Critique de Duck Pond

Un étrange mélange des genres

La libre adaptation du Lac des cygnes par la compagnie australienne Circa, s’annonçait comme le point culminant de cette 15édition de Complètement cirque. Or, des choix artistiques étranges finissent par plomber un ballet acrobatique qui aurait pu être grandiose.

Il faut dire que lorsque Circa débarque à Montréal avec une nouvelle création, les attentes sont grandes. Très grandes. C’est que la compagnie dirigée de main de maître depuis une vingtaine d’années par Yaron Lifschitz nous a offert plusieurs bijoux d’art circassien au fil des ans.

Depuis ses débuts à Montréal en 2008 avec Wunderkammer jusqu’à Humans, en passant par S, Opus, Beyond, etc., Circa s’est démarquée nettement des autres compagnies de cirque contemporain en repoussant les limites de ce qu’il était possible de faire humainement, avec peu ou pas d’appareils de cirque.

Avec cette libre adaptation du Lac des cygnes, ponctuée à certains moments seulement de la musique sublime de Tchaïkovski, on parvient à reconstituer les grandes lignes du célèbre ballet.

Pour rappel : le prince Siegfried doit se choisir une épouse, on veut lui en imposer une ; fâché, il se rend dans la forêt, la nuit, avec son arbalète, et tombe sur une nuée de cygnes blancs. Mais au moment de tirer, il se rend compte qu’il s’agit d’un groupe de femmes recouvertes de plumes blanches… L’une d’entre elles le ravit plus que les autres : la princesse Odette.

Ces femmes-cygnes ont reçu un mauvais sort du sorcier Rothbart : le jour, elles sont des cygnes, et la nuit, elles redeviennent femmes. En épousant Odette, Siegfried pourrait renverser le mauvais sort.

Ballet circassien et numéros acrobatiques

Tout cela est représenté dans Duck Pond, un ballet acrobatique magnifique où l’on reconnaît les protagonistes. Le nœud dramatique de la pièce est lui aussi reproduit dans cette déclinaison circassienne un brin décalée. À savoir : pour déjouer les plans de Siegfried, le sorcier transforme sa fille Odile en sosie d’Odette, qu’on distingue par ses vêtements noirs.

Si Circa avait maintenu cette direction artistique de manière cohérente, et même avec sa finale, créée de toutes pièces (qu’on ne dévoilera pas !), mais qui ne correspond pas à la fin dramatique habituellement représentée – à savoir qu’en épousant Odile, Siegfried condamne Odette à demeurer un cygne jusqu’à la fin des temps ; ou encore que, anéantie, elle se jette dans les profondeurs du lac –, on aurait pu assister à un chef-d’œuvre.

Mais dès le premier tiers du spectacle, les acrobates entrecoupent ce ballet circassien de numéros acrobatiques…

Tour à trois, sourires, applaudissements. Figures pyramidales, sourires, applaudissements. Numéro au tissu aérien, sourires, applaudissements. Un peu à la manière d’un spectacle du Cirque du Soleil. Ce qui n’est pas un défaut en soi.

Mais alors il faut choisir… Parce que ces moments sont mal arrimés avec la proposition de base.

En plus, au cours de ces numéros d’habiletés, certains des acrobates de Circa – qui habituellement sont quasi parfaits dans l’exécution – nous sont apparus hésitants et mal assurés. On a même craint lors des atterrissages d’une des voltigeuses…

Pour ajouter à ce malheureux mélange des genres, la scène finale – sympathique et plutôt réussie – ne met pas fin au spectacle. Une fausse fin à la suite de laquelle les artistes remballent le décor du Lac des cygnes et nous offrent d’autres numéros d’habiletés en pâture. Nous sommes alors dans un tout autre spectacle…

Rebelote, donc. Roue Cyr, sourires, applaudissements. Hula-hoop, sourires, applaudissements… Les artistes font également des apparitions à l’intérieur des boîtes d’équipements en métal en prenant des poses sexy. Bref, on est ailleurs et en vérité un peu confus. Une façon bien malheureuse de sortir le spectateur du Lac des cygnes. Surtout, une façon de faire de Circa qu’on ne lui connaissait pas.

Duck Pond

Circa

À la TOHU, jusqu’au 13 juillet

6/10

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