Médias

De la glace au micro

Stéphane Waite n’a jamais eu peur de dire ce qu’il pensait. Que ce soit lors de ses bonnes années au baseball à Sherbrooke, ou au lendemain de son congédiement brusque par le Canadien de Montréal l’hiver dernier. Après avoir décidé de passer la prochaine année loin des patinoires de la LNH, le Sherbrookois occupera sa prochaine saison à continuer de faire ce qui l’occupait auparavant, mais sur une tribune différente, celle des médias.

Stéphane Waite analysera et décortiquera les matchs du CH sur les ondes radiophoniques du 98,5 FM à Montréal, mais aussi à la télévision, à RDS.

Il restera donc près de l’organisation pour laquelle il a travaillé pendant huit ans, avant que l’aventure ne se termine abruptement, en mars dernier.

Lorsque Stéphane Waite a vu son patron Marc Bergevin venir le voir, dans sa loge dans les hauteurs du Centre Bell, tout juste avant la troisième période du match entre les Sénateurs d’Ottawa et le Canadien, le 2 mars, il était loin de se douter qu’il allait être congédié. Ainsi, en un claquement de doigts, il descendait au vestiaire, ramassait ses affaires et quittait le Centre Bell pendant que le match se poursuivait.

Stéphane Waite ne s’est pas défilé dans les jours suivants. Et il a multiplié les entrevues sur sa situation. Sur toutes les tribunes. Il est allé au bat, comme on dit. Pas tous les jours qu’on voit ça.

Après ce tourbillon médiatique, Waite a pris du temps. Pour lui. Et il a aimé. « Au départ, c’était comme si j’avais terminé une saison et que je me préparais à passer l’été. Seulement, cette fois, l’été a été un peu plus long ! Avec les camps de la LNH qui vont recommencer bientôt, c’est là que je vais avoir des fourmis dans les jambes », a-t-il indiqué à La Tribune.

« Après le congédiement, j’ai pris un break du hockey. J’ai seulement recommencé à regarder les matchs lors de la finale. Avant ça, j’ai essayé de regarder des matchs, mais je n’avais plus d’intérêt, j’en avais par-dessus la tête. Après une période, je changeais de poste. »

C’est après avoir quitté le petit monde de la LNH en coup de vent que Waite a réalisé à quel point le CH est important au Québec.

« Il y a eu comme une vague de sympathie, ça a fait chaud au cœur, c’était l’fun de voir que j’étais apprécié à ce point. Surprenant aussi, un peu. C’est là que tu vois que le CH et le hockey au Québec, c’est gros. Les gens ont été gentils avec moi, et encore aujourd’hui, on me parle de ce qui s’est passé en mars dernier, et ils ne sont pas toujours contents ! Mais ça fait partie du hockey. J’accepte ce qui s’est passé, c’est la business du sport, je n’ai aucun problème avec ça. »

Prendre du temps

« Ça a fait du bien. Je suis sorti du hockey pendant trois mois, au moins. Je me suis entraîné, j’ai fait du vélo, j’ai joué au golf le plus possible, je me suis occupé de la maison, je pouvais me lever un peu plus tard. C’était l’fun, honnêtement. Du temps précieux pour moi. C’est sûr que les premiers jours après le congédiement, tu te demandes ce que tu vas faire de tes journées ; la LNH, c’est un rythme de vie qui n’arrête pas, du matin au soir, l’adrénaline, des joies, tu dors pas beaucoup. C’est là que je me suis rendu compte que ça use. Après 18 ans [10 à Chicago et 8 à Montréal] de ce régime, ouf ! »

« Quand tu repenses à tout ça, tu constates que ça use. J’étais fatigué. Je l’ai été pendant quelques mois. La pression est retombée. Ça a fait du bien d’arrêter. »

– Stéphane Waite

Mais le hockey, Stéphane Waite a ça dans le sang. Il adore être entraîneur des gardiens. Et il ne cache pas qu’il a eu des discussions avec trois équipes de la LNH. Mais ce n’était pas le bon moment.

« Je n’ai contacté personne, mais certaines équipes ont contacté mon agent, et j’ai eu trois discussions avec des équipes de la LNH, que je ne peux pas nommer, car elles avaient déjà des entraîneurs des gardiens sous contrat. Il faut préciser que, cette année, c’était l’une des pires dans l’histoire, car toutes les équipes avaient leurs entraîneurs, mis à part deux ou trois équipes. Le timing n’était pas bon pour moi. Au point où j’en suis rendu dans ma carrière, je veux avoir la bonne entente, avec les bonnes personnes, la bonne équipe, la bonne ville, le bon contrat.

« Mais déjà, j’avais en tête de prendre une année de congé, et de m’occuper à faire d’autres choses. C’est après cette année-là que je vais voir si la LNH m’a manqué ou non. Ça va me permettre d’y voir plus clair. »

En ondes dès lundi

Dès lundi, Stéphane Waite sautera dans l’arène médiatique. « J’ai signé une entente avec le groupe Cogeco pour faire l’émission Les amateurs de sports avec Mario Langlois, à raison de deux ou trois fois par semaine, et j’ai signé une entente avec RDS, pour le même genre de collaboration. Ça me garde dans le monde du hockey et ça m’oblige à rester bien informé. C’est un nouveau défi. Je crois avoir certaines aptitudes pour la communication, alors pourquoi ne pas l’essayer ? »

D’aucuns se souviennent des déclarations parfois incendiaires que pouvait lancer Stéphane Waite, lors de sa carrière d’une vingtaine d’années au baseball sénior, lui qui a alimenté la rivalité entre Sherbrooke et Coaticook, durant son passage avec les Athlétiques ou le Big Bill.

Non, Stéphane Waite n’a jamais eu peur de dire ce qu’il pensait.

« Oui, les gens de Sherbrooke s’en souviennent sûrement très bien ! Mais mon rôle dans les médias sera différent ; je ne vais pas là pour faire un show, mais pour dire mon opinion, faire de l’analyse réfléchie. Je ne suis là pour planter personne ni pour faire du sensationnalisme. »

« Je vois mon travail davantage comme de l’analyse, plutôt que de la critique. Si le CH joue mal, s’il a des mauvaises parties, je vais le dire. Si ça va bien, je vais le dire aussi. Je ne serai pas malhonnête, je vais donner mon opinion de la manière la plus honnête possible. »

– Stéphane Waite

Encore en contact

Après une dizaine d’années passées à Chigago, à diriger Antti Niemi et Corey Crawford, et huit ans à Montréal avec Carey Price, Stéphane Waite confirme que les liens étroits qui unissaient l’entraîneur et ses gardiens sont encore présents.

« J’ai parlé à Carey à quelques reprises. Il m’a demandé mes plans, si j’avais d’autres options. De mon côté, je lui ai demandé comment se déroulaient son été et sa convalescence, comment il voit sa prochaine saison. C’était très cordial », a-t-il dit.

Car pour Stéphane Waite, Carey Price est encore l’un des meilleurs gardiens de la LNH, statut qu’il a prouvé une fois de plus lors des dernières séries éliminatoires.

« Je n’ai pas été surpris du tout par son rendement lors des dernières séries. Il nous avait d’ailleurs donné un avant-goût de ce qu’il pouvait faire, dans la bulle de Toronto, la saison précédente, ou toutes les fois qu’on est allés en séries. Carey est sans aucun doute encore l’un des meilleurs dans la LNH. Il est vraiment spécial.

« J’ai été un peu surpris du rendement de l’équipe, par contre. Tout le monde favorisait Toronto, Winnipeg, Las Vegas, dans leurs séries contre Montréal. Ça m’a rappelé notre parcours éliminatoire, à Chicago, en 2010. On a vécu exactement la même chose ; tous les astres étaient alignés. Tu évites les blessures, les tournants penchent en ta faveur, les bonds favorables aussi. Tout marchait pour le mieux », s’est rappelé Waite, à propos de la conquête de la Coupe Stanley par les Hawks, en 2010, face aux Flyers de Philadelphie.

Et outre ses engagements dans le monde des médias, Stéphane Waite conservera son chapeau d’entraîneur des gardiens, lui qui offrira des conférences pour les entraîneurs des gardiens, sur le développement des jeunes gardiens et gardiennes, par l’entremise de son école de gardiens de but.

Quant à la saison 2022-2023, qui sait ?

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.