Crise du logement

Pression accrue sur les services de garde en milieu familial

En quatre ans, le Québec a perdu environ 18 500 places dans les services de garde en milieu familial, indiquent des données du ministère de la Famille. La crise du logement contribue au problème.

En 2018, le ministère de la Famille recensait 13 439 personnes responsables d’un service de garde éducatif en milieu familial. Elles offraient un total de 84 867 places. En 2022, on dénombrait 10 684 responsables, ce qui équivaut à 66 338 places.

En quatre ans, le Québec a donc perdu 20 % (2755) de ses responsables et 22 % (18 529) de ses places dans des services de garde en milieu familial, tandis que bien des parents cherchent à faire garder leurs enfants.

« Les prix sont épouvantables »

« Il y a de 250 à 300 places que je pourrais donner, et j’ai des requérantes. Le gros problème, c’est qu’elles ne trouvent pas de logements », dénonce la directrice générale du bureau coordonnateur La Trottinette Carottée, Geneviève Lemay, qui couvre Villeray et La Petite-Patrie. « Les prix sont épouvantables. »

Sophie Lemieux a ouvert sa garderie à domicile alors qu’elle était propriétaire de son condo, en 2016. Des travaux de démolition chez son voisin ont endommagé son logement jusqu’à la perte totale, ce qui l’a poussée hors de chez elle. Depuis deux ans, elle puise par passion dans ses économies pour faire fonctionner son service de garde sur le Plateau Mont-Royal. Elle ne peut pas continuer éternellement.

« Mon logement est grand et beau, mais je fais environ 4000 $ par mois, et mon loyer est de 3000 $, illustre-t-elle. Je suis en train de regarder pour trouver un logement moins cher, dans le même secteur. Je ne trouve rien. »

« Je me retrouve devant un choix terrible : soit je paie presque mon salaire entier, soit je ferme. »

– Sophie Lemieux, qui tient une garderie sur le Plateau Mont-Royal

Propriétaires réticents

« Certains propriétaires ont carrément des annonces sur lesquelles il est affiché : ‟on ne veut pas de services de garde en milieu familial”, soutient Geneviève Lemay. Ça me fâche. »

À cet effet, la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ) rapporte une situation particulièrement difficile dans les bureaux coordonnateurs Enfants Soleil (Verdun), Jardin de fruits (centre-ville), du Parc (Parc-Extension) et Cavendish (Hampstead-Lachine).

Il y a une « grosse méconnaissance » des mesures qui encadrent les services de garde en milieu familial, selon Geneviève Lemay. Elle décrit ces endroits comme « calmes, propres et même impeccables ».

« Ils sont assujettis à des règlements, à des visites à l’improviste des bureaux coordonnateurs, explique-t-elle. Ce sont des personnes qui ont de bons revenus et qui veulent rester longtemps. On fait des vérifications dans leurs dossiers de police, renouvelables tous les trois ans. Il faut que ce soit A1 en termes d’hygiène et de sécurité. C’est même mieux qu’une famille normale. »

« C’est vraiment dommage que les propriétaires les refusent d’emblée. On dirait que c’est un mot qui se passe. »

– Geneviève Lemay, directrice générale du bureau coordonnateur La Trottinette Carottée

Menaces d’éviction

Place Dorchester, un immeuble résidentiel de 21 étages situé au centre-ville de Montréal, tente actuellement d’évincer cinq locataires qui y tiennent des garderies, montrent des documents de la Régie du logement obtenus par La Presse. L’établissement stipule qu’il y a trop de « va-et-vient », de bruit et d’« usure anormale des aires communes », ce qui lui « cause des préjudices sérieux ».

« La majorité des dames qu’on représente ont peur d’aller en cour », déplore Sylvana Wallace, représentante syndicale à l’Alliance des intervenantes en milieu familial de Montréal (ADIM-CSQ). « Elles préfèrent fermer que se présenter à la Régie du logement, par manque de temps et de moyens. Qu’ils utilisent l’excuse du bruit et du dérangement, je trouve ça tellement déplorable ! » Place Dorchester n’avait pas répondu à La Presse au moment d’écrire ces lignes.

Saliha, une responsable qui préfère taire son nom de famille, est passée bien près de fermer. Elle raconte avoir été contrainte de tenir son service de garde pendant quatre ans dans un immeuble « invivable » avant d’avoir la main chanceuse en trouvant un six et demi sur le Plateau pour 1600 $ par mois, en novembre 2021.

« C’était désespérant, se rappelle-t-elle. J’aime mon travail, mais je me sentais presque obligée de laisser ma carrière, d’abandonner les parents que j’ai. Les enfants, ce ne sont pas des monstres ! »

Le ministère de la Famille a quant à lui reconnu être « conscient que les enjeux liés au logement peuvent être un obstacle pour certaines personnes qui souhaiteraient ouvrir un milieu familial ». En revanche, ce dernier rappelle avoir mis en place des mesures et des subventions pour freiner cette problématique dans les derniers mois.


EN SAVOIR PLUS

37 000
Nombre de places dans les garderies que le gouvernement du Québec a promis d’ajouter au réseau d’ici 2025. La semaine dernière, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a émis des réserves quant à la possibilité d’atteindre cette cible.

Source: source  : Gouvernement du québec

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