Canoë-kayak de vitesse

Revoir le Richelieu, les larmes aux yeux

L’Otterburn Boating Club fête cette année son 100anniversaire. L’un des deux ambassadeurs de l’évènement, le kayakiste Vincent Jourdenais, ne pouvait choisir meilleur moment pour se qualifier pour ses premiers Jeux olympiques. La Presse l’a accompagné lors d’une visite émotive au club de son adolescence.

Otterburn Park — Le Richelieu scintillait, chauffé par le soleil de début de soirée.

« Tu veux la version courte ou la longue ? » Vincent Jourdenais s’est répondu à lui-même en optant pour la version courte. Les jeunes de l’Otterburn Boating Club (OBC) commençaient à arriver et il devait les rejoindre sur la rivière.

Sept ans après son départ de l’OBC, Jourdenais revenait y pagayer pour la première fois. En théorie, ce ne devait être qu’une rencontre avec les meilleurs kayakistes et canoéistes de son club d’origine, qui célèbre son 100anniversaire cette année.

« Je ne suis pas un gars de discours », a précisé Jourdenais en s’asseyant pour l’entrevue à une table à pique-nique surplombant le Richelieu. L’un des deux ambassadeurs de ce 100e a donc mis son maillot bordeaux du club pour accompagner les jeunes sportifs sur l’eau, à la grande joie de tout le monde.

Une semaine plus tôt, Jourdenais avait réussi ce qu’aucun athlète développé à l’OBC n’avait accompli depuis Steve Botting, en 1980 et 1984 (canoë C1) : se qualifier pour les Jeux olympiques. Le kayakiste de 24 ans a été choisi par Canoë Kayak Canada pour représenter son pays aux Jeux de Tokyo, l’été prochain.

La version courte, donc. Pourquoi le kayak ? À 10 ans, Jourdenais tenait à pratiquer un sport nautique. Sa mère a vu passer une annonce dans le journal local à Saint-Basile-le-Grand. Elle a emmené son fils à un stand au Mail Montenach, dans la ville voisine de Beloeil. Le jeune Vincent a tout de suite été accroché par les embarcations exposées.

« À ce qu’il paraît, j’ai dit : “C’est ça que je veux faire !” Je me suis inscrit cet été-là et je n’ai jamais arrêté depuis. »

Ce retour à Otterburn Park n’était pas banal pour Jourdenais, parti s’entraîner sept ans plus tôt à Trois-Rivières, ses parents à sa suite.

« C’est fou comme le temps passe vite, fait-il remarquer. Je suis revenu quelques fois, mais jamais pour ramer.

« Je suis parti d’Otterburn pour voir jusqu’où je pouvais aller, atteindre le plus haut niveau dans mon sport. Les Jeux olympiques, c’est la plus grande compétition, le but ultime. C’est le fun de revenir. C’est comme une célébration, un cercle qui se referme. »

— Vincent Jourdenais, kayakiste

Deux déceptions

Originaire de Saint-Basile-le-Grand, de l’autre côté du Richelieu, Jourdenais avait l’habitude d’attendre sur le quai de McMasterville avec trois ou quatre coéquipiers. Un coach venait les chercher en chaloupe avant l’entraînement. Cela épargnait un détour par le pont de la route 116. À 6 h du matin, ces 10 km comptent, surtout pour les parents.

« C’est gros, c’est ici que tout a commencé, a poursuivi Jourdenais. J’en parle et je deviens nostalgique. C’est super beau le soir, avec le mont Saint-Hilaire et le soleil qui se couche. »

Ça, c’est le côté bucolique. Rameurs et pagayeurs doivent aussi composer avec les bateaux de plaisance qui ont parfois peu d’égard pour leurs efforts.

Comme la plupart des athlètes, Jourdenais a vécu une dernière année remplie d’incertitude. L’annulation des sélections continentales au Brésil, en raison de la COVID-19, n’a fait qu’amplifier les questionnements. Aux Essais nationaux en Colombie-Britannique, à la mi-mars, il a terminé deuxième en K-2 avec Brian Malfesi, son partenaire britanno-colombien. « On a eu une bonne course, mais elle n’était pas assez bonne. Ç’a été une énorme déception. »

Il avait cependant une autre chance de se qualifier en K-4 500 m avec Malfesi, Dominik Crête et Laurent Lavigne, vice-champion mondial junior en 2019. En raison d’une blessure à Pierre-Luc Poulin, membre de l’embarcation favorite, l’épreuve a été reportée à la mi-mai au bassin olympique de Montréal. Nouvelle défaite pour Jourdenais.

« On a mis beaucoup d’efforts en K-4. Perdre, c’était plate, dur, triste. On savait qu’on se battait contre les favoris, mais on avait quand même un espoir. »

« Une figure de proue »

Après la course, Jourdenais et Malfesi ont cependant reçu une bonne nouvelle de leur entraîneur : ils étaient retenus pour les JO en vertu de leurs performances en K-2, où ils ont fini 14es aux Championnats du monde de 2019, quelques mois après leur réunion. « Ç’a été toute une journée rock’n’roll sur le plan émotionnel. »

Une semaine plus tard, Jourdenais n’en revenait pas encore.

« Il a un beau parcours, s’est extasié Émile Bouvier, kayakiste de 16 ans à l’OBC. C’est une figure de proue, c’est ça, le mot. Ça montre que même un petit jeune d’Otterburn peut se rendre jusqu’aux Jeux olympiques. »

Pendant que les jeunes se préparaient, on a eu un peu de temps pour la « version longue » de l’histoire d’amour de Jourdenais avec le kayak. En réalité, elle n’était pas si longue.

« Deux ans avant que je commence ici, j’étais allé dans un centre nautique pour une sortie dans un camp de jour. Tu pouvais louer des embarcations et j’ai fini la journée en faisant du kayak de mer. Là, je vais me sentir cucul... Je me souviens, j’aimais tellement ce feeling-là. C’était en fin de journée, les reflets sur l’eau, comme ceux qu’il y a derrière toi, ça me frappait comme si c’était une foule. Je me suis dit : je veux faire ça, je veux aller aux Jeux olympiques là-dedans. C’est fou de dire... »

Le gaillard aux boucles blondes n’a pas terminé sa phrase, étouffé par l’émotion. Il a tapoté sur la table. Au-dessus de son masque, ses yeux se sont remplis d’eau. Prochains reflets sur le plan d’eau de Tokyo.

100 autres années ?

Inquiet pour sa survie l’an dernier en raison d’un imbroglio contractuel avec la Ville d’Otterburn Park, l’Otterburn Boating Club peut maintenant envisager l’avenir avec optimisme. Les deux parties ont convenu d’une entente qui assure l’hébergement de l’OBC au Centre culturel et communautaire de la Pointe-Valaine pour les 20 prochaines années. Le club ne sera pas assujetti à un loyer comme il le craignait, mais devra facturer une surprime aux membres des trois municipalités voisines qui profiteront de ses services, ce qui était au cœur du litige. Le maire d’Otterburn Park, Denis Parent, se trouvait par hasard au centre communautaire lors du passage du nouvel athlète olympique Vincent Jourdenais, justement originaire de Saint-Basile-le-Grand. Qui sait si leur rencontre fortuite a accéléré la conclusion de l’entente qui mènera peut-être l’OBC vers un nouveau siècle d’existence ?

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