Qui sera l’agneau sacrifié ?

La direction du Canadien devra faire des choix pour respecter le plafond salarial

Marc Bergevin s’est prononcé avec franchise sur tellement de sujets lors de son point de presse, lundi, que l’une de ses plus importantes déclarations est presque passée inaperçue.

Elle portait sur la gestion du plafond salarial pour les années à venir.

« Il faut être vraiment prudent. On a des joueurs dont le contrat viendra à échéance. Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi, Alexander Romanov sont de jeunes joueurs qui auront besoin [de nouveaux contrats]. KK, c’est l’an prochain. Nick et Romy [Romanov] dans deux ans.

« Avec un plafond fixe pour au minimum deux ans, probablement plus, ça affecte d’autres joueurs. De plus en plus ça sera important de gérer notre plafond et aussi, c’est important de “rentrer” les jeunes joueurs pour remplacer les joueurs que tu ne peux te permettre de garder. »

En clair, Marc Bergevin nous prépare à la suite. À la fin de la saison actuelle. Il n’y a pas mille joueurs dont le contrat viendra à échéance à la fin de la saison. Il y en a trois : Tomas Tatar (4,8 millions), Phillip Danault (3 millions) et Joel Armia (2,6 millions). Les autres ont encore un contrat ou seront joueurs autonomes avec compensation.

On se doutait que le Canadien allait devoir sacrifier un ou deux joueurs, mais jamais Marc Bergevin ne l’avait dit de façon aussi claire, en rappelant aussi l’importance de promouvoir des jeunes pour les remplacer.

Comme le rappelait le collègue Guillaume Lefrançois mardi matin, le Canadien a déjà 66 millions investis envers 15 joueurs en prévision de la saison prochaine. Il reste donc 15 millions pour Danault, Tatar, Armia, Kotkaniemi, Artturi Lehkonen et Victor Mete. Parmi les trois derniers, joueurs autonomes avec compensation, seul Lehkonen a droit au processus d’arbitrage. Il touche 2,4 millions.

On peut encore faire une offre qualificative à Kotkaniemi sans avoir à augmenter son salaire de façon substantielle l’an prochain. Et user du même processus avec Romanov et Suzuki l’année suivante.

Mais en retenant Danault et Tatar avec une entente à long terme (ils n’exigeront rien de moins que quatre ou cinq ans), on se retrouvera coincé dans quelques saisons, d’autant plus que le plafond semble être fixé à 81 millions pour plusieurs années.

Caufield « joue très bien »

Bergevin s’est donc permis de parler des espoirs de l’organisation lundi. Si Tatar, victime de critiques de son patron, part, il faudra un ailier pour le remplacer.

Cole Caufield, 33 points, dont 17 buts, en 22 matchs au Wisconsin et candidat au trophée Hobey-Baker remis au joueur par excellence dans la NCAA, est dans le viseur de l’organisation.

Le directeur général du Canadien s’est même permis de confirmer qu’il ferait le saut dans les rangs professionnels après sa saison. Sans même exclure l’éventualité qu’il puisse se joindre au Tricolore. Il y a un an presque jour pour jour, il me confiait sa volonté de laisser Caufield mûrir au Wisconsin parce qu’il n’était pas prêt pour les rigueurs des rangs professionnels.

« Il joue très bien, a-t-il déclaré lundi. Scott Mellanby habite proche du Wisconsin et il prend l’auto pour aller le voir jouer assez régulièrement, Rob Ramage aussi. Il a beaucoup progressé dans la dernière année. C’est trop tôt pour vous dévoiler le plan exact, mais attendez-vous à le voir passer chez les pros après sa saison. Où jouera-t-il ? On verra. »

Bergevin a aussi évoqué le nom du défenseur gaucher Jordan Harris. Le jeune homme de 20 ans est lui aussi le candidat de son équipe, Northeastern, pour le trophée Hobey-Baker. Harris a 16 points en 15 matchs depuis le début de la saison dans la NCAA, au deuxième rang des compteurs de son club, toutes positions confondues.

Caufield mesure peut-être seulement 5 pi 7 po, mais Alex DeBrincat, cet attaquant des Blackhawks à la taille identique à celle de Caufield, prouve à nouveau que son gabarit ne constitue pas un handicap.

DeBrincat, un droitier comme Caufield, a 16 points en 13 matchs depuis le début de la saison à l’aile gauche du premier trio avec Pius Suter et Patrick Kane. Il marque à un rythme de 31 buts par saison depuis le début de sa carrière.

Danault est essentiel

Les postes sont moins urgents à combler en défense, surtout avec la progression du jeune défenseur droitier Cale Fleury, mais l’équipe pourrait perdre un défenseur lors du repêchage de l’élargissement des cadres. Harris, de toute façon, semble prêt pour les rangs professionnels.

Les premiers matchs de Kaiden Guhle à Laval, sans doute à compter de vendredi, nous permettront aussi de déterminer si ce défenseur de 19 ans sera à considérer pour un poste l’an prochain. Dans son cas, ce sera les rangs juniors ou la LNH en raison de son âge et des règles entre la LNH et les ligues juniors canadiennes, contrairement à Harris, qui pourrait jouer avec le Rocket.

On surveillera sans doute aussi de près à Laval d’ici la fin de l’hiver les performances de Jesse Ylönen, un ailier droit très rapide, et étonnant à son premier match. Mais une rencontre ne fait pas une carrière. Ylönen sera un autre candidat au poste d’ailier si Tatar n’est pas retenu.

Sans doute pour parer à l’éventualité du départ de Phillip Danault, on maintient Ryan Poehling au centre à Laval, même s’il a beaucoup joué à l’aile l’an dernier. Mais l’équipe se retrouverait l’an prochain avec une ligne de centre très jeune avec Suzuki, Kotkaniemi, Evans et Poehling…

Danault demeure essentiel aux succès de l’équipe à court et à moyen terme. On l’a vu une fois de plus à Toronto samedi quand il a été au cœur de la remontée du Canadien.

Mais avec 6 mentions d’aide en 15 matchs et le rôle plus défensif qu’on lui réserve à Montréal, il devra réviser ses demandes à la baisse. Il serait étonnant que Bergevin accepte de lui donner un salaire annuel supérieur à 5 millions dans le contexte actuel.

En déclarant lundi se préparer à perdre des joueurs dont le contrat arrive à échéance, Bergevin passait peut-être aussi un petit message à un centre dont il peut difficilement se passer.

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