Toutes les choses parfaites

Antidote pandémique

Toutes les choses parfaites de Duncan Macmillan. Mise en scène de Frédéric Blanchette. Avec François-Simon Poirier. Chez Duceppe, jusqu’au 27 septembre. Trois étoiles et demie

Le théâtre magnifie souvent les grandes émotions de la vie, mais il s’attarde parfois aussi au chapelet de petits moments qui tissent une existence.

Toutes les choses parfaites, qui ouvre cette saison hors norme chez Duceppe, est sans contredit de la seconde catégorie. Cette courte pièce (1 h 10 environ) suit le destin d’un jeune garçon dont la mère souffre d’un inexorable mal de vivre. Pour la faire sourire, il rédige une liste de toutes les choses qui prouvent que la vie mérite d’être vécue. À 7 ans, les bonheurs sont simples : la crème glacée, la couleur jaune, voir quelqu’un tomber…

Le garçon va grandir et la vie, lui apporter des occasions d’allonger la liste. Les petits bonheurs et les grandes joies vont s’accumuler jusqu’à former une collection d’un million de choses parfaites : danser en privé, faire une déclaration d’amour, avoir la possibilité de se déguiser en lutteur mexicain, le sexe… Mais la liste, aussi longue soit-elle, ne peut prémunir contre les coups durs, les déceptions ou la mort qui rôde.

François-Simon Poirier porte sur ses épaules ce solo signé par le Britannique Duncan Macmillan, traduit par Jean-Simon Traversy et mis en scène par Frédéric Blanchette. Dans une partition où les notes alternent entre légèreté et intonations plus graves, l’acteur réussit à conserver l’équilibre, sans jamais verser dans le cabotinage ou le pathos.

Il excelle surtout à établir un contact chaleureux avec les spectateurs, dont plusieurs sont mis à contribution pendant le spectacle. L’un interprétera à coups de « pourquoi ? » le garçon inquiet lors d’un trajet vers l’hôpital, une autre jouera le rôle de la psychologue scolaire, plusieurs auront à lire des passages de cette liste de choses parfaites…

Le procédé pourrait agacer, voire soulever quelques malaises. Les spectateurs ne sont pas toujours de très bons partenaires de jeu… Mais François-Simon Poirier possède un talent d’improvisateur et une chaleur qui gomme les réticences les plus timides. Et en ces temps de COVID-19, il réussit même à nous faire rire de cette distance qu’il faut à tout prix tenir. Quoi de mieux qu’une demande en mariage à travers un plexiglas pour témoigner du surréalisme de la situation actuelle ?

Il faut toutefois souligner qu’en temps normal (mais que signifie encore cette expression ? ), cette sympathique pièce n’aurait probablement pas trouvé sa place dans la grande salle du théâtre Jean-Duceppe. Elle a d’ailleurs déjà été jouée dans les coulisses, en formule 5 à 7, sur une scène grande comme un mouchoir de poche. Elle n’a pas besoin d’un grand espace pour se déployer et l’intimité la sert sans doute mieux, ne serait-ce qu’en raison de la proximité du public. Cela dit, son déménagement vers la grande scène reste fort réussi. François-Simon Poirier occupe l’espace avec énergie, sans sembler perdu dans un décor trop grand pour lui. Les tapis, le piano et les piles de vinyles forment un écrin qui sied bien aux bonheurs de l’existence. Dont le théâtre en général et cette tendre pièce en particulier font indéniablement partie.

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