Un cyberprédateur jette son dévolu sur deux mineures

Viviane*, 10 ans, est prise au piège. Un cyberprédateur lui réclame sans cesse plus de photos sexuelles. Ses menaces sont à glacer le sang. Même d’autres pédophiles la contactent. Non seulement Mamoon Rahman Mandal a-t-il fait vivre un enfer à cette fillette, mais encore il s’est rendu jusque dans la chambre d’une adolescente de 15 ans pour l’agresser.

Cette sordide affaire d’exploitation sexuelle montre à quel point des cyberprédateurs sont prêts à déployer toutes les tactiques possibles pour piéger des enfants, parfois très jeunes, sur les réseaux sociaux. Si ce dossier est survenu en 2019, les cas d’exploitation sexuelle d’enfants sur le web sont en pleine croissance depuis le début de la pandémie.

« J’ai demandé un câlin. Il n’y a pas de câlin qui est arrivé », a susurré Mamoon Rahman Mandal, au moment de plaider coupable, au printemps.

Le Montréalais de 24 ans a alors reconnu sa culpabilité à une série d’accusations de leurre informatique de mineurs, d’extorsion, de contacts sexuels et d’incitation à des contacts sexuels sur un mineur. Toujours libre, il n’a pas encore reçu sa peine.

Mamoon Rahman Mandal rôde sur l’application Snapchat à l’été 2019. C’est sur cette plateforme prisée par les jeunes qu’il communique avec Viviane. Rapidement, le cyberprédateur demande à la fillette de lui envoyer des photos d’elle nue. Elle obtempère « sans s’expliquer pourquoi ».

Mais le pédophile en veut toujours plus. Lorsque l’enfant de 10 ans refuse de lui en fournir davantage, Mamoon Rahman Mandal menace d’exposer les photos d’elle. Mais Viviane fait fi des menaces. C’est alors qu’elle se met à recevoir des demandes d’autres utilisateurs disant savoir qu’elle partage des photos osées.

Le cyberprédateur ne lâche pas le morceau. Il menace Viviane de se rendre chez elle si elle n’envoie pas davantage de photos et lui prouve qu’il connaît son adresse. Vers 23 h, il lui envoie un inquiétant message disant qu’il est à la porte. Apeurée, la fillette ferme l’appareil et bloque l’accusé de ses comptes Snapchat et Instagram. Aussitôt, le prédateur multiplie les demandes. Finalement mise au courant, la mère de la victime crée un compte avec le nom de sa fille pour lui demander de le rencontrer.

Dépasser le virtuel

En novembre 2019, Mamoon Rahman Mandal aborde une adolescente de 15 ans sur un site de rencontres pour adolescents et poursuit la discussion sur Snapchat. Pour démontrer qu’il a 16 ans, le cyberprédateur envoie une photo de lui plus jeune à sa victime. Lors de discussions sexuellement explicites, il insiste pour rencontrer l’adolescente, qui finit par céder.

Mamoon Rahman Mandal se présente, comme convenu, chez la victime le lendemain. Or, l’adolescente s’aperçoit bien qu’il ne s’agit pas d’un garçon de 16 ans, mais bien d’un homme, qui concède être dans la vingtaine. Une fois dans la chambre de la victime, le pédophile en profite pour enlacer l’adolescente et tenter de l’embrasser. Apeurée, elle recule jusqu’à se retrouver coincée contre le mur. Le cyberprédateur s’en va finalement. Mais une heure plus tard, alors qu’elle part de chez elle, Mamoon Rahman Mandal lui demande où elle va, laissant croire qu’il épiait toujours sa proie.

À la suite de la plainte de l’adolescente, un agent d’infiltration du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) entre en contact avec le cyberprédateur sur Snapchat en prétendant avoir 15 ans, puis 13 ans.

Malgré le jeune âge des interlocutrices, Mamoon Rahman Mandal multiplie les demandes sexuellement explicites et insiste pour voir les adolescentes.

Selon les policiers, le cyberprédateur utilisait les pseudonymes suivants pour piéger ses victimes en prétendant avoir 16 ans : MTLGANG, Endway1234 et Noriado1.

En avril dernier, le procureur de la Couronne Me Jérôme Laflamme a demandé la confection d’une évaluation psychosexuelle, mais aussi d’une évaluation neuropsychologique étant donné la « situation particulière » de l’accusé. En liberté, Mamoon Rahman Mandal travaillait chez Domino’s Pizza lors de la dernière audience.

Le dossier doit retourner en cour en août prochain.

* Prénom fictif pour protéger l’identité de la victime.

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