ANALYSE

Des problèmes à la ligne bleue

Toronto — Il fut un temps, pas si lointain, où la défense du Canadien faisait l’envie du monde du hockey en entier, d’Helsinki à Val-d’Or. Le directeur général Marc Bergevin a d’ailleurs l’habitude de jeter un regard attentif sur cet aspect du jeu, et on peut se demander ce qu’il pense de son unité défensive ce matin.

En fait, il ne doit pas en penser grand-chose.

Quand Brett Kulak, par la force des choses, doit se retrouver sur le premier duo, quand Jeff Petry, le meilleur défenseur du club, a plutôt l’air d’un sixième ou d’un septième défenseur, c’est que ça ne va pas très bien.

Et surtout, quand un jeune comme Alexander Romanov, dont la flèche est censée pointer bien clairement vers le haut, connaît ce genre de soirée à se promener n’importe où sans trop savoir où aller, c’est un tantinet inquiétant.

C’est un peu tout ça, en premier, qui explique cette défaite de 2-1 du Canadien à l’aréna Banque Scotia, mercredi soir à Toronto, face à des Maple Leafs juste un peu plus énergiques, et devant 18 493 fans pas si énergiques.

Si c’était le 76e match de la saison, ce serait une honte, mais ce match ne fut que le premier de la saison. Aucune raison de paniquer, donc ?

Non, mais oui, quand même un peu.

« Ce qui est arrivé, c’est qu’on a tenté de forcer un peu trop le jeu en zone centrale, a répondu l’attaquant Christian Dvorak. Ça a permis aux Leafs de pouvoir faire des jeux en transition, un aspect du jeu où ils excellent. Il nous faudra corriger ces choses-là à partir du prochain match [ce jeudi soir à Buffalo]. »

Évidemment, quand on joue mal en défense, qu’on ne peut relancer le jeu et qu’on ne touche pas à la rondelle, on ne peut pas lancer, et le Canadien a passé 17 très longues minutes sans mettre une seule rondelle au filet torontois entre la fin de la première période et le début de la deuxième. Le gardien Jack Campbell aurait pu se pousser pour aller chercher des nachos sous les gradins que personne n’aurait vu la différence.

Ce genre de sécheresse offensive peut vous bousiller une confiance, et même à cinq contre trois en troisième période, le Canadien n’a pu faire mieux qu’un seul tir alors que l’occasion était parfaite pour obtenir un deuxième but.

Mais non.

« C’est surtout à ce moment-là, avec un avantage numérique de deux joueurs, qu’il nous fallait en profiter, a admis Dominique Ducharme. On a eu des bonnes chances de marquer, et il faut savoir compléter ces jeux-là quand on a la chance de le faire. Ce fut la différence, selon moi… »

Alors voilà.

La bonne nouvelle ? C’est un seul match. Le premier. Personne n’a jamais raté les séries ou gagné la Coupe à ce moment-ci de l’année. Et puis, en plus, il sera difficile de se faire une tête sur cette équipe tant que tous les blessés ne seront pas là. On rappelle qu’il manque un certain gardien de but à cette équipe, bien que Jake Allen ait su admirablement tenir le coup.

La mauvaise nouvelle ? On voit déjà que la finale de la Coupe Stanley est un lointain souvenir, et que ce qui s’est passé en mai, juin et juillet n’a plus rien à voir avec le présent.

Ils ont dit

 « On a eu nos moments »

« On a eu nos moments, on a bien commencé le match, mais il y a eu des hauts et des bas. On n’a pas obtenu la victoire, évidemment, mais chaque match compte et pour nous, ça va aller en s’améliorant. »

— Jake Allen

« Disons que dans notre cas, ce ne sera pas notre plus beau cinq contre trois de la saison… »

— Jonathan Drouin

« Lors de notre avantage numérique à cinq contre trois, on n’a pas vraiment bien joué, on n’a pas eu de bonnes occasions. Les unités spéciales ont été la différence. Eux, après leur but en avantage numérique, ils se sont mis en marche. »

— Christian Dvorak

« J’ai aimé notre début de match avant qu’on écope de notre première punition… Je dirais qu’on a perdu le rythme à partir de notre première punition. Après ça, on a joué un peu sur les talons et le vent a tourné en leur faveur. »

— Dominique Ducharme

« Ce fut super de pouvoir jouer devant nos partisans et ils nous ont aidés à récolter les deux points. »

— Jack Campbell

« J’ai trouvé que Pierre Engvall avait très bien joué pour nous, et nous allons faire semblant de ne pas avoir vu qu’il a essayé de lancer la rondelle dans le filet désert à la fin du match… »

— Sheldon Keefe

Propos recueillis par Richard Labbé, La Presse

Dans le détail

Le grand retour de Drouin

Jonathan Drouin n’avait pas joué un seul match depuis avril dernier, quand il a choisi de rentrer à la maison afin de prendre du mieux. Et puis, comme dans les meilleurs scénarios de Hollywood, c’est lui qui a marqué le premier but de son club lors du premier match de cette nouvelle saison, sur une excellente passe du comparse Josh Anderson. Le joueur québécois a eu l’air d’un gars assez soulagé au moment de venir voir les membres des médias, au terme du match. « C’est un gros but et c’est le fun aussi, a-t-il répondu. C’est une défaite, mais je suis heureux d’avoir pu marquer lors du premier match. Ça a été un bon match serré et les deux gardiens ont très bien joué. Mais oui, c’est un bon soulagement de pouvoir réussir un but… Je me sens 100 % mieux, ma tête est plus aérée. »

Poehling à Laval, Niku pour bientôt ?

Personne ne s’attendait à ce que Ryan Poehling commence la saison avec le Canadien, et sans doute même pas Poehling lui-même. Alors mercredi matin, le Canadien a annoncé ce qui était prévisible : l’attaquant devra se contenter d’aller commencer sa saison 2021-2022 dans le maillot du Rocket à Laval, sans avoir à passer par le ballottage. L’entraîneur Dominique Ducharme a expliqué que le joueur de centre aurait sans doute voulu mieux paraître, mais il a ajouté que « ça change vite au hockey », comme pour laisser entendre que Poehling devrait bien revenir un jour. C’est donc Cédric Paquette qui est devenu le quatrième centre du Canadien, lui qui a piloté un trio en compagnie de Mathieu Perreault et d’Artturi Lehkonen face aux Leafs. Le défenseur Sami Niku, lui, n’a pas joué mercredi soir, mais il pourrait quitter la liste des blessés sous peu.

Sept nouveaux visages dans la formation

C’est vrai que ça change vite au hockey. En janvier, le Canadien a amorcé sa saison 2021 sur la glace de ce même aréna Banque Scotia, et le club montréalais d’alors avait sept joueurs différents dans sa formation par rapport à celle de mercredi soir. Du nombre, toutefois, on compte quatre blessés ou absents qui pourraient ou devraient revenir au jeu cette saison, soit le gardien Carey Price, l’attaquant Paul Byron et les défenseurs Joel Edmundson et Shea Weber (dans le cas de ce dernier, ça tiendrait plus du miracle, mais bon, on a déjà vu des choses plus étranges). Trois autres joueurs qui étaient des membres du Canadien en janvier 2021, les attaquants Tomas Tatar, Phillip Danault et Jesperi Kotkaniemi, font tous partie d’une équipe différente cette saison.

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