Plateformes de visionnement

Une année de réévaluation pour abonnés et diffuseurs

L’année 2023 s’annonce difficile pour Netflix et compagnie. Le ralentissement économique poussera de nombreux consommateurs à résilier leurs abonnements aux plateformes de visionnement en ligne, révèlent les prévisions d’agences de placement média.

« Ça risque d’être rock and roll, prévoit Dimitra Georgakis, directrice générale de l’agence média dentsu Québec. Dans des contextes de restrictions, on voit généralement des gens chercher des façons d’économiser des sous. En 2023, par exemple, une famille de quatre va probablement laisser tomber une ou deux plateformes pour réduire ses dépenses. »

Inflation et récession potentielle obligent, le classement des services de diffusion en continu par abonnement pourrait subir d’importants changements au cours des 12 prochains mois. Pour l’instant, Netflix demeure la plateforme payante la plus populaire au pays, indique le rapport annuel des tendances du Fonds des médias du Canada (FMC), qui paraît ce mercredi.

D’après les données du bureau de recherche d’audience GWI, récoltées au troisième trimestre de 2022 auprès des internautes francophones du Canada de 16 à 64 ans, 57 % d’entre eux avaient utilisé Netflix au cours du mois précédent, pour regarder ou télécharger des émissions de télévision ou des films. En pleine progression, Disney+ arrive tout de même loin derrière avec 30 %.

« Pendant la pandémie, on s’est abonné à plein de plateformes numériques parce qu’on n’avait que ça à faire, résume Isabelle Fournier, directrice, lead activation, chez Cossette Média. Mais aujourd’hui, devant l’éventualité d’une récession, les gens se demandent : “Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on garde tous nos abonnements, en plus de l’abonnement au câble, qu’on paie quand même assez cher ?” Ils commencent à surveiller leurs dépenses de près. »

Avec pub

Pour retenir leurs abonnés, les services de diffusion en continu au Canada pourraient imiter Netflix et proposer des plans d’abonnement mensuel moins chers avec publicités. Depuis octobre dernier, un forfait « De base avec publicité », offert pour 5,99 $, apparaît aux côtés des autres options sans interruption publicitaire du géant américain, qui s’échelonnent de 9,99 $ à 20,99 $.

« C’est un pari qu’on risque de voir davantage, commente Dimitra Georgakis. D’autres plateformes auraient intérêt à suivre, en trouvant une manière d’offrir leurs services sans facturer le plein prix. En général, les récessions amènent, peu importe le domaine, beaucoup de créativité et d’innovation. »

« Les autres plateformes vont élaborer leur propre modèle, ajoute Isabelle Fournier. Leur modèle ne sera peut-être pas identique à celui de Netflix, mais elles vont finir par offrir des publicités. Sur Crave, par exemple, on peut déjà voir des autopromos, c’est-à-dire des messages diffusés avant l’émission qu’on écoute et qui promeuvent d’autres contenus du service. »

Les statistiques semblent donner raison aux agences média qui prévoient l’arrivée prochaine de publicités sur Disney+ et autres Prime Video.

D’après le rapport du FMC, la moitié des Canadiens (48 %) accepteraient l’insertion de publicités à l’écran pour profiter d’un abonnement gratuit ou d’une baisse « considérable » du tarif mensuel.

Au total, 40 % des téléspectateurs sont prêts à débourser de 10 $ à 30 $ par mois pour avoir accès à l’offre des plateformes.

« C’est vraiment une tendance à suivre, soutient Florence Girot, cheffe de la prospective et de l’innovation au FMC. L’année 2023 sera assez éclairante. »

La télé traditionnelle touchée

La situation économique difficile touchera également la télévision traditionnelle, dite linéaire. Le rapport du FMC confirme la diminution, lente, mais constante, de l’écoute au Québec. La moyenne québécoise supplante toutefois la moyenne canadienne-anglaise, qui avoisine les 2 heures 5 minutes.

Pour expliquer cet écart au sein d’un même pays, Florence Girot mentionne la force du star-système québécois et l’attachement du public aux vedettes locales. « Et nos contenus sont produits au Québec, alors qu’au Canada anglais, ils viennent en grande partie des États-Unis », ajoute Isabelle Fournier.

Moins cher à la maison

Dans certaines circonstances, la récession pourrait jouer en faveur du petit écran. Les plateformes perdront assurément des abonnés qui souhaitent réduire leurs dépenses, mais comme l’affirme Dimitra Georgakis, rester chez soi et regarder la télévision en famille coûte beaucoup moins cher qu’aller au cinéma ou qu’aller voir un spectacle en salle.

« On risque de perdre des gens qui veulent consolider leurs contenus, qui vont devoir faire des choix. Mais ça devrait convaincre pas mal de gens de rester chez eux. Parce qu’aller au cinéma en famille, ça peut faire grimper une facture très vite. »

En hausse

La télévision en ligne continue d’enregistrer une hausse de popularité auprès des francophones au Canada. Au troisième trimestre 2022, on l’écoutait en moyenne 1 heure 11 minutes chaque jour, soit 14 minutes de plus qu’en 2021.

En baisse

La télévision traditionnelle poursuit sa lente, mais constante descente. L’an dernier, on passait en moyenne 2 heures 17 minutes chaque jour devant notre téléviseur, comparativement à 2 heures 22 minutes en 2021.

Source : GWI, utilisateurs de l’internet 16-64 ans, rapport annuel du Fonds des médias du Canada, édition 2023

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