adapter aux changements climatiques.

Plus tôt cette semaine, il avait rapidement fermé la porte à la demande des grandes villes, citant la « capacité de payer des Québécois », alors qu’il s’efforce déjà de réduire le fardeau fiscal en cette période d’inflation.

« On a déjà un plan pour une économie verte de 7 milliards où les propositions des municipalités [et] des grandes villes vont être bien accueillies, pourvu qu’elles offrent au coût proposé un bon rendement sur la réduction des GES », disait le chef caquiste après une rencontre avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Les autres demandes seront analysées au « cas par cas », ajoutait-il.

UNE NOUVELLE OUVERTURE

Or, devant l’UMQ, François Legault a affirmé que « s’il n’y a pas assez d’argent, on va en ajouter ». Selon ses explications, ce serait fait par le truchement du projet Oasis visant à lutter contre les îlots de chaleur, dont l’enveloppe actuelle s’élève à 325 millions. L’argent supplémentaire serait accordé « au mérite ». « Donc les projets qui vont être présentés, on va les accompagner », a-t-il dit.

Il est également prêt à ouvrir ses goussets pour répondre aux besoins des villes concernant les infrastructures d’eau potable. « Je suis très conscient qu’il y a un problème énorme avec l’eau potable. Il faut l’évaluer, il faut être certain que ce soit équitable là aussi, car des municipalités ont beaucoup investi et d’autres ont moins investi. Donc c’est un grand chantier que je veux ouvrir », a-t-il affirmé.

« Donc vous êtes moins catégorique aujourd’hui qu’en début de semaine à fermer la porte au Pacte vert ? », lui a demandé l’animatrice du Sommet électoral de l’UMQ, Emmanuelle Latraverse.

« Je suis moins catégorique que ce qui a été écrit par les journalistes. »

— François Legault, chef de la CAQ

Le chef caquiste a refusé d’expliquer ce revirement. Son équipe a rejeté une demande des journalistes qui couvrent sa campagne pour obtenir des éclaircissements.

Pour la ministre sortante responsable de la région de Montréal, Chantal Rouleau, M. Legault n’a pas dit oui « à la demande ferme de l’UMQ » de 2 milliards, « mais il y a certainement une écoute dans ce qui est demandé ». « Il n’a pas fermé la porte », a-t-elle insisté.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a expliqué que des « sommes additionnelles » sont déjà prévues à son cadre financier pour le déploiement de sa Charte des régions, dont une partie pourrait servir à accompagner les villes. Elle a cependant refusé de dire si le Québec a la capacité de financer ce « pacte vert ». « Encore une fois, on va aller s’asseoir avec les municipalités », a-t-elle répété.

Le chef conservateur, Éric Duhaime, s’est dit ouvert à discuter avec les villes. Il propose de financer les mesures d’adaptation aux changements climatiques par l’exploitation des hydrocarbures.

LES VILLES DÉTERMINÉES

« L’important pour nous, ça va être de repousser un petit peu dans la porte pour s’assurer qu’elle soit totalement ouverte », a réagi le président de l’UMQ et maire de Gaspé, Daniel Côté. De son côté, Valérie Plante n’a « jamais entendu autant » de messages « d’ouverture à la discussion » de la part des chefs de parti, qui ont tous pris la parole au Sommet électoral de l’UMQ.

« On va continuer à faire pression pour s’assurer que le Pacte vert se fasse. »

— Valérie Plante, mairesse de Montréal

La mairesse de Montréal en a profité pour rappeler qu’elle insisterait également sur la réforme de la fiscalité municipale.

Avant le début de l’évènement, le maire de Québec, Bruno Marchand, a soutenu que François Legault avait été « trop vite sur la gâchette » en refusant net l’instauration d’un « pacte vert ». La mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, disait de son côté que « Mère Nature » a rappelé le chef caquiste à l’ordre avec les pluies diluviennes qui ont frappé la région de Montréal.

La mairesse de Sherbrooke, Évelyne Beaudin, estime pour sa part que M. Legault, avec son rétropédalage, a démontré « plus d’ouverture » que ce qu’elle avait vu précédemment de la part du premier ministre. Elle demande toutefois plus de détails. « Pour vrai, après son discours, je me suis dit qu’il va falloir que je le réécoute, que je le réécrive et que je le questionne, parce que je n’ai pas tout capté », a-t-elle dit.

« Il y a dans nos villes une nouvelle génération de maires et de mairesses qui veulent régler la crise du logement, qui veulent lutter contre les changements climatiques, et quand François Legault se présente devant eux avec sa vision des années 1990, je pense qu’il est un peu gêné. Aujourd’hui, il a essayé de rentrer la pâte à dents dans le tube », a décoché pour sa part Gabriel Nadeau-Dubois.

— Avec Charles Lecavalier, Hugo Pilon-Larose et Mylène Crête, La Presse.

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