Québec accélère la cadence

Tous les Québécois de 16 ans et plus seront bientôt invités à retrousser leur manche pour recevoir un vaccin contre la COVID-19. Le gouvernement s’apprête en effet à annoncer dès ce jeudi la dernière étape de la campagne de vaccination – celle de la « population générale » – et dit garder le cap pour vacciner tous les Québécois qui le souhaitent d’ici le 24 juin.

COVID-19

En route vers la vaccination pour tous

Québec et Montréal — La vaccination contre la COVID-19 sera offerte aux moins de 60 ans graduellement, par tranches d’âge, dès les prochains jours. Québec lance en effet l’ultime étape de la campagne, celle visant la population générale, tandis que les livraisons du vaccin de Pfizer vont doubler la semaine prochaine.

Québec ouvrira la prise de rendez-vous par groupes d’âge, dans une séquence qui sera rapide. On envisageait mercredi soir que l’âge d’admissibilité soit abaissé à 45 ou à 50 ans dans une première étape. On plaide que cette procédure a été retenue en vertu de la logique selon laquelle l’âge est un facteur de risque de complications de la COVID-19. Mais la prise de rendez-vous sera possible pour des groupes plus jeunes rapidement, a-t-on indiqué.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, donnera jeudi les détails de l’opération qui vise, comme promis, à ce que tous les adultes québécois qui le souhaitent aient reçu une première dose de vaccin d’ici le 24 juin, jour de la fête nationale. Il sera accompagné du directeur de la campagne de vaccination, Daniel Paré, et du conseiller médical stratégique à la Direction générale de santé publique, le Dr Richard Massé.

Chaque fois que le ministre a fait une sortie pour offrir le vaccin à une nouvelle catégorie prioritaire, la décision est entrée en vigueur dès le lendemain.

Il est donc probable qu’une première cohorte de la population générale pourra prendre rendez-vous à partir de vendredi, a-t-on signalé.

Lors de l’étude des crédits budgétaires de son ministère à l’Assemblée nationale, Christian Dubé a vendu la mèche au sujet de cette nouvelle étape de la campagne de vaccination : « Je prends la balle au bond et j’invite les gens à nous écouter [jeudi] midi parce qu’on va avoir une annonce importante sur la vaccination en général de la population », a-t-il lancé lorsqu’il était interrogé par la députée libérale Marie Montpetit.

Québec a annoncé mercredi avoir administré jusqu’à présent 3 millions de doses de vaccins contre la COVID-19, ce qui inclut quelque 70 000 deuxièmes doses.

Les autorités estiment que les opérations se « déroulent excessivement bien », ce qui permet d’envisager de passer à la prochaine étape, nous indique-t-on. Lundi, le ministre Dubé invitait les malades chroniques, les personnes vivant avec un handicap et les femmes enceintes à se dépêcher à prendre rendez-vous.

Il rappelait que plus de 900 000 plages de rendez-vous avaient été ouvertes pour les malades chroniques et les personnes handicapées depuis jeudi dernier, mais qu’il restait « encore beaucoup de rendez-vous disponibles ». M. Dubé disait vouloir laisser encore un peu de temps à ces catégories de personnes pour prendre rendez-vous. Il a indiqué qu’il serait en mesure de dire jeudi ou vendredi « la tendance qu’on a vue dans les rendez-vous, puis si, à ce moment-là, c’est le bon moment d’ouvrir à la population ».

Les livraisons du vaccin Pfizer, confirmées par Ottawa, donnent par ailleurs les coudées franches au gouvernement Legault pour entreprendre cette phase attendue. Montréal recevra notamment 100 000 doses du vaccin, soit le double de ce qu’elle reçoit en moyenne par semaine depuis le début de la campagne de vaccination.

À Montréal, l’objectif de parvenir à un taux de vaccination de 75 % est déjà atteint pour les personnes de 60 ans et plus.

Le bassin de volontaires à vacciner est de plus en plus mince, quoique des deuxièmes doses commencent aussi à être données dans les CHSLD et aux travailleurs de la santé. À travers le Québec, ce sont 86 % des 65 ans et plus qui ont reçu une première dose.

Depuis le début de la semaine, Montréal vaccine environ 9000 personnes par jour, un nombre en deçà de la moyenne de 13 000 de la semaine dernière. Mais les nouveaux arrivages et l’ouverture à la population générale permettront d’accélérer le rythme.

À l’échelle de la province, les cargaisons de Pfizer doubleront également. À titre d’exemple, ce sont quelque 231 660 doses qui sont attendues pour la semaine du 26 avril au 2 mai, et ce nombre grimpe à 457 470 pour la semaine suivante. Ce rythme doit être maintenu jusqu’à la fin de juin. Les expéditions seront encore plus importantes avec environ 550 000 doses sur une base hebdomadaire jusqu’en juillet.

À elles seules, les doses de Pfizer seront en quantité suffisante pour atteindre la cible du gouvernement Legault d’avoir vacciné 75 % des Québécois (âgés de 16 ans et plus) qui le souhaitent au 24 juin. Ottawa a aussi indiqué que le Canada était sur le point de recevoir les 650 000 doses retardées du vaccin de Moderna, dont 137 200 iront au Québec. La province doit aussi recevoir sous peu environ 60 000 doses du nouveau vaccin de Johnson & Johnson, qui nécessite l’administration d’une seule dose.

Aucun arrivage du vaccin d’AstraZeneca – offert aux 45 ans et plus – n’est prévu pour l’heure au Québec.

Troisième vague ralentie

La directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, s’est dite « satisfaite » mardi de ses mesures pour contrer la troisième vague. Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 est en baisse depuis deux semaines dans la métropole. « Les objectifs qu’on s’était mis ont été atteints. Le variant a pris sa place avec une progression lente. […] On démontre que notre système de santé peut être très performant », a dit la Dre Drouin.

Actuellement, 42 % des nouveaux cas de COVID-19 sont liés à des variants à Montréal. La quasi-totalité de ceux-ci sont du variant britannique (95 %). Avec les variants qui prennent de plus en plus de place, la Dre Drouin s’attend tout de même « à une certaine hausse de cas » dans les prochains jours.

La Dre Drouin rappelle que Montréal est « plus vulnérable » en raison de son contexte urbain et incite la population à ne pas relâcher sa vigilance.

Dans les hôpitaux, 219 patients sont actuellement hospitalisés, dont 67 aux soins intensifs. Il s’agit d’une nette baisse par rapport aux 900 patients qui étaient hospitalisés au plus fort de la deuxième vague, note Sonia Bélanger, PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle ajoute que plus de 750 000 doses de vaccin ont été administrées jusqu’à maintenant, dont plus de 20 000 doses du vaccin d’AstraZeneca.

La vaccination des travailleurs de la santé s’est accélérée ces derniers jours à Montréal. En CHSLD, 68 % des travailleurs de la santé sont vaccinés et Mme Bélanger dit avoir bon espoir de dépasser le seuil des 75 %. Les deuxièmes doses du vaccin seront aussi administrées dans tous les CHSLD de Montréal d’ici le 8 mai.

Les résidences privées pour aînés recevront ensuite leurs deuxièmes doses. Une éclosion est en cours au Manoir Outremont. On rapporte une douzaine de cas et un décès. Montréal compte 18 éclosions actives en milieux de soins, ce qui inclut le Manoir Outremont et l’hôpital de St. Mary. La Dre Drouin a rappelé que le vaccin « n’est pas efficace à 100 % à la première dose ». Jusqu’à maintenant, 20 % des CHSLD de Montréal et 5 % des résidences privées pour aînés ont reçu leur deuxième dose du vaccin.

Hôpital de St. Mary

Des employés déclarés positifs malgré une dose de vaccin

Quatorze employés de l’urgence de l’hôpital de St. Mary, dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, ont été déclarés positifs à la COVID-19, bien que la majorité d’entre eux aient reçu une première dose du vaccin contre le nouveau coronavirus. « La plupart des employés qui ont été déclarés positifs ont peu ou pas de symptômes », indique la porte-parole du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Annie Charbonneau. Les travailleurs malades devaient recevoir leur deuxième dose dans les prochains jours. Dans l’intervalle, une campagne de dépistage massif a été mise sur pied et une centaine de personnes ont été testées à ce jour. Les employés malades ou jugés à « haut risque » d’avoir été contaminés sont actuellement en isolement à la maison. Aucun patient n’a été déclaré positif en lien avec cette éclosion, assure toutefois l’établissement.

— Gabrielle Duchaine et Henri Ouellette-Vézina, La Presse

Mort liée au vaccin d’AstraZeneca

Pas d’effet sur la campagne

L’annonce lundi de la mort par thrombose d’une femme de 54 ans ayant reçu le vaccin d’AstraZeneca ne semble pour l’instant pas avoir eu d’effet important sur la motivation des Québécois à recevoir ce vaccin. À l’étude des crédits budgétaires à Québec, la sous-ministre à la Santé, Dominique Savoie, a confirmé que les autorités n’avaient pas remarqué de baisse ou d’annulation de rendez-vous pour le produit d’AstraZeneca malgré la triste nouvelle. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a également souligné qu’environ 12 000 rendez-vous pour obtenir ce vaccin avaient été réservés mercredi, ce qui est autour « du niveau normal ».

— Ariane Lacoursière et Fanny Lévesque, La Presse

COVID-19

Situation toujours critique en Outaouais

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean inquiète la Santé publique

Malgré certaines améliorations, la situation est toujours jugée critique en Outaouais, où le réseau de la santé recevra bientôt des renforts de Québec. Et au Saguenay–Lac-Saint-Jean, toujours au palier orange, la Santé publique exhorte la population à réduire ses contacts pour éviter que la situation ne se détériore brusquement.

« La troisième vague n’est pas maîtrisée en Outaouais », a prévenu la Dre Brigitte Pinard, directrice de santé publique par intérim du CISSS de l’Outaouais, en conférence de presse mercredi après-midi.

« Une courbe qui est stable est toujours une courbe très risquée parce que la stabilité, dans une situation comme celle qu’on vit là, est difficile à maintenir », a déclaré de son côté le directeur de santé publique du CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, le DDonald Aubin, dans un point de presse tenu un peu plus tôt.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean est toujours au palier orange, alors que l’Outaouais est encore sous le coup des mesures d’urgence, dont Québec a annoncé la prolongation jusqu’au 9 mai.

Du personnel de santé viendra bientôt prêter main-forte en Outaouais, a annoncé la présidente-directrice générale adjointe du CISSS, France Dumont.

« Nous avons une vingtaine de personnes confirmées, avec environ 50 % d’infirmières », a précisé Mme Dumont.

Le député libéral de Pontiac, André Fortin, a demandé mercredi matin au gouvernement Legault d’envoyer des travailleurs de la santé au secours des équipes de l’Outaouais.

« S’il y a des régions où la situation de la COVID est mieux contrôlée qu’en Outaouais, ce serait important de voir s’il y a des ressources qui peuvent être allouées à ces régions-là de façon temporaire pour qu’on reprenne le dessus », a fait valoir M. Fortin.

Les ressources confirmées viendront plutôt de la « contingence de la fonction publique ». Il s’agit d’employés qui travaillent notamment au ministère de la Santé et des Services sociaux et ont une formation d’infirmière ou de professionnel de la santé, a indiqué Mme Dumont.

Ces renforts aideront entre autres à la vaccination. Les infirmières seront affectées là où les besoins sont les plus grands et les autres personnes seront affectées « à différentes tâches au niveau plus logistique ».

Le CISSS a constaté une hausse du nombre d’hospitalisations au cours de la dernière semaine. Ses 62 patients sont tous traités dans la région, mais « les ressources sont appelées à travailler plus fort et à faire beaucoup [d’heures supplémentaires] », a souligné Mme Dumont.

La diminution des nouvelles hospitalisations est « un élément essentiel pour pouvoir procéder à un allégement des mesures », a souligné la Dre Pinard. La baisse du nombre de nouveaux cas quotidiens et la légère baisse des éclosions, « c’est un début pour regagner le contrôle, mais la situation est encore critique », a-t-elle souligné.

« On a besoin de voir une tendance à la baisse pour pratiquement l’ensemble des indicateurs, et ce, sur plus que quelques jours. »

« Entre l’orange et le rouge »

Malgré la progression du variant dit britannique B.1.1.7, aujourd’hui à l’origine de la moitié des cas actifs du Saguenay–Lac-Saint-Jean, « on est parvenu malgré tout à empêcher de fortes hausses », a souligné le directeur de santé publique du CIUSSS en remerciant la population.

Avec sa moyenne quotidienne de nouveaux cas, d’hospitalisations et de cas actifs d’une stabilité « assez remarquable » depuis quatre semaines, la région « se situe entre l’orange et le rouge », a expliqué le DAubin.

« C’est dans ce sens-là que j’informe la population qu’il y a un risque », a-t-il souligné.

L’expérience d’autres régions l’a démontré : il suffit d’un ou deux facteurs pour que la situation se détériore en quelques jours, a plaidé le directeur de santé publique.

« Quand on regarde le nombre de contacts dans les enquêtes, il y en a beaucoup, et on aurait avantage à réduire un peu le nombre de contacts. »

COVID-19

1094 nouveaux cas, 10 décès

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 est repassé mercredi au-dessus de la barre des 1000, alors que le nombre deshospitalisations était en baisse. Le Québec a rapporté mercredi 1094 nouveaux cas. Malgré ce bilan plus élevé que les journées précédentes, la moyenne quotidienne calculée sur une semaine continue de reculer. Elle s’établit maintenant à 1042 nouveaux cas par jour. La province a aussi rapporté 10 décès, ce qui correspond à la moyenne quotidienne calculée sur une semaine.

On recense 643 personnes hospitalisées en raison de la COVID-19, soit 24 de moins que la veille. De ce nombre, 161 se trouvent aux soins intensifs, soit neuf de moins que la veille. La vaccination demeure en deçà du niveau observé la semaine dernière. Québec rapporte que 50 312 doses supplémentaires ont été administrées, pour un total de près de 3 millions depuis le début de la campagne.

— Pierre-André Normandin, La Presse

La Santé publique « sous-financée » pendant plus de 15 ans

Si la pandémie de COVID-19 a révélé au grand jour l’importance de la Santé publique, celle-ci traîne toutefois une longue histoire de sous-financement au Québec, révèle une étude parue ce jeudi. Ces dernières années, les crédits affectés à ce secteur n’ont en effet crû que de 32 %, tandis que les dépenses dans bien d’autres sphères du réseau ont pratiquement doublé.

Selon le rapport du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), dont La Presse a obtenu copie, les dépenses en santé publique ont en effet augmenté d’environ 32,2 % en dollars constants, de 2014 à 2019. Il convient de préciser qu’il s’agit toutefois d’une moyenne provinciale. Si, dans la Capitale-Nationale, ce chiffre est beaucoup plus élevé (72,5 %), il l’est beaucoup moins dans le Bas-Saint-Laurent, en Abitibi-Témiscamingue ou dans Chaudière-Appalaches, où la hausse des dépenses n’atteint même pas la barre des 10 %.

Pendant ce temps, les dépenses dans les services généraux en première ligne ont bondi de tout près de 80 %. La santé physique en milieu hospitalier, elle, a bénéficié d’une augmentation des dépenses de près de 67 %.

En août dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, annonçait que Québec verserait 106 millions à la Santé publique pour l’embauche de 1000 nouveaux travailleurs afin d’augmenter la capacité de retraçage, à l’approche de la deuxième vague. À ce moment, des employés de la Direction générale de santé publique (DGSP) avaient confié à La Presse que « le niveau de fatigue [était] vraiment élevé » à l’interne.

« Cette année, dans le budget, on ajoute plus de 100 millions pour faire passer le budget de 467 millions l’an dernier à 577 millions. Plus que jamais, on sait combien les experts de la Santé publique sont importants. On ne pourra jamais assez les remercier pour tout le travail qu’ils ont effectué au cours de la dernière année. Notre gouvernement les valorise énormément et entend le faire pour les années à venir », assure à ce sujet son attachée de presse, Marjaurie Côté-Boileau.

Un problème récurrent

Le manque de financement de la Santé publique ne date pas d’hier. En fait, depuis la réforme du système de santé pilotée par l’ex-ministre Gaétan Barrette, les budgets en santé publique ont été amputés de près du tiers de leur personnel. « Il faut justifier cette croissance de dépenses beaucoup moins élevée. La Santé publique, c’est la base de la santé d’une population. Si elle fait bien le travail, on a typiquement beaucoup moins de gens dans les hôpitaux, et les maladies chroniques sont nettement mieux contrôlées », explique Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de Montréal et coauteure de l’étude.

Le problème, ajoute-t-elle, est que la Santé publique se traduit bien souvent « en non-résultats », au sens où ceux-ci sont peu ou pas perceptibles par le grand public. « Si on a moins de personnes malades, comment on mesure ça ? À quoi on l’attribue ? C’est plus difficile de l’expliquer », illustre l’experte.

Ancienne membre de l’Équipe santé des populations et services de santé (ESPSS) à la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal – une division qui n’existe plus –, Mme Borgès Da Silva est catégorique. « L’argent qu’on investit maintenant pour la COVID-19, il faut qu’il reste dans le système après, pour rattraper notre retard. »

« Il faut sensibiliser la population pour qu’elle réclame de nos élus qu’ils aillent plus loin. Si on a évité une situation comme en Inde ou en Ontario, c’est grâce à la Santé publique. »

— Roxane Borgès Da Silva, coauteure de l’étude du CIRANO sur le financement de la Santé publique

Erin Strumpf, professeure au département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill et coauteure de l’étude, est du même avis. « C’est seulement quand la Santé publique fonctionne bien qu’on ne voit pas vraiment ce qu’elle fait. Toute cette infrastructure garde notre société en santé », argue-t-elle, déplorant qu’elle soit tout de même le « cousin pauvre » du système.

« Quand la pandémie est arrivée, on n’était pas tellement bien préparés, vu les coupures qu’il y avait eu depuis 2012. Et chaque fois qu’il y a un évènement aigu comme la COVID-19 en ce moment, tout le monde devient plus conscient de l’importance de la Santé publique. Sauf que les mois et les années passent, puis on perd cette conscience collective », conclut Mme Strumpf.

Passeport vaccinal

Des avantages « surestimés », selon le Dr Arruda

Québec — Le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, est d’avis qu’on « surestime » les avantages liés à l’utilisation d’un passeport vaccinal, qui pourrait donner aux personnes vaccinées un accès élargi à certains services. Si on en venait à donner le feu vert à un tel passeport, « ça serait dans une utilisation assez marginale », prévient-il.

Le DHoracio Arruda a manifesté mercredi peu d’enthousiasme à l’idée d’offrir aux Québécois vaccinés un passeport vaccinal. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a confié à la Santé publique le mandat d’évaluer cette option, et surtout de déterminer dans quel contexte cela pourrait être utilisé.

« Quant à l’utilisation d’un passeport qui nous permettrait d’avoir accès à certains services, on est en train de regarder les expériences internationales, et il y a énormément d’enjeux éthiques », a souligné le DArruda, interrogé par la députée libérale Marie Montpetit lors de l’étude des crédits.

« Les avantages versus les inconvénients ne sont pas si élevés que ça. »

— Le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique

Le DArruda a fait savoir que « les orientations actuelles » de ses équipes ne tendaient pas à favoriser une importante utilisation d’un tel passeport numérique. « On s’enligne et on va suivre la littérature, suivre les données probantes s’il y en a, mais je pense qu’on surestime ce que ça peut faire et je pense qu’on sous-estime les effets pervers et tous les enjeux d’opérationnalisation [d’un passeport vaccinal] », a-t-il expliqué.

Sans fermer la porte complètement, il a indiqué que si on en venait à donner le feu vert à l’usage d’un passeport vaccinal, « ça serait dans une utilisation assez marginale ».

Le ministre Christian Dubé aura des discussions sur le sujet cette semaine, a-t-il fait savoir. Il a tenu à préciser que son intention était de doter les Québécois d’une « preuve digitale » qu’ils ont été vaccinés, notamment pour leur permettre de voyager si une preuve de cet ordre devenait requise pour visiter certains pays. À son avis, il est encore trop tôt pour spéculer sur une utilisation plus large. « On n’est pas rendus là », a-t-il dit.

Qualité de l’air : Arruda admet un « certain inconfort »

Le DHoracio Arruda a admis avoir ressenti un « certain inconfort » lorsque le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a affirmé au début du mois d’avril que le protocole des tests de qualité de l’air dans les écoles avait été approuvé par la Santé publique. Il était alors interrogé par le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois lors de l’étude des crédits.

« Il faut comprendre que la position de la Santé publique par rapport à toute la question de la ventilation s’est faite avec un comité tripartite d’experts […]. On n’était pas dans un champ où on avait toute l’expertise. Alors notre [avis] a été donné. Le choix a été fait peut-être différemment, de prendre certains commentaires et d’autres pas. […] Je ne sais pas jusqu’à quel point, et je n’ai pas fait cet exercice-là, le ministre était au courant ou qu’il a interprété que [le protocole] était approuvé », a-t-il expliqué.

Le Dr Arruda a expliqué que son collègue le Dr Richard Massé et lui ont « parlé au sous-ministre de l’Éducation » à ce sujet. Il a dit avoir compris que « le message avait été ajusté » ensuite.

Le DArruda a indiqué que les équipes de santé publique « ont commenté » le document soumis par le ministère de l’Éducation, mais « on n’a pas validé le document », a-t-il précisé.

Jean-François Roberge et le ministère de l’Éducation ont affirmé à plusieurs reprises que la Santé publique avait validé leur méthode pour échantillonner la qualité de l’air dans les classes. Or, des révélations faites par Radio-Canada démontrent le contraire. La Santé publique a commenté le protocole sans pour autant l’approuver. Les partis de l’opposition ont accusé le ministre Roberge d’avoir menti.

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