Vaccination obligatoire des camionneurs

Ottawa change son fusil d’épaule et accorde un sursis

Il y aura finalement un sursis pour permettre aux camionneurs non vaccinés de continuer à traverser la frontière canado-américaine, ce qui devrait donner un peu de répit aux entreprises déjà aux prises avec d’importantes difficultés d’approvisionnement depuis le début de la pandémie.

Trois jours avant l’entrée en vigueur de l’obligation (le samedi 15 janvier), et après de multiples appels lancés par l’industrie du camionnage, Ottawa a changé son fusil d’épaule, mercredi soir. Par courriel, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a indiqué que les routiers canadiens souhaitant entrer au pays n’auraient pas à se placer en quarantaine s’ils n’étaient pas vaccinés ou s’ils n’avaient reçu qu’une seule dose de vaccin.

« Les camionneurs étrangers non vaccinés ou partiellement vaccinés, y compris les Américains, se verront interdire l’entrée au Canada à compter du 15 janvier », a ajouté la porte-parole de l’Agence, Rebecca Purdy.

Il n’avait pas été possible de connaître les raisons de cette décision. Aucun nouvel échéancier n’a été évoqué.

De plus, le sursis pourrait être de courte durée.

S’ils ne sont pas complètement vaccinés, les camionneurs pourraient se voir refuser l’entrée aux États-Unis à compter du 22 janvier, selon plusieurs médias américains. Cette date n’a toutefois pas officiellement été confirmée par l’administration Biden.

« Pour l’instant, on parle d’un délai d’une semaine, ce qui n’est certainement pas suffisant pour accélérer la tendance de ceux qui vont vers les premiers vaccins, a souligné à La Presse le président de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), Marc Cadieux. C’est un peu d’oxygène, mais cela ne sera pas suffisant. »

L’industrie du camionnage et le milieu des affaires – qui se disent favorables à la vaccination – demandaient au gouvernement Trudeau d’attendre encore quelques mois avant de serrer la vis aux camionneurs non vaccinés. Ils anticipaient un nouveau défi logistique qui aurait accentué la pression sur les chaînes d’approvisionnement, déjà fragilisées depuis le début de la pandémie.

« Cela démontre une ouverture par rapport à la fermeture qu’il y avait jusqu’à présent, estime la présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx. Avec l’approche de la date butoir, on semble réaliser qu’il pourrait y avoir des pénuries. Ça démontre qu’il y a quand même une réflexion qui se fait. »

Actuellement, on estime qu’il y a 120 000 camionneurs canadiens qui effectuent des trajets transfrontaliers. Quelque 40 000 titulaires d’un permis américain le font aussi.

Problèmes des deux côtés

L’exigence de vaccination exacerberait la rareté des chauffeurs dans une industrie déjà touchée par une pénurie de main-d’œuvre depuis plusieurs années. Selon l’ACQ, le taux de vaccination dans l’industrie correspond au portrait provincial. Au Québec, près de 82 % de la population âgée de 5 ans et plus a reçu au moins deux doses de vaccin.

La problématique aurait des répercussions à la fois pour les importateurs et pour les exportateurs. Selon les plus récentes données du ministère des Transports du Québec, environ 70 % de la valeur des échanges entre le Québec et les marchés du nord-est des États-Unis est acheminée par camion.

« Les ordres de gouvernement semblent avoir saisi l’enjeu économique. Ce n’est pas juste un enjeu de transport routier, mais un enjeu économique de plusieurs millions de dollars. Nous aurons un sursis pour faire une démonstration complète. »

— Marc Cadieux, président de l’Association du camionnage du Québec

À l’approche du 15 janvier, des entreprises de transport avaient indiqué à La Presse que les exigences d’Ottawa se traduiraient par une diminution de la capacité disponible pour transporter des marchandises. Certaines avaient déjà identifié les chauffeurs qui ne répondraient plus aux exigences pour effectuer l’aller-retour aux États-Unis.

Les fruits et légumes importés sont très présents dans les supermarchés en hiver. Des distributeurs de fruits et légumes avaient déjà commencé à s’adapter dans l’espoir d’atténuer une potentielle augmentation des coûts de transport.

« Il a fallu que l’on change nos habitudes d’achat, explique Guy Milette, vice-président directeur de Courchesne Larose, entreprise d’importation et de distribution de fruits et légumes. Nous réservons des camions deux, trois ou quatre jours à l’avance. On s’adapte pour obtenir les voyages dont nous avons besoin, mais les prix sont plus élevés. »

Selon la présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la distribution de fruits et de légumes (AQDFL), Sophie Perreault, un « voyage depuis la Californie coûtait entre 7000 $ et 8000 $ ». Signe qu’une diminution de la capacité de transport était anticipée, les prix se maintenaient aux alentours de 10 000 $ depuis le début de l’année, a-t-elle expliqué.

12 000

L’Alliance canadienne du camionnage estime qu’il s’agit du nombre de chauffeurs canadiens qui ne pourraient plus traverser la frontière canado-américaine en raison des exigences de vaccination.

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