PUBLICITÉ

L’aide promise par Google et Facebook se fait attendre

Près de deux mois après s’être engagées à fournir plus de 600 millions de dollars d’aide aux petites et aux moyennes entreprises aux prises avec la pandémie, Google et Facebook n’ont toujours pas tenu parole, du moins au Canada.

Au moins trois agences publicitaires jointes par La Presse ont affirmé n’avoir rien vu de cette aide, qui doit essentiellement être versée sous forme de crédits pour des publicités gratuites.

« Franchement, l’impression que ça donne, c’est qu’elles ont fait une annonce, puis se sont dit : “Si tout le monde oublie, c’est pas si mal” », estime Nicolas Poirier, spécialiste des plateformes publicitaires des deux entreprises.

Facebook a promis le 17 mars dernier de répartir la somme de 100 millions US (140 millions CAN) entre 30 000 petites entreprises réparties dans 30 pays. Cette aide sera versée « en espèces et en crédits publicitaires », a promis l’entreprise.

La page web mise sur pied par l’entreprise pour le programme est encore avare de précisions, sinon pour dire que les entreprises admissibles doivent compter de 2 à 50 employés, être en activité depuis plus d’un an et « avoir rencontré des difficultés liées à la COVID-19 ».

Le site n’affiche qu’un seul pays, les États-Unis, comme acceptant actuellement les candidatures, mais indique que ce bureau est fermé, sans en préciser la raison.

Interrogée par La Presse sur le délai suivant l’annonce du 17 mars, une porte-parole de Facebook au Canada a fait savoir qu’une autre annonce était prévue mardi prochain.

« Nous voulons être sûrs de bien faire les choses, en tenant compte des considérations locales dans chacun des 30 pays où nous accordons des subventions. »

— Une porte-parole de Facebook, dans un courriel à La Presse

« Cela signifie qu’il faut prendre le temps de trouver les bons partenaires pour s’assurer que les besoins des entreprises locales sont satisfaits. Nous aurons bientôt plus à partager sur le déploiement de notre programme de subventions au Canada. »

Chez Google, l’initiative annoncée le 27 mars fait partie d’un ensemble d’une valeur dépassant 800 millions US. De cette somme, 340 millions (475 millions CAN) devaient être constitués de crédits pour la plateforme Google Ads et être versés « aux petites et aux moyennes entreprises avec des comptes actifs au cours de la dernière année ».

Pour être admissibles, les entreprises devront avoir dépensé auprès de Google pendant au moins 10 des 12 mois de 2019, en plus de janvier ou de février 2020. En ce qui a trait aux critères permettant de définir une PME, Google écrit seulement qu’« [elle a] une équipe internationale chargée spécialement d’analyser les besoins des PME du monde entier et d’y répondre » et qu’« [elle travaille] avec des PME de tous les pays, que ce soit des magasins locaux ou des entreprises comptant des centaines d’employés répartis sur de nombreux sites ».

Selon une porte-parole de l’entreprise au Québec, les crédits publicitaires seront versés aux comptes des entreprises admissibles « à la fin de mai ». Il a été impossible de savoir quelle part des quelque 475 millions serait versée au Canada.

« L'application de ces crédits publicitaires aux comptes Google Ads a nécessité la création d'une nouvelle infrastructure, a indiqué la porte-parole Luiza Staniec. Comme pour tout nouveau produit, nous voulons nous assurer que nous offrons la meilleure expérience client. »

Des crédits publicitaires ont par ailleurs été versés par Google à Santé Canada et à l’Agence de la santé publique du Canada dans le cadre d’un autre volet de l’annonce de 800 millions, qui prévoit le versement de 250 millions US de crédits à l’Organisation mondiale de la santé et à des organismes gouvernementaux pour les aider à propager de l’information sur les façons de limiter la propagation du virus.

Répercussions sur les prix

Dans le cas de Google, l’intérêt d’offrir de tels crédits publicitaires est double, estime Dave Gourde, associé et président de Glassroom, agence de placement média.

« Il y a une expression anglaise qui dit qu’il n’existe pas de lunch gratuit, rappelle-t-il. Je pense qu’il y a une bonne intention derrière ça, mais il y a deux effets : en plus d’aider les entreprises, ça continue d’alimenter les plateformes de Google. »

Celles-ci, explique-t-il, fonctionnent le plus souvent par un système d’enchères. La présence dans le système de crédits publicitaires est de nature à stimuler la demande et à soutenir les prix.

Tant pour Facebook que pour Google, les crédits pourront aussi servir à retenir des clients qui auraient été tentés de regarder ailleurs, notamment du côté des médias locaux, estime M. Gourde.

« Depuis la crise, on sent une solidarité pour encourager les médias locaux. Ça peut être une crainte pour Google et Facebook. Cette notion peut être importante. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.