Covid-19 éducation

Le ministre de l’Éducation présente son plan pour le retour en classes vendredi. À quoi peut-on s’attendre ? Des inquiétudes demeurent, surtout en ce qui concerne la sécurité des élèves et du personnel.

Plan de réouverture des écoles

Des questions pour le ministre de l’Éducation

Le ministre Jean-François Roberge détaillera vendredi son plan de réouverture des écoles. Au menu : la qualité de l’air dans les classes, le tutorat pour les élèves en difficulté, la réorganisation pédagogique et la santé mentale des jeunes. La Presse a demandé à des acteurs du réseau scolaire quelles sont leurs préoccupations pour la suite des choses. Tour d’horizon.

Marie Contant

Enseignante à l’école de l’Étincelle, à Montréal, qui accueille des jeunes de 4 à 12 ans atteints de l’un des troubles du spectre de l’autisme avec déficience.

« Dans mon école, il est impossible que les enfants portent le masque. Nous sommes en très grande proximité avec les élèves toute la journée : nous en avons qui ne sont pas autonomes pour leur alimentation, leurs déplacements, d’autres qui sont en couche, mordent ou crachent. Nous sommes à mi-chemin entre une école et un milieu de la santé et nous aimerions avoir accès à des tests sur une base hebdomadaire, comme dans le milieu de la santé, pour nous et nos élèves. Quand est-ce que les écoles, plus particulièrement les écoles spécialisées, auront accès à des tests salivaires rapides ? »

Éric Deguire

Directeur général du Collège St-Jean-Vianney, président de l’Association des directrices et directeurs généraux des établissements scolaires de l’enseignement privé

« Tous les spécialistes disent que ça va prendre de deux à trois ans avant de se remettre pédagogiquement et psychologiquement de cette pandémie. La santé mentale est un enjeu tant chez les jeunes et qu’au sein du personnel. Il y a de l’anxiété, on ne sait jamais ce qui s’en vient. Il y a moyen de faire autrement, de préciser les attentes maintenant. On comprend qu’on est en pandémie, mais pourquoi ne pas faire un plan de match immédiatement pour la fin de l’année scolaire et les deux prochaines années ? Va-t-on alléger le programme ? Se concentrer sur les savoirs essentiels ? »

Patricia Clermont

Porte-parole du Mouvement Je protège mon école publique, mère de deux filles en 3e année et en 1re secondaire

« Je vois autour de moi des parents qui sont contents que leurs enfants retournent à l’école, mais qui sont inquiets. On dirait qu’on n’assume pas collectivement qu’en rouvrant les écoles, on prend un risque pour la santé de tout le monde. Ma peur, c’est qu’en ouvrant une école, on ouvre un foyer de propagation. Le gouvernement est-il en train de pallier le problème des aérosols – qui sont de plus en plus admis et mis de l’avant – par des masques, seulement parce qu’on n’est pas capables de faire de la distanciation physique dans les écoles ? Si c’est ça, je suis vraiment inquiète. »

Nancy Granger

Professeure à la faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke

« Le ministre affirme que les centres de services scolaires ont tout ce qu’il faut pour mettre en place des mesures musclées pour accompagner les élèves en difficulté. On entend que l’argent est rendu, or, ces mesures peinent à être mises en place, notamment au secondaire. Comment se fait-il que plusieurs enseignants aient l’impression que sur le terrain, rien n’a véritablement changé ? »

Janot Pagé

Mère de trois enfants de 10, 12 et 15 ans

« J’ai deux grandes sportives qui sont au secondaire. Elles sont débrouillardes, trouvent de quoi s’amuser sans leur sport, mais ce n’est pas pareil. La motivation descend, les notes aussi. Il y a des jeunes qui s’en sortent très bien, mais d’autres qui sont en train de se planter. Quels sont les plans du ministre sur l’aide directe qui sera apportée aux jeunes, par exemple pour l’aide aux devoirs ? Il repousse toujours en disant : on va attendre le premier bulletin. Et sur l’accessibilité aux sports, qu’en est-il ? »

Lucie*

Technicienne en service de garde depuis 22 ans

« Je suis contente du retour à l’école des enfants, mais je m’inquiète pour ma santé et celle de mes éducatrices. Je ne veux pas m’approprier le langage des travailleurs de la santé, mais c’est inquiétant de travailler “au front”. On met à risque notre santé. Ce n’est pas vrai qu’on peut toujours être à deux mètres des élèves et que toutes les écoles ont été testées pour la ventilation. On n’a pas de consignes claires de M. Roberge, on doit toujours se fier à notre interprétation. Je présume que le masque sera obligatoire pour les 5e et 6e année au service de garde, mais on ne le sait pas. Le personnel des écoles sera-t-il priorisé dans la vaccination ? »

* Parce que son employeur lui interdit de parler aux médias, la technicienne a demandé que son nom soit modifié.

Sécuritaire, la rentrée scolaire ?

Avec un taux de positivité de 12,3 % sur l’ensemble de l’île de Montréal au cours des 28 derniers jours, la fréquentation scolaire, qui demeure obligatoire, est-elle sécuritaire ?

Le taux de positivité est l’un des indicateurs les plus importants : il représente le nombre de personnes qui sont déclarées positives par rapport au nombre de tests effectués en une journée. Au-delà de 3 %, l’Organisation mondiale de la santé estime que des confinements régionaux ou d’autres mesures sont nécessaires.

Or, pour les 12 derniers jours, le taux de positivité à Anjou atteint par exemple 16,7 % et à Montréal-Nord, 18 % en date du 5 janvier, selon le site internet de la Santé publique de Montréal.

Parce que la pandémie ne donne aucun signe de ralentissement en Ontario, le premier ministre Doug Ford a décidé que les écoles du sud de la province resteraient fermées jusqu’au 25 janvier. Entre autres facteurs préoccupants en Ontario se trouve l’augmentation importante de ce taux de positivité, chez les enfants de 4 à 11 ans.

À la fin novembre, il était de 5,22 % dans la province pour ce groupe d’âge. À la fin décembre, il avait bondi à 15,66 %.

À New York, le syndicat des enseignants réclame quant à lui la fermeture des écoles si le taux de positivité continue d’être autour de 9 %.

Sur les réseaux sociaux et dans les reportages des derniers jours, les parents sont partagés, certains s’inquiétant surtout des retards scolaires, d’autres, surtout du risque de transmission à l’école.

Vérification faite auprès du ministère de l’Éducation, le gouvernement exige comme depuis le début un billet de médecin pour les enfants qui ne rentreront pas à l’école.

Jeudi, il n’a pas été possible d’obtenir la perspective de la Direction de santé publique de Montréal sur la rentrée scolaire. Sur Twitter, sa directrice, Mylène Drouin y est allée d’une déclaration générale, disant qu’« on a tous la même raison de respecter les nouvelles mesures : en finir avec la pandémie ! ».

Le pire scénario ?

Benoît Mâsse, chef de l’Unité de recherche clinique appliquée au CHU Sainte-Justine et professeur de santé publique à l’Université de Montréal, ne cache pas qu’il aurait préféré que les écoles restent fermées deux semaines de plus.

En décembre, rappelle-t-il, avec un collègue, il a soumis neuf scénarios à l’Institut national de santé publique du Québec. Des neuf scénarios, « c’est le pire qui se produit ».

Il est cependant conscient que les retards scolaires sont préoccupants et, oui, ses enfants retourneront en classe. Avec des adolescents, note-t-il, « l’école offre au moins un certain encadrement. S’ils ne sont pas à l’école, ils se promènent un peu partout dans le quartier. » Le DAlex Carignan, microbiologiste et infectiologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et professeur à l’Université de Sherbrooke, estime que « le fait que plus d’élèves devront porter le masque et que la vaccination devrait s’accélérer devraient aider beaucoup ».

« Il reste à espérer que la ventilation est à point dans les écoles, parce qu’une proportion significative des éclosions y sont survenues. »

— Le DAlex Carignan, microbiologiste et infectiologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS

Mais il insiste : à l’école comme dans les hôpitaux et CHSLD, la meilleure des ventilations ne peut rien si la distanciation physique n’est pas respectée. Les aérosols dont on s’inquiète sont essentiellement de courte portée, rappelle le Dr Carignan.

Un modèle tout chaud émanant des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, aux États-Unis, plaide aussi pour une discipline accrue quant aux masques et à la distanciation physique. Selon ce modèle, 59 % de toutes les transmissions auraient pour origine une personne ne présentant pas de symptômes.

Le 23 décembre, le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (une agence de l’Union européenne) écrivait que les fermetures d’écoles doivent être décidées en tout dernier recours. Comme l’ont souligné d’autres études, la fermeture d’écoles, à elle seule, a peu d’effet sur la transmission du virus. Mais l’agence européenne a précisé que son avis ne tenait pas compte du nouveau variant dont l’effet sur la transmission est encore méconnu.

Une question qui divise

La question des écoles divise un peu partout. Au Québec, les syndicats d’enseignants sont favorables à leur ouverture, contrairement à ceux de New York (le gouverneur de New York, Andrew Cuomo étant quant à lui résolument favorable à un enseignement en personne).

Chez les médecins, aussi bien au Québec qu’en Ontario, aucun consensus non plus et les associations médicales n’ont pas encore publié de nouveaux avis officiels sur l’ouverture des écoles.

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