Quand les amis deviennent des « ennemis »

Entretien avec Samuel Piette autour du CF Montréal et de la sélection nationale

Sa sélection a battu le Mexique mardi. Son club disputera une finale contre son rival de toujours dimanche. Samuel Piette navigue au cœur d’une semaine déterminante pour le Canada et le CF Montréal.

Ces contextes de haute gravité nécessitent néanmoins un changement de mentalité entre les deux, nous a expliqué le milieu de terrain québécois au bout du fil, vendredi. Son club affrontera le Toronto FC en finale du Championnat canadien, dimanche après-midi.

« J’en parlais avec [Jonathan] Osorio et Richie Laryea, deux gars de Toronto, relate-t-il à propos de ses coéquipiers canadiens. C’est bizarre parce qu’on vient un peu de marquer l’histoire avec le Canada. Gros résultat contre le Mexique, on sort premiers, ça regarde bien pour la suite. Cinq jours plus tard, on doit s’affronter et on doit être des ennemis. »

« On est capables de le faire, précise-t-il. Quand tu arrives sur le terrain, c’est 90 minutes, 11 contre 11 et business is business. Mais c’est sûr que c’est un peu étrange. »

Piette note même une affection particulière pour ses coéquipiers canadiens, qu’il ne retrouve pas nécessairement en club.

« L’esprit d’équipe, la chimie, je pourrais même parler de l’amour qu’on a les uns pour les autres, chaque fois qu’on va en équipe nationale, c’est toujours plaisant », souligne-t-il.

« Tout le monde est proche l’un de l’autre. Tout le monde peut se tenir avec tout le monde. Quand on finit de manger, tout le monde reste à table pour discuter de tout et de rien, chose qu’on voit moins en club. »

– Samuel Piette

« Est-ce que c’est parce qu’on est tous canadiens, on vient tous de la même culture ? Parce qu’on a plus de liens ou de trucs semblables à partager ? Peut-être. »

Cette chimie est porteuse d’un autre élément clé des réussites récentes du Canada : la « confiance » en ses moyens. À ce sujet, Piette se rappelle la victoire de 2-0 du Canada face au Costa Rica à la Gold Cup l’été dernier, en quarts de finale.

« Je me souviens, même avant d’affronter le Costa Rica, je n’avais jamais vraiment eu ce sentiment-là de penser qu’on était capables de battre une équipe comme ça. Et je ne nous ai jamais vraiment sentis en danger. Même chose pour les deux derniers matchs. »

Samuel Piette n’a finalement pas disputé de minutes avec le Canada à Edmonton, mais il accepte que son « rôle [soit] un peu différent en équipe nationale ».

« En club, oui, tu joues pour l’équipe, mais tu joues aussi pour toi-même. Tu joues pour un contrat, pour un poste. En équipe nationale, c’est un peu plus gros que toi-même. Tu as la chance de représenter ton pays. »

– Samuel Piette

« Sur le dernier match, on était 23 joueurs, ajoute-t-il. Tu peux te consoler, quasiment, en te disant que tu fais partie des 23 meilleurs joueurs du pays. C’est déjà un très bel exploit, surtout avec l’équipe qu’on a en ce moment. »

Le Canada sur le sol montréalais ?

Et cette équipe, est-ce que les Montréalais auront la chance de la voir bientôt ? Contre les États-Unis à la fin de janvier au Stade olympique, en l’occurrence ?

« J’en ai parlé avec l’entraîneur pour voir si c’était une possibilité, révèle Samuel Piette. Je sais qu’ils ont examiné cette option-là, ou qu’ils vont continuer de l’examiner.

« Ce n’est un secret pour personne : le problème, c’est vraiment la toiture du Stade olympique. Il y a des risques, si jamais il neige, que le match soit reporté. Je ne pense pas qu’avec la CONCACAF, c’est quelque chose de possible. Tous les matchs se jouent le même jour. »

Malgré tout, le joueur de Le Gardeur aimerait voir la métropole accueillir 50 000 personnes comme à Edmonton pour la sélection canadienne.

« À Montréal, on sait qu’on a ça dans le sang. Ça fait partie de notre culture d’appuyer nos équipes sportives, encore plus le soccer. Oui, il y a le hockey, mais le soccer commence vraiment à prendre sa place. »

– Samuel Piette

« C’est mon opinion personnelle, mais je pense que l’équipe canadienne est l’équipe de l’heure présentement. […] Contre les États-Unis, ce serait parfait, on remplirait ça à 60 000 personnes. Mais il y a quelques risques et de l’incertitude qui font que ça serait compliqué. »

Le porte-parole du Parc olympique a fait savoir à notre journaliste Alexandre Pratt que l’organisation n’avait pas été contactée par Soccer Canada pour l’organisation d’un match de la sélection nationale au Stade olympique, le 30 janvier prochain.

Un derby en finale

Mais avant toute chose, Piette et le CF Montréal doivent composer avec une finale d’envergure dimanche, une véritable dernière chance de terminer la saison en beauté.

« On était déçus de ne pas gagner le match contre Orlando pour aller chercher la place en séries », se rappelle le milieu de terrain.

« On a la chance de terminer la saison ici à Montréal devant nos partisans, avec, on l’espère, un stade rempli contre Toronto, l’équipe qu’on a affrontée au premier match de l’année. »

– Samuel Piette

Difficile de parler des enjeux sportifs sans aborder ceux qui talonnent le club à l’extérieur du terrain. Est-ce que la question du rebranding et de la section 132 a un impact sur la préparation de cette finale ?

« Pour être honnête, ça ne nous affecte pas parce que ça ne date pas d’hier, dit-il. La 132 est fermée depuis quelques semaines, voire plus d’un mois. En tant que joueur, tu veux un stade rempli avec des partisans partout. On sait à quel point les Ultras mettaient de l’ambiance et nous aidaient nous, les joueurs, à avoir ce petit push-là quand on en avait besoin. »

« Il y a des choses qui se sont passées. C’est compréhensible que, parfois, assez c’est assez. Il fallait prendre certaines mesures pour ça et je respecte ça à 100 %. […] S’ils ne sont pas là dimanche, c’est ce à quoi on est habitués maintenant. »

Mais le Québécois répète que ces échos ne changent rien à l’élaboration du plan de match pour dimanche.

« Quand tu te prépares pour un, une finale, deux, contre Toronto, et trois, à la maison, tu n’as pas besoin de plus de motivation. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.