Elle est où, l’éducation sur la COVID-19 ?

Ce samedi marque la fin du masque obligatoire dans les lieux publics comme les commerces, les restos et les salles de spectacle au Québec. Le couvre-visage n’est désormais exigé que dans les transports en commun et les établissements de santé.

Avec le masque qui tombe, c’est la dernière des grandes mesures sanitaires obligatoires contre la COVID-19 qui disparaît. À part le passeport vaccinal pour voyager, il ne reste à peu près rien.

C’est loin d’être banal quand on pense que ces restrictions ont gouverné nos vies pendant 26 mois !

De l’interdiction de voyager à celle de se rassembler en passant par les couvre-feux, le passeport vaccinal et les fermetures de pans entiers de l’économie, on peut dire qu’on en aura vu de toutes les couleurs (y compris du vert, du jaune et du rouge sur les cartes).

Il n’y a pas grand monde qui s’ennuiera de ces contraintes et des débats souvent vifs qu’elles ont provoqués.

Mais si la levée des mesures sanitaires est la bienvenue, elle s’accompagne de deux problèmes.

Le premier est que les autorités nous font miroiter que cette mise au rancart est définitive. « On n’en veut plus, de mesures populationnelles », a déclaré le ministre de la Santé Christian Dubé dès la mi-mars, en pleine sixième vague.

C’est terriblement irresponsable. Après six vagues, s’il y a une chose qu’on a apprise, c’est bien qu’on ignore de quoi demain sera fait. Il est fort probable qu’une septième vague nous attende dans le détour l’automne prochain. Et bien malin qui peut prédire comment le virus aura évolué en virulence et en contagiosité d’ici là, et à quel point nos vaccins seront efficaces contre lui.

Parviendra-t-on à protéger nos hôpitaux et à éviter le délestage sans les outils qui nous ont servi jusqu’à maintenant ? Il est impossible de le dire.

Le gouvernement sait pourtant bien que télégraphier les choses trop à l’avance l’oblige souvent à pratiquer le triple salto arrière. On a joué dans ce film à Noël 2020. Puis à Noël 2021. Et rappelons-nous que la fin du masque obligatoire qui survient maintenant a été annoncée très à l’avance… avant d’être reportée.

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L’autre problème avec la fin des mesures sanitaires, c’est qu’il n’y a rien pour les remplacer.

Rien comme dans : aucun programme d’éducation et de sensibilisation pour prendre le relais de la coercition.

Aucune campagne de santé publique pour rappeler que même si le masque n’est plus obligatoire, en porter un quand on tousse ou qu’on fait de la fièvre relève du civisme élémentaire.

Aucun message pour nous inciter à prendre des précautions particulières lorsqu’on côtoie les plus vulnérables, comme les personnes âgées ou celles au système immunitaire compromis. Pour eux, la levée des mesures sanitaires rend la société beaucoup plus dangereuse.

Rien pour nous rappeler qu’outre le métro, il y a d’autres endroits clos où le masque est utile pour se protéger soi-même et protéger les autres, dont certains lieux de travail.

C’est comme si la santé publique avait oublié qu’avant d’émettre des recommandations au gouvernement, l’essence de sa mission était justement d’éduquer et de sensibiliser. Avec le port du masque, nous avons pris de bonnes habitudes qui ont des bénéfices non seulement contre la propagation de la COVID-19, mais aussi sur celle de bien d’autres maladies respiratoires. Ces habitudes, il serait dommage de les perdre d’un coup.

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Il est facile, aujourd’hui, de croire que la COVID-19 est terminée.

La maladie ne fait plus les manchettes des journaux. Le gouvernement n’en parle plus, trop heureux de tourner la page avant la campagne électorale.

Mercredi, en annonçant que les points de presse deviendront moins nombreux, le directeur de la santé publique Luc Boileau a même remercié les journalistes pour leurs nombreuses questions au fil des mois, comme si on fermait les livres et qu’on partait tous en vacances.

Pourtant, le jour même, on avait annoncé pas moins de 23 décès survenus la veille. Jeudi, on en ajoutait 25 au bilan. Vendredi, 30 autres décès. Des chiffres comme ça, on n’en voyait même pas au pire de la première vague, quand les CHSLD flambaient.

Sur sept jours, la moyenne mobile s’élève à 21 décès par jour. Si les suicides, les armes à feu et les accidents de la route mis ensemble tuaient au même rythme, on parlerait de carnage et on réclamerait des actions à grands cris.

Il est donc clair que même si la sixième vague est en déclin, la COVID-19 est encore parmi nous. On aurait intérêt à garder le virus en tête. Et un masque dans notre poche arrière.

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