33e fEstival IMAGE+NATION

Une édition virtuelle et séduisante

Entièrement virtuelle à cause de la pandémie, la 33e édition du festival Image+Nation de cinéma LGBTQ+ offre une programmation record d’une centaine de films – longs, courts métrages, séries et documentaires – de grande qualité avec notamment de très beaux films sur les questions de genre.

L’édition 2020 d’Image+Nation, déjà la 33e, est une édition réconfort. D’une durée plus longue puisqu’elle commence ce jeudi 19 novembre et se termine le 6 décembre. Entièrement en ligne. Avec plus de 100 films, dont une soixantaine de longs métrages, soit 33 % de films de plus que l’an dernier, ce qui permet d’obtenir une grande variété, une meilleure représentation de la population LGBTQ+ et des films de qualité à la portée vraiment universelle.

« Ça fait du bien aux gens de se voir à l’écran et de sentir qu’ils ne sont pas tout seuls en ces temps de pandémie », dit Charlie Boudreau, l’infatigable directrice d’Image+Nation.

« On voulait depuis longtemps que les histoires LGBTQ+ soient connues plus largement. On peut donc le faire maintenant avec la présentation en ligne. »

— Charlie Boudreau, l’infatigable directrice d’Image+Nation

La programmation est offerte pour la première fois dans tout le Québec et une édition exclusive, intitulée Focus : Francophonie, est réservée au reste du Canada. Les internautes cinéphiles ont aussi la possibilité de partager un même film à distance avec leurs amis ou leur famille. « Ce sont des billets partagés pour trois différentes adresses (pour 30 $) », explique Charlie Boudreau.

La Presse a pu visionner une trentaine de films et, à une exception près, ils étaient tous bons ou très bons. Des films marquants. Notamment El Maestro, bouleversant premier film des réalisateurs argentins Cristina Tamagnini et Julián Dabien sur l’intolérance aveugle envers un professeur de village (une histoire vraie), ou encore Gossamer Folds, œuvre sensible sur la condition des transgenres, réalisée par l’Américaine Lisa Donato.

Il y a d’ailleurs beaucoup de très bons films sur les transgenres. « Il commence à y avoir une belle qualité pour les films qui parlent de trans, dit Charlie Boudreau. On essaie d’obtenir le plus de films possible sur la question de l’identité de genre. On a aussi Valentina et Alice Junior qui sont des films solides. »

Belle qualité aussi de films documentaires abordant des thèmes actuels comme la lutte des Noirs aux États-Unis dans le très énergique Unapologetic d’Ashley O’Shay.

Nous vous proposons une sélection de huit films. Parmi les autres longs métrages à ne pas manquer : No Hard Feelings, Los Fuertes, Monsoon, El Cazador, The Lawyer, Minyan, Shiva Baby, Alice Junior, I Am Syd Stone et Are We Lost Forever.

Gossamer Folds

2020, Lisa Donato (États-Unis). En anglais.

Une histoire d’amitié entre deux voisins. Tate, un garçon de 10 ans, et Gossamer, une transgenre de 25 ans, vivent chacun des défis personnels et profitent de la chaleur de leurs rencontres. Un excellent drame, d’une grande humanité avec des acteurs talentueux, notamment Jackson Robert Scott dans le rôle de Tate et Alexandra Grey dans celui de Gossamer.

El Maestro

2020, Cristina Tamagnini et Julián Dabien (Argentine). En espagnol sous-titré anglais.

Comment l’homophobie, la méchanceté, les ragots et la bêtise peuvent venir à bout de la droiture et de la dignité d’un professeur dans la campagne argentine des années 90. Un film sur les préjugés et le puritanisme. Une histoire vraie d’Eric Sattler, qui fut le professeur de la réalisatrice Cristina Tamagnini à l’école primaire, et qui est mort en 2019 avant de pouvoir découvrir le film.

Valentina

2020, Cássio Pereira dos Santos (Brésil). En portugais, sous-titré en anglais.

Valentina, une ado transgenre brésilienne, a bien des difficultés à vivre sa différence. Elle doit changer de ville avec sa mère, mais est de nouveau victime de discriminations dans sa nouvelle école avant d’être agressée sexuellement. Des parents d’élèves déposent même une pétition pour exiger de l’école qu’elle soit renvoyée. Un très beau film avec, dans le rôle de Valentina, la jeune actrice et populaire youtubeuse transgenre Thiessa Woinbackk.

Breaking Fast

2020, Mike Mosallam (États-Unis). En anglais et arabe.

Une comédie romantique très plaisante sur la possibilité de concilier son homosexualité avec ses croyances religieuses. Alors que débute le ramadan, Mo, un jeune et beau médecin californien joué par l’acteur américain d’origine libanaise Haaz Sleiman, rencontre lors d’une soirée d’anniversaire un acteur, Kal (Michael Cassidy), qui a passé sa jeunesse en Jordanie. Un film réconfortant et tendre, bien dirigé et souvent drôle.

Emilia

2020, César Sodero (Argentine). En espagnol, sous-titré en anglais.

Après sa rupture avec sa blonde, Emilia retourne dans le village de son enfance, en Patagonie, vivre avec sa mère. Trouvant un emploi dans une école, elle séduit un ami d’enfance, marié à sa meilleure amie, et une adolescente de l’école. Ce premier long métrage de César Sodero au scénario plutôt commun a bien du charme, grâce aux paysages de la Patagonie et à ce rôle de lesbienne libertine joué avec assurance par Sofia Palomino.

Siberia and Him

2019, Viatcheslav Kopturevskiy (Russie). En russe, sous-titré en anglais.

Un film tout en lenteur, avec cet esthétisme russe qui relie la tonalité des paysages à celle des humains. L’action se passe en Sibérie, où deux hommes ne peuvent vivre leur amour à cause de l’homophobie. Sasha est arrêté lors d’une descente de police dans un bar. Il est libéré grâce au lieutenant de police local, Dima, avec qui il est secrètement en relation. Tous deux vont être amenés à se rendre dans un lointain village où vit la grand-mère de Sasha. Leur voyage évoque ce qui sépare les deux personnages avec les images magnifiques d’une nature désolée et envoûtante.

Vendrá la muerte y tendrá tus ojos

2019, José Luis Torres Leiva (Chili). En espagnol, sous-titré en anglais.

Deux femmes en couple, l’une plus âgée que l’autre, échangent de doux regards teintés de tristesse. En effet, la plus jeune, María, est en phase terminale d’une maladie incurable. Ana tente de lui rendre ses derniers jours les plus doux possible. La caméra de José Luis Torres Leiva capte de près les visages et les conversations susurrées et intègre au récit des passages irréels et poétiques. Un film lyrique qui induit la primauté de l’urgence de vivre.

Unapologetic

2020, Ashley O’Shay (États-Unis). En anglais.

Documentaire sur la lutte des Noirs de Chicago, dans le but de pouvoir vivre librement, sans crainte et avec les mêmes droits que les citoyens blancs. Deux militantes, Janaé Bonsu, et la rapeuse Bella Bahhs (Ambrell Gambrell), mènent des actions pour sensibiliser la population. La réalisatrice blanche Ashley O’Shay a réalisé ce documentaire percutant à la suite de la mort de deux jeunes de 17 ans et 22 ans, Rekya Boyd et Laquan McDonald, tués lors de deux interventions différentes de la police de Chicago.

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