Get Back

Plongée inédite dans le processus créatif des Beatles

Peter Jackson n’est pas le cinéaste des demi-mesures. Et il ne fallait pas s’attendre à un film modeste sur les Beatles. La série Get Back, qui débute ce jeudi soir sur Disney+, est en réalité un véritable monstre, avec ses trois épisodes d’une durée moyenne de quelque 150 minutes, ce qui fait au total… 468 minutes.

On dit « série », mais il faudrait peut-être parler d’une très longue émission de téléréalité, qui nous replonge dans le making of de l’album Let It Be. Ou d’une mise en abyme filmique, puisque Get Back n’est rien de moins que le making of du making of.

Quoi qu’il en soit, n’ayons pas peur des mots : ce documentaire est un véritable évènement.

À force de rééditions gonflées artificiellement, de grattage de fonds de tiroirs, de pressage de citrons et de compilations tirées par la barbe et les cheveux, on avait fini par abandonner tout espoir d’avoir quelque chose de vraiment intéressant à se mettre sous la dent.

Mais Get Back est d’un autre calibre. Réalisé à partir des 200 heures de rushs du documentaire original de Michael Lindsay-Hogg, qui dormaient dans les réserves d’Apple, le film de Peter Jackson propose une orgie d’images jamais vues qui jettent un nouvel éclairage sur les séances de janvier 1969.

Chefs-d’œuvre en direct

Oubliez les accusations de révisionnisme. Le réalisateur n’a pas édulcoré le souvenir tristounet du film Let It Be. Les fameuses tensions sont toujours là. Paul est agaçant. George quitte (temporairement) le groupe. Yoko pousse parfois la note (aiguë).

Mais avec 7 heures 48 minutes de film, le réalisateur propose un récit nettement plus complet, et donc plus nuancé.

De fait, Get Back n’est pas du tout un film sur la séparation des Beatles. C’est une plongée inédite dans leur processus créatif. Des chansons ultra-connues naissent littéralement sous nos yeux. Des jams pourris se transforment en or. Des délires débouchent sur des chefs-d’œuvre.

Il y a quelque chose d’hallucinant à voir Paul marteler les premiers accords de Get Back, John chercher sa voix pour I Got a Feeling ou George gosser sur une ébauche de Something. Et on s’échange des idées. Et on se met des harmonies vocales en bouche. Tout cela sans effort. Les doigts dans le nez.

C’est aussi fascinant lors de la grande finale sur le toit de la compagnie Apple. Les gars n’ont même pas besoin de se regarder. Tout coule de source. Liverpool et les années Hambourg ne sont jamais très loin. Leur connexion remonte à loin et saute aux yeux.

Le concert, qui occupe la majeure partie du dernier épisode, est ici reproduit en écran divisé, avec commentaires des passants en contrepoint des chansons.

Apologie des « non-moments »

Vrai que Get Back a ses longueurs. Il y a des scènes qui s’étirent. Des discussions révélatrices mais interminables. De l’ennui. John mange un biscuit. Ringo fait un pet. Les musiciens s’échangent des instruments. On ouvre une bouteille. Linda passe faire un tour. Le roadie apporte des sandwichs. L’ingénieur de son taponne ses pitons. Tout le monde fume des clopes. Ça rigole bien.

Mais c’est aussi dans ces « non-moments » que Get Back est un document précieux. Parce qu’ils nous donnent à voir quatre vieux chums au naturel, avec leur entourage, ce qui nous les rend encore plus vrais, plus vivants.

Une expérience à la limite de l’immersion, à laquelle contribue l’impressionnante qualité du son et des images restaurées par Peter Jackson.

Des bémols en revanche, sur le choix de « révéler » des conversations privées entre les Beatles captées à l’époque par des micros plus ou moins cachés. Elles servent indiscutablement le récit, mais des questions peuvent se poser…

Idem pour cette exclusivité Disney+, qui en fera probablement rager quelques-uns. Le prix à payer, sans doute, pour ce film à l’évidence destiné aux (nombreux) fans prêts à tout pour faire le plein de Beatles.

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