Élections fédérales 2021

Des cadres financiers aux antipodes

Quel parti laisserait les finances fédérales en meilleure santé au terme du mandat ? Cette question est probablement la plus négligée de cette campagne, ce qui est surprenant vu l’explosion du déficit causé par la pandémie.

Pour trouver la réponse, j’ai passé en revue tous les cadres financiers et je me suis référé à l’excellente analyse de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Étonnamment, c’est le NPD qui présente le cadre financier qui aurait le moins d’impact sur la dette fédérale d’ici cinq ans et le Bloc québécois, le pire. Autre constat : tous les partis feront davantage augmenter la dette que ce que prévoit le directeur parlementaire du budget (DPB) dans son scénario de référence réaliste(1).

Pourquoi parler d’abord de la dette prévue ? Parce qu’elle permet de comparer en un coup d’œil les cadres financiers, étant un cumul de l’ensemble des déficits annuels. Le mieux est de comparer son niveau en fonction de la taille de l’économie (produit intérieur brut, ou PIB).

Selon les partis, donc, elle avoisinera les 48 % du PIB dans cinq ans, comparativement à 31 % avant la pandémie. Le NPD serait à 46,8 %, étonnamment.

Cela dit, l’utilisation de la seule dette comme paramètre d’analyse est trompeuse. Elle néglige un élément essentiel, soit les moyens que prendront les partis pour financer leurs promesses et limiter l’endettement.

Ainsi, le NPD est le plus dépensier, avec le Bloc, mais c’est aussi le parti qui augmenterait le plus les impôts. Ce bond important des recettes compenserait le boom des dépenses et limiterait ainsi l’endettement. Mais est-ce réaliste et politiquement faisable ? Est-ce souhaitable dans le contexte de nos finances fragiles ?

Parmi les dépenses du NPD, mentionnons l’implantation d’un système pancanadien d’assurance médicaments (11,5 milliards par année), un programme de revenu minimum garanti pour les personnes handicapées (5 milliards) et le paiement des soins dentaires de certains (1,8 milliard).

Ces programmes sociaux seraient financés, entre autres, par une très forte augmentation de l’impôt des riches, qui rapporterait, après 5 ans, 30 milliards par année, ce qui est énorme. Il est question d’un impôt sur la fortune et d’une hausse du taux d’inclusion du gain en capital (de 50 % à 75 %).

Les principales mesures du NPD, tant du côté des revenus que des dépenses, ont été estimées par le DPB – un organisme indépendant –, ce qui donne une certaine crédibilité à son cadre financier. Tout de même, l’impact d’un tel bouleversement demeure difficile à prévoir.

D’une part, les projets de dépenses finissent souvent par coûter bien davantage que prévu ; qu’on pense au défunt registre fédéral des armes à feu ou au programme québécois d’assurance médicaments. D’autre part, imposer massivement les riches de diverses façons aurait des effets insoupçonnés sur l’économie, ce qui freinerait les entrées de fonds. Enfin, les revenus qu’on pourrait tirer de l’évasion fiscale sont, par définition, fort incertains.

De son côté, le Bloc doit son titre de gros dépensier à sa volonté de doper les transferts en santé aux provinces de 28 milliards de façon récurrente, puis de 6 % par année par la suite.

Chez les libéraux, de nouveaux programmes ciblés en santé (CHSLD, santé mentale, médecins de famille) feraient augmenter les dépenses d’environ 5 milliards par an. Les conservateurs, eux, ne mettraient que 2,1 milliards dans les transferts en santé au terme de la cinquième année, en plus d’abolir le programme libéral de garderies.

Pendant que les néo-démocrates prévoient 30 milliards de nouveaux impôts, les libéraux parlent de 3 milliards (notamment prélevés aux banques), et les conservateurs, fidèles à leur philosophie, n’en prévoient pas du tout. Au bout de cinq ans, les conservateurs dépenseraient même un peu moins que ce que prévoit le scénario de référence du DPB.

Au terme de ces programmes, le déficit fédéral reculerait pour tous les partis. À la cinquième année, il oscillerait entre 25 et 34 milliards, comparativement à quelque 150 milliards cette année. Seul le Parti conservateur ne prévoit pas un déficit plus élevé que celui du DPB à la cinquième année.

Cela dit, la chaire de l’Université de Sherbrooke fait ressortir un aspect qui est frappant. Depuis l’ère Harper, les dépenses de l’État ont sans cesse crû en proportion de la taille de l’économie. Et cette tendance se poursuivra d’ici cinq ans, peu importe le parti qui prendra le pouvoir.

Lorsque Justin Trudeau a été élu, les dépenses du fédéral représentaient 14,0 % du PIB. Cette part a grimpé à 15,5 % en 2018-2019, au terme de son premier mandat. Or, d’ici 5 ans, elle passerait à 17,4 % du PIB avec le NPD, à 16,3 % avec le Parti libéral et à 15,8 % avec le Parti conservateur.

La COVID-19 a frappé fort, mais justement, le Canada a pu y faire face parce qu’il avait des finances solides. Il faudrait avoir un plan crédible pour retrouver cette marge de manœuvre, avec des cibles pour le rétablissement de l’équilibre budgétaire, ce qu’aucun parti n’a inclus dans son cadre financier.

1- Ce scénario de référence postule que l’endettement augmenterait comme le prévoit le budget des libéraux présenté en avril dernier, mais ajusté en fonction des plus récentes données économiques.

Élections fédérales 2021

Le fardeau fiscal pourrait s’alourdir

Les entreprises inquiètes de l’impact qu’auront les engagements électoraux sur leur fardeau fiscal ont raison de l’être, parce qu’aucun des partis n’a écarté complètement cette possibilité dans un débat organisé mardi par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

« On a dit qu’il n’y aurait pas de nouvelles taxes, sauf pour les banques et les compagnies d’assurance qui ont beaucoup bénéficié de la pandémie », a justifié Mélanie Joly, candidate du Parti libéral dans Ahuntsic-Cartierville.

S’ils sont réélus, les libéraux n’auront pas le choix, ils devront augmenter taxes et impôts, assure de son côté le candidat conservateur de Brome-Missisquoi, Vincent Duhamel. « Les libéraux savent seulement dépenser, ils ne savent pas compter », a-t-il dit.

L’ancien dirigeant de Fiera Capital dit avoir quitté sa retraite pour faire de la politique parce qu’il s’inquiète du peu d’importance que le gouvernement libéral accorde au budget et au déficit. Il croit que la réalité finira par rattraper le Canada, qui est le pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui a le plus dépensé et s’est le plus endetté pour gérer la crise de la COVID-19. Son parti trouve important de ramener la discipline budgétaire à Ottawa, mais il voudrait réduire les dépenses plutôt qu’augmenter les impôts.

Jean-Denis Garon, économiste et candidat du Bloc québécois dans Mirabel, est lui aussi d’avis qu’il faudra plus tard, mais pas tout de suite, réduire le ratio de la dette par rapport au PIB, qui a fait un bond de 10 points avec la pandémie. « On a un ratio dette/PIB à stabiliser » quand on sera sortis de la crise, a-t-il dit.

À plus court terme, les bloquistes voudraient imposer une taxe temporaire à toutes les entreprises dont les profits ont explosé durant la crise.

Du côté du Nouveau Parti démocratique (NPD), l’augmentation des impôts des plus riches et l’élimination du recours aux paradis fiscaux sont la solution. « Ce sont les inégalités et la concentration de la richesse qui menacent la capacité de l’État d’intervenir dans la relance de l’économie », a fait valoir Ève Péclet, qui veut se faire élire sous la bannière du NPD dans Outremont.

Lutter contre les changements climatiques

En réponse aux questions de l’éditorialiste en chef de La Presse, Stéphanie Grammond, qui animait le débat, les participants ont dû préciser comment leur parti entendait mener la lutte contre les changements climatiques.

Le NPD veut faire de la Banque de l’infrastructure du Canada une Banque canadienne du climat, qui utiliserait les fonds qui dorment dans ses coffres pour investir dans la transition énergétique.

Il ne serait pas question d’appuyer des projets d’investissement privé qui ne permettraient pas d’avancer vers les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), a précisé Ève Péclet.

Le candidat conservateur, de son côté, croit qu’il faut dire oui aux investissements qui peuvent aider à faire la transition énergétique, même s’ils produisent des émissions de GES, pour générer des revenus qui permettront de faire avancer la transition énergétique.

Selon lui, la Banque de l’infrastructure du Canada, créée en 2017 par le gouvernement libéral et qui n’a jamais décollé, est « un animal bureaucratique inutile », qui fait compétition à la Caisse de dépôt et placement et aux autres caisses de retraite. « On s’en débarrasse », a lancé Vincent Duhamel.

« On la scrappe », a renchéri le candidat du Bloc québécois, qui estime que la Banque de l’infrastructure ne remplit pas sa mission.

Mélanie Joly a défendu le bilan de son gouvernement en matière d’environnement en rappelant qu’il avait imposé un plafond sur les émissions de GES. « Les émissions ne peuvent que diminuer à partir de maintenant », a-t-elle fait valoir.

Pénurie de main-d’œuvre

La question de la rareté de la main-d’œuvre, qui préoccupe au plus haut point les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, a occupé une bonne partie du débat de mardi.

La Prestation canadienne d’urgence (PCU) et la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) ont le dos large, a lancé Mélanie Joly à ses vis-à-vis qui estiment que l’aide fédérale nuit au recrutement. Elle a rappelé que tous les partis fédéraux avaient voté en faveur de ces mesures d’urgence.

La députée sortante d’Ahuntsic-Cartierville a souligné que les pénuries de main-d’œuvre existaient avant la pandémie et que ses causes sont avant tout démographiques. « Ma grand-mère a eu sept enfants, ma mère en a eu trois et moi, j’essaie d’en avoir un », a-t-elle illustré.

Ève Péclet, de son côté, estime que ce qui manque, ce ne sont pas les travailleurs, mais les bons emplois avec de bons salaires. La PCRE, qui a été réduite à 300 $ par semaine, représente un salaire de 6,75 $ de l’heure pour une semaine normale de travail, a-t-elle précisé.

Tous les participants, y compris la représentante du gouvernement sortant, se sont dits d’avis qu’il faut faciliter le recours aux travailleurs étrangers temporaires et accélérer le traitement des 51 000 demandes de résidence permanente qui se sont accumulées pendant la pandémie.

Des infrastructures à l’unanimité

Avec une belle unanimité, les participants au débat de mardi ont convenu que le gouvernement fédéral devait investir dans les infrastructures de Montréal et du Québec. Les projets que l’aéroport de Montréal a dû mettre de côté en raison de la pandémie, le train entre Montréal et Sherbrooke et le potentiel de Mirabel sont assurés de trouver des appuis à Ottawa, peu importe quel parti sera élu lundi.

Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, s’est réjoui de ces engagements, particulièrement pour l’aéroport de Montréal. « Le financement des projets d’expansion de l’aéroport de Montréal [est] essentiel afin qu’il maintienne son statut de hub international », a-t-il commenté.

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