La continuité de l’État (pour le meilleur et pour le pire)

Les hommes et les femmes peuvent partir, mais les institutions demeurent. C’est ainsi que le premier ministre François Legault a choisi de présenter le départ du DHoracio Arruda. Un départ regrettable, mais normal après 22 mois de gestion d’une horrible pandémie.

Et tout le monde a souligné à quel point le DArruda n’avait pas démérité, malgré la campagne de dénigrement des dernières semaines, qui reflétait le ras-le-bol de la population, mais qui oubliait qu’il y a deux ans, on ne savait absolument rien de ce virus et que tout le monde – et pas juste le DArruda – a été obligé de procéder par essais et erreurs.

Mais pas question d’utiliser le changement de garde pour clarifier le double rôle du directeur national de santé publique et de sous-ministre adjoint. C’est sans doute ce qui a le plus nui au DArruda, soit d’être obligé d’être à la fois le premier conseiller du gouvernement sur les questions de santé publique et d’être mis dans la situation d’expliquer les décisions de ses patrons politiques.

Même sans changer les structures – même s’il le faudrait –, il faudra éviter de mettre le successeur du DArruda, que ce soit le DLuc Boileau ou un autre, dans la même situation.

Le moment où la difficulté de ce double mandat a été le plus évident fut en décembre dernier quand le premier ministre Legault a dit vouloir permettre des rassemblements de 25 personnes à Noël, au début du mois, ce qui a finalement été ramené à 20, puis à 10 personnes trois jours avant la fête.

De toute évidence, la Santé publique trouvait que cela était périlleux alors qu’on voyait venir la vague Omicron, mais le patron avait parlé. Et le patron, c’est le premier ministre, le décideur politique.

Cela dit, il ne faut pas lire trop de choses dans les deux chapeaux que devait porter M. Arruda. Que ce soit le directeur de santé publique ou le sous-ministre, la seule porte de sortie si on n’est pas d’accord avec le patron est de démissionner. Une clarification des rôles reste cependant utile, ne serait-ce que pour donner plus de crédibilité au titulaire de la fonction.

Mais la continuité de l’État s’est exprimée de façon beaucoup plus triste au cours de ce point de presse. Ce gouvernement populiste a sorti un autre lapin de son chapeau sous la forme d’une « contribution santé » pour les citoyens non vaccinés. Une autre solution simple à un problème complexe dont ce gouvernement a le secret.

Voilà qui devrait être très populaire – on peut parier qu’à Québec, on a déjà des sondages favorables en main –, puisque le gouvernement n’a cessé de répéter à quel point les non-vaccinés sont responsables de la situation actuelle d’un système de santé qui est au point de rupture.

Sauf que cela remet en question un principe fondamental de notre système de santé : l’universalité. On ne refuse pas de traiter les cancers du poumon de ceux qui ont fumé toute leur vie. On ne refuse pas de traiter le diabète ou les maladies cardiaques de ceux qui ont eu de mauvaises habitudes de vie. On ne leur fait pas payer de supplément non plus.

Et nul besoin d’être du groupe des antivaccins pour être inquiet et de se demander jusqu’où on pourrait étendre un tel principe.

En plus, il est probable que la mesure viole la Loi canadienne sur la santé, qui prévoit que l’universalité de notre système d’assurance maladie « suppose qu’au titre du régime provincial d’assurance-santé, 100 % des assurés de la province ait droit aux services de santé assurés prévus par celui-ci, selon des modalités uniformes ».

Cela pourrait aussi violer des articles de la Loi sur l’accessibilité à l’assurance-santé, qui oblige à offrir « les services de santé assurés selon des modalités uniformes et ne fasse pas obstacle, directement ou indirectement, et notamment par facturation aux assurés, à un accès satisfaisant par eux à ces services ».

Peut-être ou même probablement illégal, mais ce gouvernement a déjà montré que c’était de bien faible importance quand il s’agissait de faire adopter une mesure qu’il estimait être populaire. Surtout quand ça permet, en prime, de casser du sucre sur le dos du gouvernement fédéral.

Et pendant qu’on parlera de cette contribution santé, on oubliera les cafouillages dans la distribution des tests rapides, les inquiétudes des parents et des enseignants quant à la rentrée scolaire ou des classes qui ne sont toujours pas ventilées adéquatement. Ou encore que le Québec reste, malgré tout, la province où, par habitant, il y a eu le plus de décès attribuables à la COVID-19.

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