Dominic Paquet 

Le routier des sentiers fréquentés

Soir de première montréalaise mercredi soir à l’Olympia. Dominic Paquet retrouvait ses amis et un public conquis d’avance pour lancer son quatrième one-man-show intitulé Laisse-moi partir. Un spectacle qui met en relief toutes les qualités – surtout vocales – de l’humoriste, mais aussi ses lacunes.

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 1998, Dominic Paquet est devenu avec les années un véritable routier de la scène humoristique du Québec. Il est partout : spectacles, animation de galas, apparitions à la télévision et à la radio. Bref, l’homme roule superbement sa bosse, et ce, sans jamais trop s’éloigner de ce qui fait son succès : le punch rapide et sa capacité à créer des personnages avec la seule force de sa voix.

Ce talent brut est aussi mis en valeur dans Laisse-moi partir. Dominic Paquet multiplie les effets de voix pour donner naissance à une foule de personnages loufoques, depuis le snob buveur de café jusqu’au G. O. incompréhensible d’un complexe hôtelier dans le Sud.

En une seconde, il sait se métamorphoser sans autre artifice que ses cordes vocales et quelques mimiques bien dosées. Impressionnant.

Il maîtrise aussi avec beaucoup d’aplomb l’art de créer des (petits) malaises et celui de se lancer dans des délires bien sentis sur des sujets on ne peut plus anodins. À ce chapitre, ses gags sur l’invention de la paille qui plie – et surtout sur la détestable paille droite – font mouche. Sa personnification d’un homme excédé de se retrouver avec une paille dans le nez à chaque gorgée est un coup de génie. Autre numéro qui fait mouche : celui sur un couple prêt à parcourir 150 km pour acheter une nappe à 4 $ sur Marketplace…

Du coq à l’âne

Bref, Dominic Paquet sait prendre de petits riens de la vie pour en faire de la matière à rires. Le hic, c’est qu’il va rarement beaucoup plus loin que cette enfilade de petits riens. Avec son style à l’américaine, l’humoriste de 46 ans préfère passer du coq à l’âne pour enchaîner les blagues plutôt que de créer des univers avec un minimum de substance. Fort bien, mais encore faut-il choisir des sujets qui n’ont pas été ressassés mille fois. A-t-on encore besoin de gags sur le célibat (ou la vie de couple), la colère, le magasinage ?

Et lorsque la blague est une enfilade de sacres ou encore qu’elle se termine sur un trop facile « Vos yeules », on se demande s’il n’aurait pas été possible de creuser un peu plus profondément le terreau comique.

De fait, le spectacle s’ouvre avec un gag sur un gars qui regarde la télé la main dans les culottes et se clôt avec une blague de caca. Entre les deux, il y a mieux (Dieu merci !), mais Dominic Paquet n’offre pas grand-chose pour élargir son bassin de fans avec ce nouveau spectacle.

Les déjà conquis vont adorer, car le rythme est soutenu, les gags sont nombreux et l’énergie de l’humoriste est contagieuse. Les autres risquent toutefois de trouver un peu insipide cet humour parfois au ras des pâquerettes, qui fait l’apologie du gars « ben ordinaire » (comme dirait Charlebois), trop occupé à dormir sur le sofa pour vraiment évoluer.

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