Deux fois plutôt qu’une

Jamais un président des États-Unis n’avait été mis en accusation deux fois par la Chambre des représentants dans le cadre d’une procédure de destitution. Jamais avant Donald Trump.

« Personne n'est au-dessus de la loi »

New York — Jamais un président des États-Unis n’avait été mis en accusation deux fois par la Chambre des représentants dans le cadre d’une procédure de destitution.

Jamais les représentants du parti présidentiel n’avaient été aussi nombreux à voter en faveur de son impeachment.

Jamais un procès en destitution visant un président n’a été tenu après son départ de la Maison-Blanche. La présidence de Donald Trump aura été marquée par d’innombrables entorses à la tradition. Mais personne n’aurait pu penser qu’elle prendrait fin dans une série de précédents dont les conséquences sont aussi incertaines et potentiellement explosives.

À une semaine seulement de son départ de la Maison-Blanche, Donald Trump a vu la Chambre des représentants adopter un article d’impeachment l’accusant d’incitation à l’insurrection et le reléguant au rang de paria.

La mise en accusation a été adoptée mercredi après-midi par 232 voix contre 197, une semaine seulement après l’assaut meurtrier du Capitole des États-Unis par des centaines, voire des milliers de partisans de Donald Trump. Encouragés par le président à « marcher » vers ce temple de la démocratie américaine, les insurgés voulaient stopper la certification des résultats de l’élection présidentielle. Certains appelaient même à l’exécution par pendaison du vice-président Mike Pence, qui présidait cette formalité.

Dix républicains ont voté en faveur de la mise en accusation, y compris Liz Cheney, numéro trois du parti à la Chambre. D’autres se sont opposés à cet impeachment mené tambour battant, tout en critiquant Donald Trump.

« Le président porte la responsabilité de l’attaque [du 6 janvier] contre le Congrès par la foule des émeutiers. »

— Kevin McCarthy, chef des républicains à la Chambre des représentants

« Il aurait dû immédiatement dénoncer la foule quand il a vu ce qui se passait », a déclaré Kevin McCarthy, chef des républicains à la Chambre.

Aucun représentant républicain n’avait voté en faveur de la mise en accusation de Donald Trump en décembre 2019 pour son rôle dans l’affaire ukrainienne.

Un procès après le 20 janvier

Le deuxième procès en destitution de Donald Trump devrait avoir lieu après le 20 janvier, date de l’investiture de Joe Biden à titre de 46e président. La journée marquera également le transfert de la majorité au Sénat des républicains aux démocrates.

En théorie, le chef de la majorité actuelle, Mitch McConnell, pourrait donner le feu vert à l’ouverture d’un procès en destitution avant le départ du 45e président du 1600 Pennsylvania Avenue. Mais il a refusé une demande en ce sens formulée par le futur chef de la majorité, Chuck Schumer.

« Compte tenu des règles, des procédures et des précédents du Sénat qui régissent les procès en destitution, il n’y a tout simplement aucune chance qu’un procès équitable ou sérieux puisse se conclure avant que le président désigné Biden ne prête serment la semaine prochaine », a déclaré le sénateur McConnell dans un communiqué diffusé après le vote de mise en accusation de la Chambre.

Le sénateur Schumer a assuré de son côté que Donald Trump sera jugé par le Sénat, avec ou sans la collaboration de Mitch McConnell.

« Ne vous y trompez pas, il y aura un procès en destitution au Sénat des États-Unis ; il y aura un vote de condamnation du président pour crimes et délits majeurs ; et si le président est condamné, il y aura un vote visant à lui interdire de se présenter à nouveau. »

— Le sénateur Chuck Schumer, dans un communiqué

Un vote pour condamner le président nécessiterait l’appui d’au moins 17 sénateurs républicains. Un seul sénateur du GOP – Mitt Romney – avait voté en faveur de la destitution de Donald Trump après sa première mise en accusation.

Mitch McConnell n’a pas écarté la possibilité de voter cette fois-ci pour la condamnation de l’occupant actuel de la Maison-Blanche. Les médias américains croient savoir qu’il aimerait bien trouver un moyen de purger le Parti républicain de son influence. Sa décision finale pourrait être déterminante.

Trump condamne la violence

Donald Trump n’a pas commenté publiquement sa deuxième mise en accusation par la Chambre. Dans une vidéo diffusée par les chaînes de télévision et le compte Twitter de la Maison-Blanche, entre autres, il a lancé un appel au calme et condamné les violences politiques de la semaine dernière.

« Aucun de mes véritables partisans ne pourrait être favorable à la violence politique », a-t-il déclaré au moment où des groupes d’extrême droite annoncent des manifestations armées à Washington et dans les capitales des 50 États américains du 16 au 20 janvier.

« Si vous faites cela, vous ne soutenez pas notre mouvement, vous l’attaquez, vous attaquez notre pays. Nous ne pouvons le tolérer. »

— Donald Trump, dans une vidéo diffusée sur le compte Twitter de la Maison-Blanche

Une semaine plus tôt, Donald Trump qualifiait les émeutiers du Capitole de « patriotes ». Une semaine plus tard, il n’a exprimé aucun regret pour son rôle dans les violences perpétrées par ses partisans. Il n’est pas non plus revenu sur ses fausses allégations concernant l’élection présidentielle. Il a plutôt choisi de finir son intervention en dénonçant « l’assaut sans précédent contre la liberté d’expression » dont sont responsables selon lui Twitter, Facebook et les autres géants de l’internet.

Réactions divisées

Dans sa réaction à la mise en accusation de Donald Trump, Joe Biden a émis le souhait que le procès en destitution à venir n’éclipse pas trop le début de sa présidence. « J’espère que les dirigeants du Sénat trouveront un moyen de s’acquitter de leurs responsabilités constitutionnelles en matière de destitution tout en travaillant sur les autres affaires urgentes de cette nation », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Après le vote sur la mise en accusation de Donald Trump, la présidente de la Chambre Nancy Pelosi a signé devant la presse l’article d’impeachment fraîchement adopté.

« Personne n’est au-dessus de la loi, pas même le président », a-t-elle dit en qualifiant Donald Trump de « danger clair et présent pour le pays ».

Plusieurs représentants républicains ont défendu Donald Trump en accusant les démocrates d’hypocrisie.

« Les démocrates ont payé la caution des émeutiers et des pillards de l’été dernier, mais quand les républicains condamnent toute violence – la violence de l’été dernier et celle de la semaine dernière –, nous nous trompons », a déclaré le représentant républicain de l’Ohio Jim Jordan.

D’autres ont affirmé que les démocrates jetaient de l’huile sur le feu en mettant en accusation Donald Trump à une semaine de la fin de sa présidence.

Samantha Power nommée à l’aide au développement international

Le président désigné des États-Unis Joe Biden a nommé mercredi l’ex-ambassadrice à l’ONU Samantha Power, une militante de la diplomatie humanitaire, à la tête de l’agence chargée de l’aide publique au développement, avec un rôle renforcé par rapport à ses prédécesseurs. Si le Sénat confirme sa nomination comme administratrice de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), elle siégera au sein du Conseil de sécurité nationale – signe de l’importance inédite que le démocrate veut donner à ce dossier. Et elle sera la personnalité la plus connue jamais désignée pour ce rôle. Un contraste saisissant avec la présidence de Donald Trump, qui n’a cessé de vouloir réduire l’aide américaine en affirmant que l’argent du contribuable devait servir d’abord aux Américains. « Samantha Power est une voix de la conscience et de la clarté morale mondialement connue, qui stimule et rassemble la communauté internationale pour défendre la dignité et l’humanité de tout le monde », a déclaré Joe Biden dans un communiqué.

— Agence France-Presse

Mise en accusation de Trump

Ottawa exerce son droit de réserve

Ottawa — Le gouvernement Trudeau use de prudence en refusant de commenter l’adoption de l’acte d’accusation contre Donald Trump. Au Bloc, le chef Yves-François Blanchet a pour sa part souligné qu’une destitution du 45e président des États-Unis comporterait des « avantages ».

Pour toute réaction, le bureau du premier ministre a référé aux propos tenus par celui-ci la semaine passée.

Vendredi dernier, Justin Trudeau y était allé de son commentaire sans doute le plus incisif à l’endroit de Donald Trump, accusant ce dernier d’avoir une bonne part de responsabilité dans l’assaut meurtrier du siège du Congrès américain.

« On a tous été choqués de voir des extrémistes incités par le président agir avec autant de violence pour saccager le Capitole […]. On a tous vu ce que le président a dit, on a tous vu les scènes horrifiantes d’une foule violente qui voulait renverser les institutions démocratiques aux États-Unis », avait-il dénoncé.

L’émeute du 6 janvier dernier, qui a fait au moins cinq victimes, a semé la consternation au sein de la classe politique canadienne. Les chefs de tous les partis, à l’exception du conservateur Erin O’Toole, ont blâmé l’actuel locataire de la Maison-Blanche.

Invité à commenter le vote historique de mercredi à la Chambre des représentants, le leader bloquiste Yves-François Blanchet a plaidé en entrevue qu’il souhaitait « rester assez prudent, parce qu’il faut toujours hésiter avant de se mêler d’affaires intérieures d’un autre pays ».

Il s’est tout de même permis d’arguer que si le processus de destitution aboutissait, « ça aurait l’avantage qu’il [Donald Trump] n’aurait plus les avantages d’un ancien président et qu’il ne pourrait plus occuper de charge publique ».

Le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique n’ont pas offert de réaction à ce dénouement au sud de la frontière.

Assaut du Capitole

Le nageur champion olympique Klete Keller inculpé

Le champion olympique américain de natation Klete Keller a été inculpé par le ministère de la Justice mercredi pour sa probable participation aux violences du 6 janvier. Dans plusieurs vidéos, on peut voir Klete Keller au milieu de la foule présente illégalement dans la Rotonde du siège du Parlement américain, identifié grâce à ce qui ressemble à une veste officielle de l’équipe olympique américaine, comprenant un énorme logo « USA » dans le dos. Klete Keller a été inculpé d’intrusion illégale au Capitole, de conduite violente ou troubles à l’ordre public, et d’obstruction aux forces de l’ordre.

— Agence France-Presse

New York coupe ses liens avec la Trump Organization

New York, ville natale de Donald Trump, s’est ajoutée mercredi aux organisations qui ne veulent plus faire affaire avec son entreprise : le maire démocrate a annoncé que la ville mettait fin aux contrats qui confiaient à la Trump Organization l’exploitation d’un manège et de deux patinoires de Central Park ainsi que d’un terrain de golf du Bronx. Le maire, Bill de Blasio, a expliqué que ses juristes avaient conclu qu’après les violences du Capitole du 6 janvier, la Ville était dans son droit d’interrompre ces contrats, d’une valeur de quelque 17 millions de dollars par an. « Si une entreprise ou la direction d’une entreprise participe à des activités criminelles, nous avons le droit d’y mettre fin. Inciter à l’insurrection contre le gouvernement constitue clairement une activité criminelle », a-t-il affirmé.

— Agence France-Presse

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