Plan du mouvement École ensemble

Un coup de barre pour mettre fin au « marché scolaire »

Le système d’éducation québécois est « injuste » et pour le réformer, le mouvement École ensemble propose de mettre fin au financement des écoles privées et que tous les élèves de la province fréquentent leur école de quartier, au primaire comme au secondaire.

Cinq ans après sa création par des parents d’élèves, le mouvement École ensemble revient à la charge à quelques mois des élections provinciales en déposant un plan qui vise à changer en profondeur le système d’éducation.

Au cœur de cette proposition, dévoilée lundi, figure la création d’un seul réseau d’écoles, où chaque élève fréquenterait l’établissement de son quartier, tant au primaire qu’au secondaire. Ce serait donc la fin des écoles privées subventionnées telles qu’on les connaît : les écoles privées seraient financées à 100 % par Québec et gratuites pour tous. Dans un horizon de six ans, elles devraient accueillir exclusivement des élèves de leur bassin.

« Les écoles ne choisissent plus leurs élèves », a résumé en point de presse Stéphane Vigneault, coordonnateur du mouvement École ensemble. « Les enfants vont à leur école [de quartier], quelle que soit la capacité de payer de leurs parents », a-t-il poursuivi.

Comme c’est le cas en Ontario, des écoles pourraient demeurer privées et sélectionner leurs élèves, mais elles ne recevraient plus de fonds publics, « ni directement (subventions) ni indirectement (transport scolaire) », lit-on dans le rapport du mouvement.

École ensemble a mandaté l’économiste François Delorme, de l’Université de Sherbrooke, qui a calculé que les économies annuelles pour le Québec seraient de 100 millions de dollars.

Au-delà des économies, cette réorganisation permettrait de se sortir d’un système « inefficace et inéquitable » qui, actuellement, « fait peu de gagnants et de nombreux perdants », a estimé Claude Lessard, sociologue de l’éducation et ancien président du Conseil supérieur de l’éducation, qui préside le conseil d’administration d’École ensemble.

« La recherche nous le répète depuis longtemps : plus les classes sont diversifiées, entre garçons et filles, entre élèves favorisés et défavorisés, entre élèves forts et faibles, entre élèves de diverses origines ethniques, plus le taux de réussite de l’ensemble des jeunes augmente », a déclaré M. Lessard.

Pour les parents qui sont dans la course au choix d’une école secondaire et les jeunes qui vivent un stress à l’idée de ne pas être admis dans un programme choisi, fréquenter une école de quartier est une « vision simple, apaisée, qui semble inatteignable », a observé Anne-Marie Boucher, vice-présidente d’École ensemble. « C’est pourtant ce qu’on propose et qui devient possible », a-t-elle ajouté.

Des programmes particuliers pour tous

Le mouvement École ensemble souhaite en outre généraliser un modèle déjà implanté dans certaines écoles secondaires de la province, soit celui d’offrir des programmes particuliers gratuits à tous les élèves, sans sélection sur la base des résultats scolaires.

Selon les données fournies à La Presse par le ministère de l’Éducation, près d’un élève sur quatre (23,6 %) qui fréquente l’école secondaire publique est inscrit dans un programme particulier en 2020-2021.

Le programme d’éducation internationale est le plus populaire, suivi des programmes de sports, d’arts et de langues.

La semaine dernière, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a promis d’instaurer de nouvelles mesures pour rendre les programmes particuliers, souvent chers, plus accessibles à tous.

« Élastique étiré jusqu’au bout »

Ce n’est pas suffisant : il faut aussi abolir le financement aux écoles privées subventionnées, estime Stéphane Vigneault.

« L’élastique, on l’a étiré jusqu’au bout. L’acceptabilité sociale pour les écoles qui sélectionnent, qu’elles soient publiques ou privées, n’est plus là. La population veut un système équitable », estime M. Vigneault, qui dit espérer que des partis politiques reprendront ces propositions dans la prochaine campagne électorale.

La députée du Parti québécois Véronique Hivon a salué « la qualité de la proposition » du mouvement École ensemble.

« Elle fait véritablement, et très concrètement, avancer le débat sur l’avenir de notre système scolaire et sur l’égalité des chances, qui doit en être un pilier fondamental », a déclaré la porte-parole de son parti en matière d’éducation.


EN SAVOIR PLUS

450 405
Nombre d’élèves au secondaire pour l’année scolaire 2020-2021

Source: source : ministère de l’Éducation

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.