Bilan

Regard sur 2021 avec David Goudreault

Tout au long de 2021, la rédaction de L’Itinéraire a tenu un journal de bord des actualités quotidiennes, nationales et internationales. Ce journal a été envoyé à David Goudreault pour qu’il nous livre son regard sur ces évènements qu’on a tendance à oublier au fil du temps.

Pour le romancier, poète, travailleur social et ami de L’Itinéraire, ces 12 derniers mois ont été marqués par des « tragédies transversales », liées évidemment à la pandémie, mais aussi à la polarisation des idées, au confinement et reconfinement. Impossible donc, selon lui, de passer outre les tensions sociales qui ont été (et sont encore) au cœur de l’actualité.

La prise d’assaut du Capitole

Il y a eu ce 6 janvier. Le Capitole, symbole de la démocratie américaine, est pris d’assaut par les partisans de Trump dans une dernière tentative de bloquer la certification des résultats du vote de l’élection présidentielle américaine de 2020 qui désigne Joe Biden comme le 46président des États-Unis. Les réactions nationales et internationales s’accumulent et les condamnations aussi. Trump doit finalement admettre sa défaite et promettre une transition harmonieuse avec Biden. Cinq morts sont à déplorer.

« Ça a été extrêmement fort au niveau symbolique, de même que pour l’image envoyée. Ç’a donné une certaine vision de la décadence dans laquelle le monde peut plonger quand des institutions comme celles-là sont prises d’assaut. »

— David Goudreault

L’auteur souligne alors toute cette histoire autour de la procédure de destitution de Trump qui n’a finalement pas abouti, mais qui aurait permis de questionner notre rapport à la justice. « Une redéfinition du système judiciaire s’est faite, pour le meilleur et pour le pire, notamment avec notre rapport aux réseaux sociaux. Tout cela faisait suite aux décisions qui nous ont laissés perplexes en tant que société, comme dans le cas des affaires Rozon et Salvail. » C’est la raison pour laquelle il plaide pour une réappropriation du système judiciaire qui devrait être faite par la population afin d’éviter que « justice se fasse par le tribunal médiéval des réseaux sociaux ».

Morts dans la rue

Il y a eu les morts choquantes d’Autochtones en situation d’itinérance qui ont marqué 2021. D’abord celle de Raphaël André l’hiver dernier. L’homme innu a été trouvé gelé dans une toilette chimique à deux pas d’un refuge fermé en raison de la pandémie.

Ce drame arrive un peu moins de quatre mois après la mort de Joyce Echaquan, cette femme atikamekw décédée tragiquement au centre hospitalier de Lanaudière, à Joliette. « Ce sont deux visages d’une même réalité », pense le slammeur.

« Toute la question du racisme systémique s’applique particulièrement aux Premières Nations au Québec. Non seulement celui que l’on voit, mais aussi le racisme silencieux, dont sont victimes les personnes autochtones qui sont surreprésentées en itinérance. »

— David Goudreault

« On connaît les ressources et leurs problèmes, donc une responsabilité sociale n’est pas prise. »

En novembre, un nom s’est ajouté à la liste des défunts, celui d’Elisapie Pootoogook, une femme sans-abri de 61 ans, originaire de Salluit, dans le nord du Québec. Elle a été trouvée morte sur un chantier de construction, situé sur le site de l’ancien hôpital de Montréal pour enfants, au centre-ville, près du square Cabot. « Au début de l’année, il y a eu cet homme et quasiment à la fin de l’année, il y a cette femme. Qu’avons-nous fait pour éviter que cette situation-là ne se reproduise ? C’est malheureusement une réflexion qu’on n’a pas encore eue, mais qu’on devrait avoir », estime David Goudreault.

Erreur sur la personne

Arrive l’affaire très médiatisée de Mamadi Camara en janvier. C’est l’histoire d’un patrouilleur du SPVM qui est blessé par balle avec son arme de service dans l’arrondissement de Parc-Extension, à Montréal. Mamadi III Fara Camara, un étudiant d’origine guinéenne est accusé de tentative de meurtre. Ceci alors même que des témoins ont identifié une autre personne sur le lieu du crime et que la vidéo de surveillance appuyait ces dires. Il comparaît devant le tribunal et est emprisonné pendant six jours avant que le DPCP ne retire les accusations après avoir visionné la vidéo de surveillance qui l’innocentait.

« J’ai été déchiré entre tous les protagonistes de cette histoire, confie notre interlocuteur. M. Camara a été manifestement victime d’une très grande injustice, je ne peux pas présumer le profilage ou le racisme. Il y a eu une injustice, oui, et elle doit être dénoncée. Il peut aussi y avoir une injustice envers les services de police qu’on est prompt à condamner, même si on n’est pas à la mode quand on soulève cela. Ils restent des humains et la justice est un idéal. »

« Assurer la sécurité, c’est accepter que les humains qui le font soient absolument imparfaits, responsables de leurs actes aussi. »

— David Goudreault

C’est la virulence de certains propos qui interpelle David Goudreault. « J’ai l’impression qu’il y a eu de la précipitation de tout le monde, tant des policiers que du public. Il y a, je crois, un pas de recul qu’on devrait faire et que l’on fait trop peu par rapport à l’actualité, d’où la pertinence de faire un bilan de l’année. Ça nous permet de voir les moments marquants d’une année. C’est très court 12 mois à l’échelle d’une vie et surtout de la société. Des évènements dont on parle en ce moment auront d’autres échos dans 10, 20 ou 30 ans. »

Vous venez de lire un extrait d’un article qui a paru dans l’édition du 1er janvier 2022 de L’Itinéraire. Pour voir la version intégrale, vous pouvez vous la procurer sur le site de L’Itinéraire.

À voir : David Goudreault a accepté d’improviser un poème freestyle à partir de pas moins de 30 mots et thèmes suggérés par l’équipe de L’Itinéraire. Impressionnant !

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