Un FEQ plus modeste, mais toujours vibrant

Le Festival d’été de Québec se devait d’avoir lieu cette année. Les organisateurs s’en sont assurés, bien que cela implique d’être beaucoup moins ambitieux qu’à l’habitude. La Presse s’est rendue dans la capitale pour constater comment le FEQ s’était métamorphosé en festival certes beaucoup plus modeste, mais toujours rassembleur. Au menu : Tire le coyote, Émile Bilodeau, Jonathan Roy, Marie-Mai et beaucoup de plaisir.

S’il n’accueille pas des centaines de milliers de spectateurs et des têtes d’affiche de renom, le Festival d’été de Québec est-il toujours le Festival d’été de Québec ? Pour son directeur, Louis Bellavance, ça ne fait aucun doute. Ce qui importe, alors que le FEQ doit complètement changer son approche pour les raisons que l’on sait, c’est que l’identité de l’institution demeure. « C’est dans l’aménagement autour [du Manège militaire, où se déroulent les concerts], dans les lieux, dans l’ambiance, affirme Louis Bellavance. Tout ça crée quelque chose qui ressemble le plus au FEQ, même si on n’a jamais été aussi loin de notre modèle d’affaires. »

La Grande Allée, ces jours-ci, est fidèle à elle-même : les effluves des repas, le bourdonnement des conversations animées, les locaux et les touristes se promenant sous un soleil de plomb, puis bien après que la nuit est tombée. Les terrasses des restaurants et des bars sont bondées. Et les larges banderoles aux couleurs du FEQ complètent le décor estival de l’artère, qui retrouve ses airs d’avant-pandémie. Face au Manège militaire, le festival occupe l’espace avec l’exposition photo VUES, composée d’archives du FEQ, mais aussi des aires de détente pour les festivaliers et les passants.

Le festival, cette année, c’est un seul lieu (intérieur) de concert, 500 festivaliers par spectacle, deux spectacles par soir. Louis Bellavance ne s’en cache pas : pour cette édition, les organisateurs du FEQ ont avant tout souhaité être « réalistes ». « On a monté un projet qui ne s’annule pas », explique-t-il. L’année dernière, il n’y a pas eu de Festival d’été. La prise de risque est effectivement minime cette fois. Il aurait fallu que l’on recule beaucoup dans le progrès de la situation sanitaire pour que les spectacles ne puissent plus avoir lieu.

« On a été très prudents, mais on voulait offrir une vraie expérience de festival. On savait depuis longtemps que les artistes internationaux, ça ne se pouvait pas. On est allés avec quelque chose à l’image du FEQ. Les soirées sont thématisées. C’est le plus varié possible, pour faire ça bien artistiquement. »

— Louis Bellavance, directeur du Festival d’été de Québec

D’Émile Bilodeau à Jonathan Roy

Au programme double, jeudi soir : le folk de Tire le coyote d’abord, suivi de l’amalgame musical indéfinissable (mais si réjouissant) d’Émile Bilodeau. Les envolées instrumentales du premier et de son groupe, puis l’humour et l’énergie exaltante du second ont donné lieu à une formidable soirée.

Avant chaque spectacle, une vidéo d’ouverture est diffusée sur les deux écrans géants de part et d’autre de la scène. Un rappel en extraits d’archives de ce qu’est le FEQ en temps normal, soit un évènement grandiose.

On se dit alors qu’il vaut mieux éviter de comparer cette édition particulière aux 52 précédentes. Même s’il est en soi fabuleux qu’une quarantaine de concerts soient présentés par le festival malgré tout. « Cette année, c’est le FEQ 53, il mérite son numéro », nous dit d’ailleurs Louis Bellavance.

Jonathan Roy, bien à sa place

Vendredi, place à la soirée pop. Appuyé par un band de feu (majoritairement féminin), dont la fabuleuse Kim Richardson aux chœurs, Jonathan Roy a présenté plusieurs titres de son dernier album, quelques nouveautés et des reprises à un public gagné d’emblée.

Casquette à l’envers, pieds nus, armé de sa superbe voix et de sa guitare acoustique seulement, le musicien fait preuve d’une aisance sur scène qui conquiert inévitablement. Il a pris le temps de souligner combien le moment partagé, après l’année et demie que l’on vient de traverser, était spécial. Et même si tous les artistes le disent depuis que les spectacles ont repris, cela est toujours aussi vrai, pour ceux sur scène comme pour le public.

Le moment partagé avec Jonathan Roy a été touchant (les moments musicaux, bien sûr, mais aussi les longues ovations, l’hommage à ses musiciens), dansant, divertissant.

Pour une reprise d’Iris, des Goo Goo Dolls, l’auteur-compositeur-interprète s’est assis au sol, guitare à la main. Et il y est resté une bonne partie du spectacle. La performance a pris une dimension plus intime, qui n’aurait pas été possible si on s’était rassemblés sur les Plaines.

Marie-Mai acoustique

L’abonnée au Centre Bell, Marie-Mai, avait elle aussi fait dans l’intime l’automne dernier avec ses spectacles acoustiques au MTELUS dans le cadre des Francos. C’est ce même spectacle exactement qu’elle a présenté vendredi au Manège militaire de Québec. Le piano a précédé son arrivée sur scène et s’est fait son meilleur allié durant 90 minutes.

Pour ce « show légèrement différent de ce [qu’elle] présente habituellement », Marie-Mai a voulu « faire redécouvrir » son parcours musical à son public.

Solide vocalement (le piano-voix ne pardonne pas et elle n’a pas failli à la tâche), Marie-Mai a interprété Élever, Emmène-moi, Mentir, Exister et plusieurs autres de ses succès des 15 dernières années. Parfois plus cadencée, d’autres fois tout en douceur, cette version revisitée du répertoire de Marie-Mai a ravi ses fans, âgés de 7 à 77 ans (vraiment !).

Généreuse, Marie-Mai a décidé en toute fin de spectacle de laisser son public lui poser des questions. Cela a donné une fin de spectacle inusitée, amusante, un peu éparpillée, mais laissant finalement la chanteuse improviser complètement et se montrer vulnérable.

Juste en face du Manège militaire, les Plaines sont vides des grandes scènes qui l’habitent normalement à ce temps-ci de l’année. En sortant des représentations, après avoir passé un bon moment, on repense tout de même à cette vidéo spectaculaire d’avant-concert récapitulant les moments forts des dernières années du FEQ. Et on aime savoir que l’année prochaine, tout devrait revenir à la normale.

Les frais d’hébergement pour ce reportage ont été payés par le Festival d’été de Québec.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.