Mode

Soie : l’élégance au carré

Marquées par une aura de mystère, les origines de la soie alimentent mythes et légendes depuis aussi longtemps que les civilisations se disputent les secrets de sa fabrication. Insigne de noblesse, monnaie d’échange, symbole d’immoralité et accessoire mode emblématique : à travers son histoire fascinante, le plus précieux des fils révèle ses nombreuses facettes.

Un voile de mystère

Si les origines de la soie remontent à plusieurs millénaires avant Jésus-Christ, il serait hasardeux de dater son apparition avec plus de précision. Le plus vieux fragment de soie trouvé à ce jour aurait plus de 4 500 ans. Pendant trois millénaires, la Chine a jalousement protégé le secret de la sériciculture, conservant ainsi l’apanage du commerce de la soie. Or ce voile de mystère enveloppant sa fabrication a donné naissance à maintes légendes. Si on en croit la plus répandue d’entre elles, l’impératrice Leizu aurait laissé tomber dans son thé un cocon de soie qui, sous l’effet de la chaleur, se serait dévidé.

Route de la soie

La fameuse route de la soie, cet ancien réseau commercial reliant l’Asie à l’Europe, tire bel et bien son nom du textile. La soie était la marchandise la plus précieuse qui transitait par cet entrelacs de routes terrestres et maritimes s’étant fortement développé sous le règne de la dynastie Han. Parce qu’il y avait en réalité plus d’une route de la soie ! Ce réseau permettait la circulation entre l’Orient et l’Occident non seulement des soieries, mais aussi de marchandises de toutes sortes, de connaissances et même d’idées.

Entre luxe et luxure

Longtemps réservée à la royauté et à la noblesse, la luxueuse étoffe est demeurée, tout au long de l’histoire, objet de convoitise. Les Romains ont même tenté d’en interdire le port pour freiner l’exode des richesses de l’Empire vers l’Asie. N’en déplaise au Sénat romain (qui considérait le tissu comme obscène), la haute société a continué de s’en parer, ne pouvant résister à son attrait. Aujourd’hui, malgré l’industrialisation des procédés, la soie véritable conserve un statut à part.

Un savoir-faire qui voyage

Une fois les secrets de la fabrication asiatique révélés, les soieries européennes ont connu à leur tour un âge d’or. En Italie, épicentre du commerce des tissus nobles, le travail de la soie s’est imposé et est resté longtemps parmi les plus recherchés du monde, notamment pour les textiles d’ameublement et de tentures. En France, c’est à Lyon que se concentre l’expertise. C’est d’ailleurs au sud de Lyon, à Pierre-Bénite, que les activités de soierie de la maison française Hermès se déroulent encore aujourd’hui.

La naissance d’un emblème

En 1937, le carré de soie Hermès a vu le jour. Baptisé Jeu des omnibus et Dames blanches, ce carré de 90 cm de large est devenu le premier d’une vaste collection. La maison dispose même d’une « carréothèque » où chaque modèle est archivé. Grand classique s’il en est, cet accessoire emblématique de l’enseigne française continue d’innover. Depuis 2020, grâce à une nouvelle technique d’imprimerie, le carré peut arborer des imprimés différents sur chacune de ses faces.

Le nec plus ultra des accessoires

Porté par une brochette d’icônes à travers le temps — de Brigitte Bardot à Jackie Kennedy-Onassis —, l’emblème de la maison de luxe a fait l’histoire et s’inscrit à ce jour dans la culture populaire. Le carré se porte d’une multitude de façons : noué autour du cou, en couvre-chef façon pirate, en foulard, en ceinture, en châle, comme haut de soie ou même comme accessoire… pour sac à main ! La simplicité du carré de soie en fait le parfait canevas pour quiconque maîtrise l’art du nouage.

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