Clin d'oeil

« Puis-je avoir une chambre avec vue sur ma maison ? »

— Un voyageur en quarantaine à l’hôtel

Cerf de Virginie

Le syndrome de Longueuil

Décidément, cette année, le cerf de Virginie a la cote ! Il y a eu l’affaire de Longueuil et une série de nouvelles tristes concernant la destruction de son habitat. Que l’on pense à l’affaire du golf métropolitain à Anjou qui va se transformer en un immense centre commercial avec la mise en place d’un Costco pour entreprises ou encore au ravage de chevreuils d’Armstrong (ZEC Jaro), le plus gros de la Beauce, qui disparaît peu à peu.

Dans ce cas, ce sont principalement l’exploitation forestière de l’entreprise Domtar et le tri effectué par les acériculteurs, au détriment des peuplements forestiers de résineux et d’espèces accompagnatrices, qui sont en cause. La dernière nouvelle concerne la position de la mairesse de Sainte-Anne-de-Bellevue, qui désire interdire la chasse sur son territoire, qui résultera, tôt ou tard, par des problèmes de surutilisation du milieu.

En plus de ces dossiers encore chauds, j’ai reçu des informations anonymes en provenance d’Eastman à propos de construction d’habitations majeurs en plein dans l’habitat du cerf de Virginie. Selon les informations fournies, il s’agit de projets visant essentiellement le confort des acheteurs avec la construction d’habitations isolées sur plus d’un lot afin d’éviter le voisinage… avec pour conséquence la destruction de la forêt sur de grandes superficies en plein dans l’habitat du cerf. Une antithèse au principe de développement durable, cheval de bataille si cher à nos politiciens en campagne électorale qui se transforme en âne après les élections ! Dès les mesures de confinement levées, je vais aller constater l’ampleur du problème de visu.

L’interdiction de chasse à Sainte-Anne-de-Bellevue pourrait, si aucune autre mesure n’est appliquée, résulter en un second « syndrome de Longueuil ». En effet, la combinaison de l’arrêt de la chasse, du contrôle des populations de coyotes, seul prédateur du cerf encore présent dans l’île de Montréal, et la perte de nombreux habitats, causée, entre autres, par le développement du REM, risque de provoquer une surpopulation de cerfs dans cette partie de l’île. Est-ce que les autorités municipales vont être capables de gérer cette surabondance selon les us et coutumes en aménagement de la faune malgré les inévitables tollés qui vont s’élever. J’en doute à la lumière du cas de Longueuil qui vient tout juste de se régler avec le refus du comité d’éthique formé à cet effet d’autoriser le déplacement des cerfs (le gros bon sens l’emporte enfin) du je-m’en-foutisme à peine voilé du gouvernement provincial actuel en ce qui concerne la protection des habitats naturels.

Les exemples ne manquent pas, nommément, les projets de loi 61 et 66, la construction d’habitations dans l’île Perrot en milieu humide et, dernièrement, l’omission d’inclure 83 projets d’aires protégées dans le sud du Québec totalisant près de 20 000 km2.

La chasse périurbaine est pourtant un des moyens utilisés par les aménagistes aux États-Unis pour limiter la prolifération de ce cervidé ; pourquoi ne l’applique-t-on pas ici ? Il est vrai que la gestion d’une telle chasse n’est pas simple et ce n’est pas d’hier que les aménagistes américaines y réfléchissent. Je vous suggère une intéressante lecture à ce sujet qui date de… 19951 ! Une des façons souvent proposées, la chasse à l’arc, fait courir peu de risque aux autres usagers du territoire et serait une avenue intéressante à considérer. Ces différents usages sont compatibles avec un peu de bonne volonté et une gestion consensuelle. Mais il est bien plus facile de tout interdire que de gérer ces problématiques de manière fine en faveur des utilisateurs des ressources fauniques, petite minorité silencieuse qui ose à peine s’exprimer.

Durant ce temps, les hécatombes se multiplient dans l’habitat du cerf un peu partout au Québec, une preuve supplémentaire de l’insouciance gouvernementale envers laconservation de ces milieux. Les cas relatés ici n’ont soulevé aucune protestation ou aucun témoignage émouvant en faveur de la sauvegarde de ces milieux pourtant essentiels à la survie du cerf de Virginie ! Où sont donc les amoureux de la nature et les survivants du « syndrome de Longueuil » ? Fort est de constater qu’ils sont complètement détachés et inconscients des vrais enjeux et dangers qui guettent le roi de nos forêts, comme ils le nomment. N’allez pas vous demander pourquoi c’est également le cas chez nos dirigeants, qui ne sont que le reflet de la majorité de ceux qui les élisent ! Une fois de plus, on a perdu de vue les valeurs écologiques de base que sont la conservation des habitats et une saine gestion des cheptels fauniques, en particulier lorsqu’elle implique des prélèvements comme mesure de contrôle. Elles ne visent, dans le fond, que la conservation et la mise en valeur durable de cette ressource unique qu’est le cerf de Virginie au Québec. N’est-ce pas ce qui est réellement souhaitable pour cette espèce ?

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