Courrier

En isolement

Nous poursuivons la publication de vos réflexions sur la façon dont vous vivez le confinement demandé par le gouvernement Legault.

Mon conjoint et moi nous occupons à la rénovation complète d’un cabinet de toilette (tout était déjà acheté depuis un mois), et mon ménage de printemps n’a jamais été si bien fait.

— Manon Ravary

Beethoven, Mozart et les autres

J’ai 85 ans. Je vis à Saguenay. Je suis pianiste à mes heures, mais ça faisait pas mal de temps que je négligeais de jouer. Mais, voilà que depuis que je suis isolé, j’ai ressorti mes anciens cahiers de musique que je n’avais pas touchés depuis 35 ans. Je suis en plein travail tous les jours : Beethoven, Mozart et autres. Je n’aurais jamais cru revivre de bons moments comme ça, difficiles, mais merveilleux.

— Gaston Poirier, Saguenay

Souper virtuel impromptu

Je le confesse, M. Legault, mais hier soir, je ne me suis pas plié à vos supplications. J’ai participé à un souper familial impromptu d’une dizaine de personnes. La plus jeune avait 10 ans et le plus vieux, moi, en l’occurrence, 74 ans.

Quel plaisir de se retrouver malgré toutes ces consignes de plus en plus contraignantes de jour en jour ! La proposition avait été faite le matin même et tout le monde est venu. Belle initiative réussie. La table était bien animée et les plats variés, formule potluck. Les questions fusaient sur l’état d’esprit de chacun. 

D’un chalet des Laurentides, de Montréal et même de San Francisco, le rendez-vous a eu lieu à l’heure prévue. Chacun, de sa table, pouvait voir ce que les autres avaient décidé de se faire à manger. Belle initiative de mon fils qui vit à San Francisco et d’un bon logiciel de téléconférence ! Encore toutes mes excuses, M. Legault !

— Michel Gimmig

La clé pour s’en sortir

L’isolement, nous le prenons très au sérieux. Nous en sommes au jour 2 et en attente qu’un membre de la famille laisse sur notre perron de quoi « remplir » notre frigo après un mois passé en Colombie. Nous avons planifié notre retour à l’aéroport de façon à ne pas être en contact avec les personnes qui venaient nous chercher. Mon fils a laissé notre auto en marche sur le bord du trottoir aux arrivées, nous a salués de loin et est reparti avec ma sœur qui suivait quelques voitures plus loin. Maintenant, agissons avec conscience et respect, et faisons ce qu’on nous recommande : c’est la clé pour s’en sortir. 

— André Mayer

La mort de mon père

Mon père est mort dans la nuit de vendredi dans un CHSLD. Je suis le seul qui l’ait vu, isolement social oblige. Triste. Des suites d’une longue maladie, encore plus triste. Tous les arrangements ont été faits par mon frère par téléphone et par l’internet. Nous remettons à plus tard les cérémonies. Facebook m’a été d’un grand secours ; des amis que je croyais avoir perdus se sont manifestés avec sympathie et encouragement. J’ai hâte de pouvoir les embrasser et leur serrer la main.

— Daniel Lauzon

Des larmes d’inquiétude

Je m’ennuie de mes petits-enfants, c’est ça le plus dur. Je suis très content qu’ils n’aient pas l’âge de comprendre l’ampleur de cette épidémie ; de cette façon, ils continueront d’avoir de beaux sourires sans aucune inquiétude en pensant à leur grand-maman et leur grand-papa qui les adorent, avec des larmes d’inquiétude. 

— Guy Sirois, Québec

Confinés à deux

Nous avons la chance d’être confinés à deux. Alors, voilà comment se déroulent nos journées : FaceTime avec les personnes vivant seules de nos familles, cuisine, lecture, ménage de la maison, marche de quelques kilomètres, écoute de musique et du point de presse de M. Legault. Beaucoup de communications par courriel et messageries diverses pour rire et se sentir proches de ceux qu’on aime.

— Martine Brunet, Rouyn-Noranda

Ennemis viraux

C’est complètement fou. Tout notre entourage, parents, enfants, amis, famille, deviennent des ennemis viraux. Tu marches dans la rue et tu t’éloignes des passants comme s’ils étaient des virus ambulants. Dire qu’on était malheureux il y a un mois de ne pas être partis en vacances. Aujourd’hui, on est heureux d’être confinés dans notre maison. Des choix difficiles comme gérer l’épicerie, la pharmacie, les choses essentielles. Mais le plus important, c’est de rester chez soi.

— Yves Picard

Devenez « chimiotricoteuses » !

Ce que je fais ? Je tricote. Le tricot est un excellent moyen de passer le temps et en plus, il calme l’anxiété. Je fais partie des « chimiotricoteuses » : je tricote depuis huit ans des bonnets pour les cancéreuses. Le CHUM, le Jewish, Maisonneuve-Rosemont nous en remercient plusieurs fois par année. C’est un bénévolat qui se fait dans le confort de son foyer. Il n’y a pas de réunions. Alors, pourquoi ne pas profiter de votre confinement pour devenir chimiotricoteuse ? Des aiguilles, du coton, le désir d’entraide : c’est tout ce dont vous avez besoin.

— Michèle Thinel

Radio-Canada, des films, svp

Je suis une mamie de 82 ans en forme qui prend sa marche chaque jour. Je suis dans une résidence privée et confinée dans mon appartement. Je fais tout pour rester calme, je m’occupe à la lecture, à des casse-tête et à écouter de la musique. Je ne veux pas penser plus loin, c’est à ce moment que l’inquiétude augmente. Si j’ai un souhait à faire, je demanderais à Radio-Canada, sur une de ses chaînes, de nous passer un beau film dans l’après-midi, ce qui pourrait être divertissant au lieu de réentendre toutes les nouvelles du fameux virus.

— Lise Beauchamp

La vie mondiale interrompue

Nous sommes revenus du Portugal mercredi soir le 18 mars dernier et étions contents de rentrer ! Trois jours plus tard, avant-hier soir, je me suis couchée triste, frustrée et pleine d’émotions que je ne savais pas comment gérer. Je réalise que la vie mondiale vient de s’interrompe et l’incertitude prend du galon chaque heure. Que nous soyons en quarantaine est une chose, mais qu’après celle-ci, nous y serons tout de même… Et, ne plus savoir quand nous reverrons nos enfants et nos petits-enfants me fend le cœur.

— Francine Roy

Garder le moral

Pour l’instant, on écoute les nouvelles, mais on les restreint aussi en même temps. On lit, on écoute de la musique, des albums que l’on n’a pas écoutés depuis longtemps. On fait des marches. On sait que c’est important. On pense aussi que dans deux ou trois semaines, on va trouver ça difficile de ne pas voir nos enfants et nos petits-enfants… de ne plus pouvoir fêter ensemble avec notre famille et nos amis, mais on garde le moral.

— France Langlois

Par la porte-patio

Ma femme a fait des biscuits et moi des crêpes pour mes petits-enfants. Nous sommes allés leur porter et les voir à travers la porte-patio : ils étaient contents de nous voir et nous aussi.

— Dan Tremblay

Ceux qui bûchent pour nous

Derniers neuf jours à l’intérieur, chanceux d’avoir notre demeure et des enfants qui s’occupent de nous. Le plus difficile, c’est le manque de contacts, se sentir un peu prisonnière. En fait, il faut regarder ce que l’on a et remercier toutes ces personnes prêtes à nous rendre service. Un jour à la fois, merci à toutes ces personnes qui bûchent pour nous.

— Lorraine Duberger

« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés »*

Julie du Page Actrice, chroniqueuse, animatrice et blogueuse

Dans ces temps incertains et bancals, j’ai besoin d’essayer de trouver un certain ordre, un semblant d’équilibre. Cela paraît étrange, mais depuis le début de ce confinement je n’arrête pas de récurer, d’organiser, de classer frénétiquement. Ma maison n’aura jamais été aussi propre, dommage que vous ne puissiez venir prendre un verre !

Avec cette crise majeure, les émissions d’information sont les plus prisées et tel un rendez-vous télévisuel, j’attends avec impatience les points de presse de notre premier ministre, François Legault, et de son équipe. Ils ont toute mon admiration, car ils savent être à la fois rassurants, empathiques et précis. Je suis bien d’accord avec l’humoriste Adib Alkhalidey : moi aussi, j’aurais envie d’appeler M. Legault « papa » ! C’est l’homme de la situation, toutes allégeances politiques confondues. N’est-on pas fiers qu’il soit notre capitaine ?

Cet isolement permet de faire le point et remet en perspective de nombreux aspects, notamment celui des libertés individuelles, ici bousculées et entravées. Bien que notre société très individualiste ait du mal à l’accepter, nous sommes néanmoins tous en train de réévaluer notre façon de communiquer, d’échanger avec les autres, de gérer le stress lié à cette catastrophe et d’employer notre temps. Le web et les réseaux sociaux regorgent d’exemples drôles, poignants, ingénieux, partout sur le globe. Il me semble évident qu’il se dégage de tout cela un grand sentiment d’appartenance, un sens profond de la communauté et des devoirs civiques…

L’histoire de l’humanité n’en est pas à sa première pandémie ou couvre-feu de guerre. Mais pour la génération des baby-boomers, la mienne (X) ou celles qui suivent (j’exclus les personnes âgées de 90 ans et plus), c’est la première fois que nous vivons mondialement et collectivement un tel fléau.

Nous sommes en guerre, notre économie est en berne et nous vivons chaque minute dans l’expectative. Beaucoup de questions, bien peu de réponses. Quand la survie est menacée, le réflexe naturel de la peur s’installe et l’on trouve refuge dans notre cocon familial. Cette situation inédite, inconnue et humainement difficile, combien de temps pourra-t-elle durer ?

Je repense avec nostalgie à mes grands-parents français qui ont connu les affres de la Seconde Guerre mondiale et regrette amèrement le trop peu de conversations que j’ai eues avec eux sur le sujet.

Petite note à mes enfants : posez un maximum de questions à mamie et papi pendant qu’ils sont en santé. Ils seront si heureux de partager leurs souvenirs et leurs impressions. Il y a des moments qui ne reviennent malheureusement plus…

La nature ne reprend-elle pas toujours le dessus en nous confrontant à notre impuissance et à notre petitesse face à son courroux ? L’être humain a toujours eu la capacité de réagir et de s’adapter ; j’ai l’impression que cette dure épreuve dictera de nouveaux comportements de vie et de consommation.

Il y aura un « avant » et un « après », notre regard sera forcément changé. Est-ce un message que la planète nous envoie ? Bien qu’il n’y ait pas encore de statistiques, on commence à observer une eau plus bleue à Venise et une diminution de la pollution dans certains endroits névralgiques du monde. Il faudra en tirer des leçons.

Sur les coups de midi, j’ai eu besoin de sortir dehors et d’aller courir. Au loin sonnaient les cloches de l’angélus ; j’ai fermé les yeux quelques secondes et pour la première fois depuis longtemps, je me suis mise à prier.

* Les animaux malades de la peste, de Jean de La Fontaine

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