Sans refuge

À la recherche d’une place à soi

Sans refuge

Maryse Andraos

Cheval d’août

184 pages

C’est un premier roman empreint de poésie. Aux textes courts, mais d’une lucidité désarmante ; émaillés de phrases d’une beauté saisissante par leur simplicité : « Les difficultés ne t’apprennent pas la résilience, elles te brisent les jambes. » « Il y a trop longtemps que vous vivez à distance, sans autre lien que le souvenir d’avoir marché du même pas. »

On pourrait en souligner bien d’autres tout au long de cette prose rythmée et élégante qui suit les traces de Naïma, une jeune adulte terrifiée « dont l’existence se résume à des stratagèmes pour éviter de souffrir ». Qui s’éteint un temps dans un bureau, plutôt que de poursuivre ses projets artistiques. Qui se cherche, vit les grèves étudiantes à l’université, avant de perdre la foi en ses études puis d’abandonner finalement son bac et de prendre la route pour se rendre jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine… et finit par retourner à son point de départ pour se faire happer par la dépression – « celle de […] toutes les femmes dépassées par une histoire plus grande qu’elles ».

Face à elle, dans toutes ces étapes, son amie Delphine n’est jamais bien loin ; celle avec qui elle a grandi et joué aux « filles terribles de la banlieue », mais qui décide ultimement d’emprunter une voie aux antipodes de la sienne.

En somme, quelle est la définition de l’accomplissement ? C’est ce que Naïma cherche à découvrir au fil de ses errances, tout en essayant de trouver ce que cela signifie que de devenir adulte et de donner un sens à ses élans artistiques.

À la recherche d’un refuge « où retourner après la compagnie des autres », d’un ancrage pour se retrouver, Naïma se perd avant qu’un espoir inattendu ne lui ouvre enfin une porte : une résidence d’artiste en Islande qui arrive comme un nouveau souffle, au moment où, à 32 ans, elle envisageait la possibilité de ne jamais réussir à accomplir quoi que ce soit qui en vaille la peine.

Comme une sorte de mythe de Sisyphe moderne, ce récit offre un instantané de ces idéaux de jeunesse qui naissent et se révoltent, avant de finir par se soumettre. Et laisse entrevoir une nouvelle plume prometteuse, à suivre.

Sauf que Sam est mort

Le grand amour

Sauf que Sam est mort

Marianne Brisebois

Hurtubise

520 pages

C’est un premier roman touchant – sur l’amour, l’amitié, la perte. Une nouvelle plume que l’on découvre avec enthousiasme, à travers l’histoire de trois jeunes adultes dans la vingtaine qui vivent probablement les moments les plus intenses de leur vie.

On fait connaissance avec Alex un mois après la mort de Sam. Sam, le grand amour de sa vie, celui avec qui elle a brûlé toutes les étapes tellement elle l’aimait. Un amour trop bref, mais d’une rare puissance. Le récit navigue, dans le désordre, à différentes époques de ces trois années qu’ils ont passées ensemble – l’ami de Sam, Jean-Thomas, traînant toujours dans les parages.

Du cataclysme à leur rencontre, de leur emménagement à leurs discussions passionnées à trois, c’est une amitié fusionnelle et un amour sans faille qui se dévoilent, mais aussi l’impossibilité de faire le deuil pour Alex et Jean-Thomas, qui tentent de trouver ensemble la voie de la guérison.

Ils s’isolent, se retrouvent, puis ne se quittent plus, incapables d’obtenir le moindre réconfort ailleurs qu’entre eux, déçus par la réaction de leurs proches, conscients de leur égoïsme dans le deuil et incapables de s’imaginer poursuivre leur vie sans celui qu’ils ont tant aimé, chacun à sa façon.

Et c’est toute la sincérité de cette écriture simple, sans artifices et spontanée qui fait qu’on s’attache immédiatement aux personnages et qu’on finit par ressentir tout ce qu’ils éprouvent au quintuple.

— Laila Maalouf, La Presse

L’autrice Marianne Brisebois participera à la table ronde Entre fiction et réalité : récit du passage à l’âge adulte, le 25 novembre au Salon du livre de Montréal (de 16 h 30 à 17 h 15, à l’Espace Savoir média). Ses séances de dédicaces sont prévues le 25 novembe à 17 h 30 et le 28 novembre à 15 h.

Les grands espaces

Mers intérieures

Les grands espaces

Annie Perreault

Alto

246 pages

Annie Perreault poursuit son voyage vers les mers intérieures de la douleur dans Les grands espaces. Respectant l’esprit de son premier roman La femme de Valence, elle s’intéresse à trois autres fragiles femmes fuyantes dont l’instinct leur dit d’avancer malgré tout.

Le récit est davantage fragmenté dans ce livre choral où Anna tente la traversée insensée du majestueux lac Baïkal en plein hiver russe. De son côté, la jeune Américaine Eleonore Greenberg s’amourache follement de l’astronaute Youri Gagarine sans raison apparente. La narratrice, elle, intervient dans les autres récits en se préparant à courir le Baikal Ice Marathon.

La boucle est bouclée, pour ainsi dire, mais le mystère reste entier. Avec sa prose élégante, Annie Perreault laisse place à l’interprétation. Elle intercale avec finesse les divers fils narratifs pour tisser un portrait du courage au féminin. Des observateurs masculins interviennent aussi pour offrir un autre point de vue face au destin singulier de ces femmes qui souffrent.

Même si le procédé de la narratrice qui commente son propre livre paraît quelque peu plaqué au début, cette fenêtre ouvre au gré de la lecture encore d’autres possibilités de compréhension qui finissent par offrir un large panorama de la psyché féminine.

Annie Perreault est une exploratrice agréée de grands espaces fascinants. Des paysages froids et inquiétants, dont l’immensité avale toutes celles qui s’y avancent. Des lieux aussi souvent réconfortants qui permettent la joie lors de rencontres inespérées. Peu importe la destination, vivre c’est bouger, se déplacer, voyager vers l’autre et vers soi.

— Mario Cloutier, collaboration spéciale

L’autrice Annie Perreault sera en séance de dédicaces le vendredi 26 novembre à 17 h et samedi le 27 novembre à 11 h. Elle participera aussi à Entretiens express : le voyage dans notre littérature le samedi 27 novembre à 10 h.

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