L’armée d’Edward

Quand des écoterroristes kidnappent le président américain

L’armée d’Edward

Christophe Agnus

Robert Laffont

514 pages

***1/2

Et si un groupe écoterroriste enlevait le président Trump ? Et s’il lui faisait goûter aux conséquences des changements climatiques et de ses politiques anti-immigration ? Et si le même groupe enlevait une vingtaine de personnalités malhonnêtes et les stationnait dans une île déserte, dans une sorte de mortelle téléréalité ?

C’est le sujet de L’armée d’Edward, le premier roman d’un ancien grand reporter, un pionnier de l’internet français et un grand amoureux de la mer, Christophe Agnus.

Pour être exact, il ne s’agit pas strictement de Donald Trump qu’on kidnappe, c’est son successeur, Mick Faeker. Sauf que... sa description physique, sa personnalité, ses habitudes, tout cela ramène à Donald Trump. Un exemple : le président se fait enlever alors qu’il s’apprête à frapper sa première balle au club de golf de Jupiter, en Floride.

C’est une scène particulièrement satisfaisante (et totalement loufoque) pour quiconque ne porte pas Trump dans son cœur. C’est d’ailleurs le grand plaisir de ce thriller : voir le président, sorte de grand bébé gâté, se dépatouiller dans les situations difficiles que traversent les déshérités de la société.

L’autre plaisir coupable, c’est d’observer la petite communauté de personnalités riches, célèbres et véreuses essayer de survivre en s’arrachant quelques noix de coco.

C’est aussi de suivre ce qui se passe à la Maison-Blanche en cette période de crise : comment le vice-président et le chef de cabinet du président Trump (oups, Faeker...) manœuvrent pour essayer de profiter de la situation. Et comment le groupe écoterroriste se joue d’eux en envoyant le FBI, la CIA et tutti quanti sur de fausses pistes.

Le lecteur a quelques mystères à résoudre : qui donc est le chef du groupe écoterroriste, le mystérieux Omen ? Comment a-t-il pu prendre le contrôle des milliards de dollars qui ont été nécessaires pour monter cette opération gigantesque ?

Les rebondissements se succèdent, on passe d’un site d’opération à un autre dans une suite de petits chapitres qui se dévorent facilement.

Même si l’auteur prend bien soin d’exposer les justifications des écoterroristes et d’expliquer les technologies d’avant-garde utilisées pour réaliser ce coup fumant, il reste quelques invraisemblances. Mais pourquoi bouder son plaisir ? Ce n’est pas tous les jours qu’on voit Donald Trump (oups, Mick Faeker...) passer des heures à ramasser des patates douces.

Le trou

Dans les arcanes de la société islandaise

Le trou

Yrsa Sigurðardottir

Traduit de l’islandais par Catherine Mercy et Véronique Mercy

Actes Sud

336 pages

***1/2

L’Islandaise Yrsa Sigurðardottir n’est peut-être pas aussi connue que son confrère Arnaldur Indridason, mais ses romans policiers où elle décrit au passage les zones d’ombre de la petite nation font d’elle l’une des grandes voix du polar nordique. Cette enquête est la quatrième mettant en scène ses deux héros, le policier Huldar et la psychologue pour enfants Freyja, qui travaille également au service de protection de la jeunesse ; même si l’on y fait quelques références aux titres précédents, il n’est pas indispensable de les avoir lus.

Les fils s’enchevêtrent habilement après la découverte d’un homme pendu sur une potence. Chez lui, les policiers retrouvent un petit garçon qui ignore comment il est arrivé dans son appartement, alors que rien ne lie les deux personnages. Les enquêteurs s’acharnent à retrouver les parents de l’enfant tout en recherchant le meurtrier. Jusqu’au bout, on les suivra sur de fausses pistes sans se douter un instant de l’issue inattendue de l’affaire, qui sert également de prétexte à l’autrice pour aborder la question de la violence faite aux femmes.

En plus de cette intrigue bien menée, on a droit en outre à des personnages sympathiques qui viennent instiller une touche de légèreté à l’enquête – à savoir un policier romantique qui joue les séducteurs, une cheffe de brigade à l’humeur massacrante et une jeune stagiaire un peu trop zélée qui doit subir ses récriminations – et qui nous sortent de l’ambiance parfois pesante du roman noir.

— Laila Maalouf, La Presse

La chambre du fils

Enquêteurs de père en fille

La chambre du fils

Jørn Lier Horst

Traduit du norvégien par Aude Pasquier

Gallimard

480 pages

***1/2

L’inspecteur Wisting et sa fille journaliste Line se sont rapidement imposés, ces dernières années, parmi les héros incontournables du polar scandinave. Même s’ils se sont souvent retrouvés à enquêter en parallèle dans les cinq premiers romans de la série, c’est ici la première fois qu’ils travaillent officiellement ensemble.

Lorsque des cartons remplis de billets en devises sont découverts dans le chalet d’un ancien ministre qui vient de mourir, Wisting est chargé de trouver leur provenance en toute confidentialité. Il enrôle ainsi sa fille dans la petite équipe qu’il doit constituer dans le plus grand secret en lui confiant la mission de fouiller dans le passé du personnage public.

On se fait embarquer sans préambule dans le cœur de cette enquête où l’aspect technique est comme toujours bien détaillé, puisque l’auteur est un ancien policier. La tension monte entre père et fille à mesure qu’ils rouvrent deux vieilles affaires non élucidées, mais Line réussit à prouver une fois de plus ses talents d’enquêtrice redoutable, allant jusqu’à courir des risques qui la mettent en danger, malgré le fait qu’elle doit composer avec sa nouvelle réalité de mère célibataire.

Bien que l’intrigue soit indéniablement prenante, force est d’admettre que, pour la première fois dans la série, on note une tendance au sensationnalisme dans le dénouement de même qu’une certaine mécanique dans le déroulement de l’enquête qui n’a pas réussi à susciter le même enthousiasme que les titres précédents. Si Wisting demeure pour l’instant un héros à suivre, la recette fonctionnera-t-elle encore longtemps ?

— Laila Maalouf, La Presse

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