Tempête hivernale au Texas

« C’était la panique »

Après plusieurs jours d’une crise historique déclenchée par des conditions hivernales extrêmes, le Texas s’est levé vendredi sous un soleil clément. Mais le repos n’est pas pour bientôt. Pour l’heure, l’État de 29 millions d’habitants doit évaluer l’ampleur des dégâts, et compter ses morts.

« Imaginez la crise du verglas de 1998, mais à Cancún », raconte Camille Hébert, à sa sortie de la douche. Sa première depuis cinq jours.

La jeune Québécoise vit à Austin, capitale du Texas. Depuis lundi, l’État fait face à une vague de froid sans précédent. Des villes habituellement peu touchées par la neige ont été frappées par une tempête.

« C’est déconcertant, et une fois que le grandissime de la tempête passe, on se rend compte à quel point ça fait peur. C’était la panique. »

— Camille Hébert

Pour éviter la surchauffe de tout le réseau, les compagnies d’électricité du Texas ont décidé de couper le courant de quelque 4,3 millions de foyers et d’entreprises. Le gouverneur de l’État, Greg Abbott, a fait de même avec l’alimentation en eau : il a demandé à sa population de la ménager le plus possible, afin de prévenir de nouvelles ruptures de canalisations. « Heureusement, nous avons encore de la neige, on [peut la faire] fondre », rigole presque Mme Hébert.

Abraham Roberts habite seul dans son appartement de Houston, dans le sud-est de l’État. Pendant des jours, il n’a eu ni eau ni chauffage. « Ma maison a été gelée pendant des jours. Mes mains et mes pieds étaient engourdis par le froid. Tout ce que je pouvais faire, c’était prier et me couvrir de couvertures », déplore Abraham Roberts en entrevue téléphonique avec La Presse. « Je ne pouvais pas aller travailler parce que les routes étaient gelées et glissantes. Les épiceries manquaient de tout. »

Selon l’Associated Press, au moins 58 morts sont liées à ces conditions brutales, dont les causes comprennent l’empoisonnement au monoxyde de carbone, les accidents de voiture, les noyades, les incendies de maison et l’hypothermie.

Un jeune garçon de 11 ans a été trouvé mort de froid dans son lit lundi matin à Conroe. La nuit précédente, toute la famille s’était regroupée dans la même pièce, pour tenter de se réchauffer.

Le lendemain, à Houston, une femme et une fille sont mortes d’un empoisonnement au monoxyde de carbone après avoir laissé en marche une voiture dans un garage attenant, afin de créer de la chaleur.

« Toutes les personnes que je connais sont en ce moment occupées à réparer les dégâts ou à rattraper tout le temps perdu », poursuit Abraham Roberts.

Vendredi soir, ils n’étaient plus que 113 000 foyers et entreprises du Texas toujours dans le noir. M. Roberts s’estime chanceux : il a retrouvé l’électricité jeudi, bien avant beaucoup d’autres. Mais il ne se réjouit pas trop vite : « Nous avons encore une nuit de gel potentiel et on nous a demandé d’économiser l’électricité autant que possible pour éviter une autre panne », lâche-t-il.

Aide d’urgence

Le président des États-Unis, Joe Biden, n’a pas attendu pour déclarer l’état d’urgence dans le second État du pays en superficie. De vastes ressources ont été déployées afin de venir en aide aux millions d’Américains sans eau ni courant.

L’Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA) a fourni 60 générateurs et du carburant pour soutenir les usines de traitement de l’eau, les hôpitaux et les maisons de retraite au Texas, ainsi que 729 000 litres d’eau, 10 000 couvertures de laine, 50 000 couvertures de coton et 225 000 repas.

À San Antonio, au cœur de l’État, plus de 500 véhicules ont fait la queue vendredi matin à la banque alimentaire, qui espère distribuer 100 000 livres de nourriture et d’eau ce week-end. Sur le site, des bénévoles et des patrouilleurs de la Garde nationale du Texas ont distribué des paniers de pommes de terre, d’oignons, de pain, de beurre d’arachide et d’autres denrées.

Vendredi, le président Biden a également déclaré qu’il signerait une déclaration de catastrophe majeure, ce qui permettrait à son gouvernement de fournir davantage d’aide au Texas. Il a aussi annoncé une visite dans l’État, la semaine prochaine.

Retard des vaccins

L’administration de six millions de doses de vaccins contre la COVID-19 a été retardée au pays en raison des tempêtes de neige. Selon la Maison-Blanche, cela correspond à environ trois jours de retard.

« Nous demandons aux sites d’administration des vaccins de prolonger encore leurs heures d’ouverture et de proposer des rendez-vous supplémentaires, et d’essayer de programmer les vaccinations dans les jours et les semaines à venir, à mesure que l’approvisionnement augmente de manière significative », a déclaré Andy Slavitt, conseiller de la Maison-Blanche.

— Avec l’Associated Press, le New York Times et l’Agence France-Presse

Climat

Les États-Unis Réintègrent l’Accord de Paris

Les États-Unis sont officiellement revenus vendredi dans l’accord de Paris, au moment où l’administration du président Joe Biden s’est engagée à faire de la lutte contre les changements climatiques une haute priorité.

Près de quatre ans après l’annonce par Donald Trump du retrait des États-Unis, ce retour de la première économie du monde, deuxième émettrice de CO2, signifie que la quasi-totalité des nations de la planète sont aujourd’hui parties prenantes de l’accord signé en 2015.

Entré en poste le 20 janvier, Joe Biden avait décidé immédiatement de ce retour.

« Nous ne pouvons plus repousser ou faire le strict minimum pour répondre aux changements climatiques », a insisté vendredi M. Biden à la Maison-Blanche, lors de son premier grand discours de politique étrangère à la Conférence sur la sécurité de Munich.

« Il s’agit d’une crise existentielle mondiale. Et nous en subirons tous les conséquences », a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a aussi assuré dans un communiqué que « les changements climatiques et la diplomatie par la science » ne pouvaient plus « jamais être des ajouts optionnels » dans les discussions de politique étrangère.

« Répondre aux menaces réelles des changements climatiques et écouter nos scientifiques est au cœur de nos priorités intérieures et étrangères. C’est [un aspect] vital dans nos discussions sur la sécurité nationale, les migrations, les mesures sanitaires internationales, et dans notre diplomatie économique et nos négociations commerciales », a également indiqué le secrétaire d’État.

Faisant l’éloge de l’accord de Paris, négocié par l’ancien président Barack Obama, il a en outre assuré que la diplomatie climatique qui s’annonçait serait cruciale.

« Nous avons perdu quatre ans »

L’ancien secrétaire d’État et ex-candidat à la Maison-Blanche John Kerry, désormais émissaire des États-Unis pour le climat, a de son côté lancé un appel aux États de la planète pour qu’ils revoient à la hausse leurs ambitions climatiques lors du sommet de l’ONU de Glasgow (Écosse), qui aura lieu en novembre.

« Je pense que nous devons cesser d’utiliser les mots “changements climatiques”, et admettre qu’il s’agit dorénavant d’une crise climatique », a déclaré M. Kerry, s’exprimant lors d’un évènement virtuel de l’ONU pour marquer le retour des États-Unis dans l’accord.

« Nous rejoignons les efforts climatiques internationaux avec humilité, en sachant que nous avons perdu quatre ans lors desquels l’Amérique n’était plus à la table des négociations. »

— John Kerry, émissaire des États-Unis pour le climat

« Mais aussi avec ambition, sachant que [l’accord de] Paris seul ne fera pas ce que la science nous dit qu’il faut faire », a-t-il ajouté.

Avant Glasgow, Joe Biden a prévu de tenir un autre sommet sur le climat, le 22 avril, pour coïncider avec la Journée de la Terre.

Le président américain s’est engagé à ramener à zéro les niveaux de pollution dans le secteur énergétique américain d’ici 2035, et à ce que l’économie américaine atteigne une neutralité carbone d’ici 2050.

Son prédécesseur, Donald Trump, allié de l’industrie des énergies fossiles, était d’avis que l’accord de Paris était injuste envers les États-Unis.

Mais les ambitions de l’accord sont principalement noncontraignantes, chaque pays élaborant ses propres mesures. Un point sur lequel avaient insisté Barack Obama et John Kerry lors de la signature en 2015, soucieux de l’opposition politique aux États-Unis.

L’accord de Paris a pour objectif de limiter la montée des températures de la planète à 2 °C par rapport aux niveaux antérieurs à la révolution industrielle, et de poursuivre les efforts pour limiter cette montée à 1,5 °C

L’élan politique actuel va dans le sens d’une plus grande ambition environnementale, au moment où les conséquences des changements climatiques se font de plus en plus visibles.

Une étude récente affirme que 480 000 personnes sont déjà mortes lors de ce siècle en raison de catastrophes naturelles liées à des phénomènes climatiques extrêmes.

Des centaines de migrants attendent de pouvoir entrer légalement aux États-Unis

Un premier groupe de demandeurs d’asile a franchi vendredi la frontière des États-Unis dans le cadre des réformes de l’immigration du président Joe Biden, tandis que des centaines d’autres attendent nerveusement au Mexique l’autorisation d’entrer sur le sol américain. Un groupe de 25 personnes a traversé la frontière californienne pour être conduit dans un hôtel, a déclaré un responsable sous couvert d’anonymat d’un refuge à San Diego. Dans le cadre du programme « Restez au Mexique » de l’ex-président Donald Trump, les demandeurs d’asile étaient contraints d’attendre que leur dossier soit instruit. L’administration Biden a annoncé il y a une semaine que la première étape visant à démanteler ce programme controversé commencerait vendredi. L’avocat cubain Joel Fernández a parcouru onze pays pendant 271 jours avant d’atteindre la ville de Matamoros, dans le nord-est du Mexique, en janvier 2020. « C’est une tragicomédie. On vit des moments tristes, puis des moments de joie », déclare l’homme de 52 ans parmi les 500 migrants de diverses nationalités hébergés dans un camp de réfugiés auquel Washington donnera la priorité. Mais l’atmosphère s’est tendue ces derniers jours. Jeudi midi, le camp a été fermé en prévision du passage de la frontière. « Maintenant, c’est un moment triste parce que personne ne sait rien. Le stress s’accumule », dit-il. Il sait qu’il devra passer un test de dépistage de la COVID-19 et qu’il y a un ordre de démantèlement du camp, mais ne sait quand.

— Agence France-Presse

COVID-19

Le G7 s’engage à renforcer l’aide à la vaccination des pays pauvres

Pour leur première réunion virtuelle avec Joe Biden, les dirigeants du G7 se sont engagés vendredi à revenir au multilatéralisme, malmené sous Donald Trump, en commençant par le partage des vaccins avec les pays pauvres. Un mois après son arrivée à la Maison-Blanche avec la promesse d’une diplomatie aux antipodes des années Trump, le démocrate a participé à ses premières réunions internationales en deux temps. Il a d’abord pris part à une visioconférence avec les dirigeants de France, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Italie, du Japon, du Canada et les chefs de l’Union européenne, dominée par la réponse à la pandémie, qui a fait plus de 2,4 millions de morts dans le monde. Il s’est ensuite exprimé devant la Conférence sur la sécurité de Munich, une première pour un président américain lors de cet évènement annuel réunissant chefs d’État, diplomates et spécialistes de la sécurité. Dans leur communiqué, les dirigeants ont annoncé plus que doubler leur soutien collectif à la vaccination anti-COVID-19, à 7,5 milliards de dollars, notamment via le programme onusien COVAX, piloté par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que Washington vient de réintégrer après le départ à grand fracas voulu par Donald Trump.

— Agence France-Presse

À 90 ans, une Américaine marche 10 km dans la neige pour se faire vacciner

Avec une détermination sans faille, une Américaine nonagénaire a bravé le froid en marchant 10 kilomètres dans la neige pour se faire vacciner contre la COVID-19 à Seattle, ont rapporté les médias locaux. Fran Goldman, 90 ans, ne parvenait pas à trouver un rendez-vous pour recevoir sa première dose du vaccin contre le coronavirus, donc, lorsqu’un créneau lui a été attribué dimanche dernier, il était hors de question que les intempéries la détournent de son objectif, a- t-elle raconté au journal Seattle Times. Malgré l’épaisse couche de neige qui s’était déposée sur la ville, rendant un trajet en voiture impossible, Mme Goldman a enfilé ses bottes, saisi ses bâtons de marche, et n’a pas hésité à parcourir, à l’aller et au retour, les 5 kilomètres qui la séparaient de la clinique qui administrait les vaccins. « Ce n’était pas facile, c’était un défi », a confié Mme Goldman au quotidien, précisant qu’elle s’était fait poser une prothèse de la hanche l’année dernière. Fran Goldman est effectivement arrivée avec 5 minutes de retard à son rendez-vous. « Elle est vraiment admirable et elle possède cette mentalité la conduisant à ne pas se laisser bloquer par l’adversité », a commenté sa fille, Ruth Goldman, auprès du Seattle Times.

— Agence France-Presse

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